mercredi, 14 janvier 2015

La pression s’accentue pour déclassifier les 28 pages censurées sur le 11-Septembre


Nous vous parlons des 28 pages censurées du rapport du congrès depuis plusieurs années et les grands médias se mettent enfin à traiter ce sujet suite aux nombreuses pressions qui s’exercent actuellement pour obtenir leur déclassification. De Newsweek à CNN en passant par ABC News ou encore Fox News, les médias américains ont récemment ouvert le débat sur ces fameuses 28 pages en donnant la parole aux familles de victimes et aux politiques investis dans cette démarche. Les médias britanniques ont fait de même à l’image du Daily Mail ou du Huffington Post. Parmi les médias francophones, le journal canadien La Presse ou le site Atlantico ont également abordé le sujet à l’occasion des commémorations de septembre dernier. Depuis, seul le magazine people Paris-Match s’est fait l’écho de ces pressantes revendications.

Le nouveau site internet 28Pages.org milite en particulier depuis plusieurs mois pour que l’on connaisse enfin le contenu de ces 28 pages censurées par l’administration Bush et dédiées à l’aide de pays étrangers aux attentats du 11-Septembre. Nous avons traduit un de leurs derniers articles qui se propose de faire le point sur la situation.



Une conférence tenue en Floride met en évidence des signes d’aide étrangère aux pirates du 11-Septembre

En novembre dernier, Loreen et Matt Sellitto, les parents d’une victime du 11-Septembre, ont organisé une réunion d’information axée sur un des aspects les plus importants, et pourtant le plus méconnu, du 11-Septembre : dans quelle mesure les terroristes ont-ils été aidés par des gouvernements étrangers et dans quelle mesure ces gouvernements étaient-ils au courant de cette aide, à la fois avant et après les attentats.



Cet événement qui s’est tenu à Naples, en Floride, le 11 novembre dernier était intitulé "L’histoire cachée du 11-Septembre : un entretien avec Bob Graham." Après les discours de bienvenue de Loreen Sillitto et de Terry Strada, représentant l’Union des Familles du 11/9 pour la Justice contre le Terrorisme, trois orateurs se sont succédé :

  • L’ancien Sénateur Bob Graham (photo ci-contre), qui est la figure la plus marquante du combat pour la déclassification des 28 pages.[1]
     
  • Dan Christensen, le rédacteur en chef du site Broward Bulldog, qui a révélé que le FBI avait découvert une cellule liée au 11-Septembre à Sarasota et qui continue d’œuvrer pour que les éléments d’enquête du FBI soient mis sur la place publique.
     
  • L’avocat Tom Julin qui aide Broward Bulldog à éviter les obstructions du gouvernement.
Dans cet article, nous évoquons plusieurs temps forts de cet événement. Une vidéo complète de la manifestation est disponible ici.


L’intervention de Bob Graham sur la cellule de San Diego

L’exposé de Graham était articulé autour de l’histoire d’Omar al Bayoumi, un homme qui, avant le 11-Septembre, avait ce que Graham appelle un "emploi fictif" au sein d’une compagnie saoudienne à San Diego. Bayoumi, qui avait été identifié par le FBI comme un agent saoudien, a aidé deux pirates du 11-Septembre à s’établir aux États-Unis.

Plus tard, Bayoumi a déclaré que le jour où il s’était rendu à Los Angeles pour participer à une réunion avec le Directeur des affaires religieuses du Consulat d’Arabie Saoudite, il avait fait par hasard la connaissance des futurs pirates Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdar dans un restaurant, après qu’il les eût entendu parler arabe avec un accent saoudien.

Cette rencontre s’est produite peu de temps après l’arrivée des deux hommes à Los Angeles. Ceux-ci revenaient de Malaisie où ils avaient participé à une réunion de chefs terroristes. Lors de cette rencontre, Bayoumi invita les deux hommes à venir à San Diego, où il leur fournit une généreuse assistance, et notamment le premier versement pour la location d’un appartement ainsi que de l’argent de poche. Comble de coïncidence, le salaire de Bayoumi a grimpé en flèche après l’arrivée de Hazmi et Midhar, et sa femme a commencé à recevoir des versements de l’Ambassade d’Arabie Saoudite à Washington.

