"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

9 septembre 2026

Le nom d'un suspect de complicité dans les attentats resurgit vingt-cinq ans plus tard


Sur une des vidéos révélées par la BBC, Omar al-Bayoumi 
est vu donnant l'accolade à l'imam Anouar al-Aulaqi
©BBC

Une semaine après les attentats, il y a 25 ans, Omar al-Bayoumi était interpellé au Royaume-Uni et des documents établissant ses liens avec les terroristes saisis à son domicile. Le FBI les a longtemps escamotés. Une enquête de la BBC les exhume et relance une question : les autorités américaines ont-elles fait obstruction à toute mise en cause de l’Arabie saoudite, leur principal allié dans le golfe Persique ?

Après les attentats de 11-Septembre, les Etats-Unis ont enquêté sur d’éventuels liens entre l’Arabie saoudite et les terroristes, mais les soupçons n’ont jamais été confirmés par des preuves solides. En 2016, l’administration Obama a autorisé la publication des pages d’un rapport du Congrès datant de 2002 pour couper court aux rumeurs sur l’implication de Riyad dans les attaques. Vingt ans après les attentats, le président, Joe Biden, a promis, au début de septembre, la déclassification de nouveaux documents de l’enquête du FBI relative à ces attaques.

Samedi 11 septembre, une note du FBI a ainsi été déclassifiée. Elle renforce les soupçons d’implication de Riyad dans les attentats du 11 septembre 2001 commis par Al-Qaida, sans toutefois fournir les preuves qu’espéraient les familles des victimes poursuivant l’Arabie saoudite en justice. Parmi les 19 pirates de l’air qui ont détourné quatre avions de ligne, dont deux ont été projetés dans les tours jumelles du World Trade Center faisant 2 977 morts, 15 étaient des ressortissants saoudiens.

Document expurgé

La note qui vient d’être déclassifiée est datée du 4 avril 2016. Elle insiste sur les liens entre Omar Al-Bayoumi, un agent saoudien présumé installé en Californie, et Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar, deux hommes qui feront partie des pirates de l’air, auxquels il a été soupçonné d’apporter une aide logistique.

Le document, qui se fonde sur des entretiens réalisés en 2009 et 2015 avec une source dont l’identité est classée, détaille les contacts et les rencontres d’Omar Al-Bayoumi avec Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar, tous deux arrivés en Californie en 2000.

Il montre également des liens encore plus forts que ceux déjà connus entre ces deux hommes et Fahad Al-Thumairy, imam conservateur d’une mosquée de Los Angeles et diplomate accrédité au consulat saoudien à la fin des années 1990.

Selon le document, des numéros de téléphone associés avec la source montrent des contacts avec un certain nombre de personnes qui ont aidé Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar, dont Omar Al-Bayoumi et Fahad Al-Thumairy et y compris la source elle-même.

La source a expliqué au FBI que Al-Bayoumi, par-delà son statut officiel d’étudiant, occupait « un rang très élevé » au consulat saoudien. « L’aide de Bayoumi à Hamzi et Midhar comprenait des traductions, des voyages, du logement et du financement », selon la note. L’épouse de la source a déclaré qu’Al-Bayoumi parlait souvent de « djihad », poursuit le document.

La note établit également d’autres liens, via des rencontres, conversations téléphoniques ou autres communications, entre Al-Bayoumi et Thumairy avec l’Américano-yéménite Anouar Al-Aulaqi, propagandiste d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) tué par des drones américains au Yémen en septembre 2011.

Publication sous la pression des familles

Toutefois, le document publié a été copieusement expurgé et n’offre pas de lien direct entre le gouvernement saoudien et les pirates de l’air. Il a été déclassifié après des pressions exercées sur Joe Biden par des familles de victimes qui poursuivent l’Arabie saoudite pour complicité dans l’organisation des attentats.

Trois administrations successives ont refusé de déclassifier et publier des documents sur les attentats et ont été accusées de vouloir protéger l’alliance historique entre Washington et Riyad.

La monarchie pétrolière sunnite a toujours nié la moindre implication dans les attentats du 11 septembre 2001 et a été lavée de tout soupçon par une commission d’enquête américaine en 2004.

Jim Kreindler, l’un des principaux avocats impliqués dans les poursuites des familles de victimes contre l’Arabie saoudite, a estimé que la note déclassifiée en validait l’argument-clé portant sur le soutien du gouvernement saoudien aux pirates de l’air. « Avec cette première déclassification de documents, vingt ans durant lesquels l’Arabie saoudite a compté sur le gouvernement américain pour couvrir son rôle dans le 11-Septembre touchent à leur fin », a déclaré M. Kreindler dans un communiqué.

