Une semaine après les attentats, il y a 25 ans, Omar al-Bayoumi était interpellé au Royaume-Uni et des documents établissant ses liens avec les terroristes saisis à son domicile. Le FBI les a longtemps escamotés. Une enquête de la BBC les exhume et relance une question : les autorités américaines ont-elles fait obstruction à toute mise en cause de l’Arabie saoudite, leur principal allié dans le golfe Persique ?
Après les attentats de 11-Septembre, les Etats-Unis ont enquêté sur d’éventuels liens entre l’Arabie saoudite et les terroristes, mais les soupçons n’ont jamais été confirmés par des preuves solides. En 2016, l’administration Obama a autorisé la publication des pages d’un rapport du Congrès datant de 2002 pour couper court aux rumeurs sur l’implication de Riyad dans les attaques. Vingt ans après les attentats, le président, Joe Biden, a promis, au début de septembre, la déclassification de nouveaux documents de l’enquête du FBI relative à ces attaques.
Samedi 11 septembre, une note du FBI a ainsi été déclassifiée. Elle renforce les soupçons d’implication de Riyad dans les attentats du 11 septembre 2001 commis par Al-Qaida, sans toutefois fournir les preuves qu’espéraient les familles des victimes poursuivant l’Arabie saoudite en justice. Parmi les 19 pirates de l’air qui ont détourné quatre avions de ligne, dont deux ont été projetés dans les tours jumelles du World Trade Center faisant 2 977 morts, 15 étaient des ressortissants saoudiens.
Document expurgé
La note qui vient d’être déclassifiée est datée du 4 avril 2016. Elle insiste sur les liens entre Omar Al-Bayoumi, un agent saoudien présumé installé en Californie, et Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar, deux hommes qui feront partie des pirates de l’air, auxquels il a été soupçonné d’apporter une aide logistique.
Le document, qui se fonde sur des entretiens réalisés en 2009 et 2015 avec une source dont l’identité est classée, détaille les contacts et les rencontres d’Omar Al-Bayoumi avec Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar, tous deux arrivés en Californie en 2000.
Il montre également des liens encore plus forts que ceux déjà connus entre ces deux hommes et Fahad Al-Thumairy, imam conservateur d’une mosquée de Los Angeles et diplomate accrédité au consulat saoudien à la fin des années 1990.
Selon le document, des numéros de téléphone associés avec la source montrent des contacts avec un certain nombre de personnes qui ont aidé Nawaf Al-Hazmi et Khalid Al-Mihdhar, dont Omar Al-Bayoumi et Fahad Al-Thumairy et y compris la source elle-même.
La source a expliqué au FBI que Al-Bayoumi, par-delà son statut officiel d’étudiant, occupait « un rang très élevé » au consulat saoudien. « L’aide de Bayoumi à Hamzi et Midhar comprenait des traductions, des voyages, du logement et du financement », selon la note. L’épouse de la source a déclaré qu’Al-Bayoumi parlait souvent de « djihad », poursuit le document.
La note établit également d’autres liens, via des rencontres, conversations téléphoniques ou autres communications, entre Al-Bayoumi et Thumairy avec l’Américano-yéménite Anouar Al-Aulaqi, propagandiste d’Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) tué par des drones américains au Yémen en septembre 2011.
Publication sous la pression des familles
Toutefois, le document publié a été copieusement expurgé et n’offre pas de lien direct entre le gouvernement saoudien et les pirates de l’air. Il a été déclassifié après des pressions exercées sur Joe Biden par des familles de victimes qui poursuivent l’Arabie saoudite pour complicité dans l’organisation des attentats.
Trois administrations successives ont refusé de déclassifier et publier des documents sur les attentats et ont été accusées de vouloir protéger l’alliance historique entre Washington et Riyad.
La monarchie pétrolière sunnite a toujours nié la moindre implication dans les attentats du 11 septembre 2001 et a été lavée de tout soupçon par une commission d’enquête américaine en 2004.
Jim Kreindler, l’un des principaux avocats impliqués dans les poursuites des familles de victimes contre l’Arabie saoudite, a estimé que la note déclassifiée en validait l’argument-clé portant sur le soutien du gouvernement saoudien aux pirates de l’air. « Avec cette première déclassification de documents, vingt ans durant lesquels l’Arabie saoudite a compté sur le gouvernement américain pour couvrir son rôle dans le 11-Septembre touchent à leur fin », a déclaré M. Kreindler dans un communiqué.
Les familles attendent des preuves plus fortes avec la publication d’autres documents déclassifiés attendue dans les six prochains mois aux termes du décret pris par Joe Biden.
