"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

9 septembre 2026

Encore un mensonge de Trump sur son vécu du 11-Septembre 2001

 

Si l’on connaît son goût pour l’emphase, il y a des histoires romancées (voire inventées) par Donald Trump qui font soupirer plus que d’autres. Le président américain est allé particulièrement loin ce mardi 8 septembre en s’attaquant à la mémoire de l’un des plus grands traumatismes de l’Histoire des États-Unis : les attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Dans un discours en amont des commémorations du 25e anniversaire de ces attentats, Donald Trump s’est placé au centre de l’histoire avec un récit qualifié par la presse américaine d’« au mieux trompeur », voire totalement mensonger sur certains points.

Le président américain a ainsi raconté avoir été éloigné dans l’urgence en raison d’un bâtiment menaçant de s’écrouler, laissant penser que cela s’était déroulé le 11 septembre.

« J’étais en train de construire un grand immeuble à New York, et j’ai emmené toute l’équipe sur place juste après ce qui s’était passé », a-t-il débuté son récit, à l’occasion d’une adresse aux familles des secours et des victimes.

Il dit s’être tenu à proximité d’un gratte-ciel, le « United States Steel Building » (aujourd’hui le One Liberty Plaza), qui « craquait et nous pensions qu’il allait nous tomber dessus. ». Selon lui, c’est alors que « deux pompiers, des mecs grands et costauds, et je ne suis pas petit moi-même, m’ont attrapé par le bras en me disant : “Il faut partir d’ici”. Ils m’ont soulevé et se sont mis à courir avec moi ».

De nombreux mensonges

La presse américaine s’est empressée de vérifier ce récit de Donald Trump, qui raconte tout et son contraire depuis plusieurs années sur sa journée du 11 septembre 2001. CNN se veut très clair : le président américain « ne se trouvait pas à proximité du World Trade Center pendant l’attaque, ni plus tard dans la journée ».

En effet, le One Liberty Plaza est un immeuble qui se trouvait tout proche des tours jumelles, et qui a bien été gravement endommagé lors des attaques du 11-Septembre. Mais aucune preuve ne montre que le président américain s’y trouvait ce jour-ci, ou même les suivants.

La première réaction qui existe de lui est d’ailleurs bien plus cynique : le 11 septembre 2001, alors qu’il est contacté - en tant que personnalité emblématique de New York - par la chaîne de télévision locale WWOR-TV, Donald Trump explique depuis la Trump Tower (à plusieurs kilomètres du World Trade Center) que son bâtiment était désormais « le plus haut de Manhattan ».

Le New York Times souligne par ailleurs qu’aucune preuve ne confirme le fait qu’il aurait été escorté par des pompiers au One Liberty Plaza.

Les affirmations du président américain selon lesquelles il aurait emmené des dizaines de ses propres employés pour aider aux opérations de déblayage sont également sérieusement remises en question par l’un des chefs des pompiers de New York à l’époque, Richard Alles, qui disait en 2019 avoir « passé des mois là-bas » et ne l’avoir « jamais vu ».

« Un menteur compulsif et narcissique »

Cette obsession à se placer au centre de l’Histoire, même dans des commémorations en la mémoire des 3 000 personnes décédées ce jour-ci, a évidemment beaucoup fait réagir chez ses détracteurs. « Donald Trump est un menteur compulsif et un narcissique, et souffre honnêtement de démence », a souligné le gouverneur démocrate de l’Illinois, JB Pritzker, quand le sénateur démocrate Alex Padilla a affirmé que le président américain « fait ce qu’il sait faire de mieux : mentir. Il n’était pas à Ground Zero, il était dans son penthouse ».

« C’est absolument répugnant de mentir sur ce sujet », a quant à lui dénoncé sur X Gavin Newsom, gouverneur démocrate de Californie, tandis que le chroniqueur conservateur du New York Times, David French, a qualifié le président américain de « l’un des menteurs les plus effrontés qu’on ait jamais vus ». « Quel gros menteur stupide » a aussi écrit Adam Kinzinger, un ancien représentant républicain s’étant très clairement opposé à Donald Trump.

Signe du malaise provoqué par les déclarations de Donald Trump, même le sénateur républicain Ted Cruz s’est contenté de dire sur CNN que ces événements s’étaient déroulés « il y a 25 ans », laissant à penser que lui-même ne croit pas aux « souvenirs » du président américain.

Alors que ses mots provoquaient donc une vague d’indignation, sur son réseau social Truth Social, le président américain a violemment attaqué la presse en réponse, expliquant dans un long message qu’il était bien « sur place, bien sûr pas le jour même de l’effondrement, mais peu de temps après, en compagnie d’un grand groupe d’ouvriers du bâtiment ». Ce, accompagné d’une vidéo, tournée sur les lieux selon lui, le montrant en train de répondre à des questions de journalistes.

Commémorations

Le maire de New York Zohran Mamdani a confirmé ce lundi qu’il serait bien présent aux commémorations du 11 septembre, vendredi. Une pétition avait demandé l’inverse, appuyée par l’ex-édile Rudy Giuliani. Le président Donald Trump, lui, sera absent, il a préféré renoncer car... il ne pouvait pas y prononcer de discours. 

Timothée Barnaud

huffingtonpost.fr