Les familles attendent des preuves plus fortes avec la publication d’autres documents déclassifiés attendue dans les six prochains mois aux termes du décret pris par Joe Biden.

lemonde.fr

Encore un mensonge de Trump sur son vécu du 11-Septembre 2001

 

Si l’on connaît son goût pour l’emphase, il y a des histoires romancées (voire inventées) par Donald Trump qui font soupirer plus que d’autres. Le président américain est allé particulièrement loin ce mardi 8 septembre en s’attaquant à la mémoire de l’un des plus grands traumatismes de l’Histoire des États-Unis : les attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Dans un discours en amont des commémorations du 25e anniversaire de ces attentats, Donald Trump s’est placé au centre de l’histoire avec un récit qualifié par la presse américaine d’« au mieux trompeur », voire totalement mensonger sur certains points.

Le président américain a ainsi raconté avoir été éloigné dans l’urgence en raison d’un bâtiment menaçant de s’écrouler, laissant penser que cela s’était déroulé le 11 septembre.

« J’étais en train de construire un grand immeuble à New York, et j’ai emmené toute l’équipe sur place juste après ce qui s’était passé », a-t-il débuté son récit, à l’occasion d’une adresse aux familles des secours et des victimes.

Il dit s’être tenu à proximité d’un gratte-ciel, le « United States Steel Building » (aujourd’hui le One Liberty Plaza), qui « craquait et nous pensions qu’il allait nous tomber dessus. ». Selon lui, c’est alors que « deux pompiers, des mecs grands et costauds, et je ne suis pas petit moi-même, m’ont attrapé par le bras en me disant : “Il faut partir d’ici”. Ils m’ont soulevé et se sont mis à courir avec moi ».

De nombreux mensonges

La presse américaine s’est empressée de vérifier ce récit de Donald Trump, qui raconte tout et son contraire depuis plusieurs années sur sa journée du 11 septembre 2001. CNN se veut très clair : le président américain « ne se trouvait pas à proximité du World Trade Center pendant l’attaque, ni plus tard dans la journée ».

En effet, le One Liberty Plaza est un immeuble qui se trouvait tout proche des tours jumelles, et qui a bien été gravement endommagé lors des attaques du 11-Septembre. Mais aucune preuve ne montre que le président américain s’y trouvait ce jour-ci, ou même les suivants.

La première réaction qui existe de lui est d’ailleurs bien plus cynique : le 11 septembre 2001, alors qu’il est contacté - en tant que personnalité emblématique de New York - par la chaîne de télévision locale WWOR-TV, Donald Trump explique depuis la Trump Tower (à plusieurs kilomètres du World Trade Center) que son bâtiment était désormais « le plus haut de Manhattan ».

Le New York Times souligne par ailleurs qu’aucune preuve ne confirme le fait qu’il aurait été escorté par des pompiers au One Liberty Plaza.

Les affirmations du président américain selon lesquelles il aurait emmené des dizaines de ses propres employés pour aider aux opérations de déblayage sont également sérieusement remises en question par l’un des chefs des pompiers de New York à l’époque, Richard Alles, qui disait en 2019 avoir « passé des mois là-bas » et ne l’avoir « jamais vu ».

« Un menteur compulsif et narcissique »

Cette obsession à se placer au centre de l’Histoire, même dans des commémorations en la mémoire des 3 000 personnes décédées ce jour-ci, a évidemment beaucoup fait réagir chez ses détracteurs. « Donald Trump est un menteur compulsif et un narcissique, et souffre honnêtement de démence », a souligné le gouverneur démocrate de l’Illinois, JB Pritzker, quand le sénateur démocrate Alex Padilla a affirmé que le président américain « fait ce qu’il sait faire de mieux : mentir. Il n’était pas à Ground Zero, il était dans son penthouse ».

« C’est absolument répugnant de mentir sur ce sujet », a quant à lui dénoncé sur X Gavin Newsom, gouverneur démocrate de Californie, tandis que le chroniqueur conservateur du New York Times, David French, a qualifié le président américain de « l’un des menteurs les plus effrontés qu’on ait jamais vus ». « Quel gros menteur stupide » a aussi écrit Adam Kinzinger, un ancien représentant républicain s’étant très clairement opposé à Donald Trump.

Signe du malaise provoqué par les déclarations de Donald Trump, même le sénateur républicain Ted Cruz s’est contenté de dire sur CNN que ces événements s’étaient déroulés « il y a 25 ans », laissant à penser que lui-même ne croit pas aux « souvenirs » du président américain.

Alors que ses mots provoquaient donc une vague d’indignation, sur son réseau social Truth Social, le président américain a violemment attaqué la presse en réponse, expliquant dans un long message qu’il était bien « sur place, bien sûr pas le jour même de l’effondrement, mais peu de temps après, en compagnie d’un grand groupe d’ouvriers du bâtiment ». Ce, accompagné d’une vidéo, tournée sur les lieux selon lui, le montrant en train de répondre à des questions de journalistes.

Commémorations

Le maire de New York Zohran Mamdani a confirmé ce lundi qu’il serait bien présent aux commémorations du 11 septembre, vendredi. Une pétition avait demandé l’inverse, appuyée par l’ex-édile Rudy Giuliani. Le président Donald Trump, lui, sera absent, il a préféré renoncer car... il ne pouvait pas y prononcer de discours. 

Timothée Barnaud

huffingtonpost.fr

La ville de New York a dissimulé des informations sur la qualité de l’air après le 11 Septembre

 

Vingt-cinq ans après le 11 septembre, le maire de New York, Zohran Mamdani, a annoncé mardi la publication de dizaines de milliers de documents révélant, selon lui, des dissimulations de la ville sur la toxicité de l’air après les attaques.

« Ces documents montrent ce que la ville savait de la présence d’air toxique autour de “Ground Zero”, à quel moment elle en a eu connaissance et comment elle a agi pour limiter sa responsabilité juridique », a déclaré le maire lors d’une conférence de presse.

Cette publication en ligne a été décidée au terme d’un accord avec l’association 9/11 Health Watch, une organisation de défense des victimes qui avait saisi la justice pour contraindre la ville à rendre publics ces documents.

En plus des 2977 personnes décédées aux États-Unis le jour des attaques du 11 Septembre, principalement à New York, plus de 9400 autres sont mortes des suites de maladies liées à leur exposition aux attentats, selon le programme fédéral mis en place pour assurer leur suivi médical.

Après le nuage de poussière initial succédant à l’effondrement des tours du World Trade Center, des mois de pollution et de poussières résiduelles ont suivi, entraînant notamment des cancers dont souffrent encore aujourd’hui des milliers de New-Yorkais.

« Des gens sont tombés malades parce que les dirigeants auxquels ils faisaient confiance leur ont menti en leur affirmant qu’ils pouvaient respirer sans danger un air toxique », a insisté Zohran Mamdani.

Ces documents, qui vont être mis en ligne par vagues pendant 12 mois, pourraient mettre en cause deux de ses prédécesseurs : Rudy Giuliani, en poste au moment des attaques, puis Michael Bloomberg, à partir de l’hiver 2002.

« La ville savait »

Certains documents figurant parmi les 173 000 publiés mardi portent sur des « discussions que l’administration Giuliani avait à l’époque au sujet de sa responsabilité juridique et des risques sanitaires », a précisé lors de la conférence de presse l’avocat en chef de la ville de New York, Steven Banks.

Un autre document met en avant « des informations fournies par le représentant au Congrès Jerry Nadler » sous la mandature de Michael Bloomberg « concernant les inquiétudes de résidents du sud de Manhattan » quant à la qualité de l’air qu’ils respiraient.

Interrogés par l’AFP, les entourages des deux anciens maires n’avaient pas réagi dans l’immédiat.

 Questionné sur les noms des responsables politiques ayant dissimulé des informations au public, Zohran Mamdani a botté en touche, indiquant seulement que « cela concerne un grand nombre de personnes auxquelles les New-Yorkais ont fait confiance ».

« Ce que nous savions tous, nous qui vivions dans le sud de Manhattan, c’est qu’il y avait des substances toxiques dans l’air et sur le sol, sur les rebords des fenêtres et dans les climatiseurs […] et qu’elles y sont restées pendant des mois », a déclaré le comédien Jon Stewart, figure de la défense des victimes du 11-Septembre.

« Tout le monde le savait, et il apparaît désormais clairement que la ville le savait elle aussi », a-t-il poursuivi.

Directeur de l’association 9/11 Health Watch, Ben Chevat a remercié Zohran Mamdani d’être « le premier maire, en 25 ans, à commencer enfin à répondre à la question : “Que savait la ville des dangers liés au nuage toxique à Ground Zero, et quand en a-t-elle eu connaissance ?” ».

Le 11 septembre 2001, deux avions détournés par des pirates de l’air ont percuté les deux tours du World Trade Center, un troisième a éventré le Pentagone et un quatrième, qui semblait viser le Capitole ou la Maison-Blanche, s’est écrasé dans une zone boisée de Shanksville, en Pennsylvanie, après une contre-attaque des passagers.

Raphaël Hermano

ledevoir.com