Le combat de Broward Bulldog contre le FBI au sujet de l’enquête de Sarasota

La quête de Christensen pour obtenir des réponses à la question de l’aide étrangère apportée aux pirates du 11-Septembre a commencé en 2011 quand Anthony Summers, qui avec sa femme Robbyn Swan venait juste de terminer leur livre "Le onzième jour", lui a donné un tuyau. Summers et Swan avaient entendu parler d’une enquête du FBI sur une famille saoudienne ayant des liens étroits avec le gouvernement saoudien et qui avait brusquement abandonné sa luxueuse maison située dans la banlieue de Sarasota environ deux semaines avant le 11-Septembre.

Suivant cette piste, Christensen contacta le Sénateur Bob Graham pour avoir son avis sur la cellule de Sarasota. Alors qu’il s’attendait à ce que Graham refuse tout commentaire pour des raisons de classification, Christensen fut stupéfait d’apprendre que si Graham – qui avait présidé le Comité sur le Renseignement du Sénat et Co-présidé la Commission d’Enquête du Congrès sur les attentats du 11-Septembre – n’était pas en mesure de commenter ce sujet, c’était pour une toute autre raison : Le FBI ne lui avait jamais parlé de l’enquête de Sarasota.



Christensen (photo ci-dessus) s’est alors tourné vers le FBI qui a confirmé qu’il y avait bien eu une enquête mais qu’aucun lien avec le 11-Septembre n’avait été trouvé. Pour savoir comment ils en étaient arrivés à cette conclusion, il a demandé que lui soient communiqués les documents d’enquête en invoquant la Loi sur la Liberté de l’Information (FIOA). Mais le FBI lui a répondu qu’il n’y avait aucun document correspondant à sa demande. Considérant que cela était totalement impossible, Christensen et le Broward Bulldog ont engagé, en 2012, une action en justice dans le cadre de la FIOA.

Environ six mois plus tard, le FBI a transmis à Christensen 35 pages, partiellement censurées, dont la conclusion explosive était en contradiction flagrante avec les précédentes dénégations du gouvernement : L’enquête avait en fait "révélé de nombreuses connexions" entre la famille saoudienne qui avait quitté précipitamment sa maison de Sarasota et "des individus impliqués dans les attentats terroristes du 11/09/2001." (En fait, l’enquête a montré que des appels téléphoniques avaient été passés entre les futurs pirates du 11-Septembre et cette maison, et que certains d’entre eux y avaient même séjourné.)

En avril 2014, alors que l’action en justice du Bulldog suivait son cours, le juge du District de Fort Lauderdale, William Zloch, a ordonné au FBI de procéder à une recherche plus approfondie dans ses fichiers, reprochant au gouvernement d’avancer des arguments juridiques "dénués de sens" pour maintenir à tout prix le secret. Plus tard, il a ordonné au FBI de lui remettre plus de 80 000 pages archivées au bureau de Tampa afin qu’il puisse les examiner personnellement et se forger sa propre opinion sur la nécessité ou non de maintenir le secret. L’examen de cette énorme masse de document est toujours en cours.

En juillet 2014, le FBI a rendu public un nouveau document très intéressant. Celui-ci révèle que, lors de la fête d’Halloween en 2001, le bureau du shérif du Comté de Manatee a reçu un appel d’un citoyen signalant avoir vu un homme qui jetait des objets dans une benne à ordure derrière un entrepôt à Bradenton, en Floride. Après avoir interrogé cet homme, qui avait un visa tunisien, la police a fouillé la benne et a trouvé "un manuel sur le terrorisme et le Jihad, les plans internes d’un aéroport non identifié, une ébauche de testament et de dernières volontés, une table de correspondance poids/carburant pour un avion de type Cessna 172, des informations sur l’entraînement au pilotage de l’école de pilotage de Venice et une carte du centre commercial Publix à Tempa Bay."

Les poursuites engagées par l’avocat Tom Julin pour la déclassification des 28 pages



Julin (photo ci-contre), en plus d’un exposé très détaillé sur la bataille juridique engagée pour obtenir la déclassification des fichiers du FBI sur Sarasota, a expliqué les tentatives de Broward Bulldog pour obtenir la divulgation des 28 pages traitant d’une aide étrangère aux pirates du 11-Septembre contenues dans le rapport de la Commission d’Enquête Conjointe du Congrès publié en 2002.

Julin apporte son aide à Christensen, Summers et Swan pour obtenir la déclassification des 28 pages par le biais d’une procédure assez peu connue, appelée "Évaluation de Déclassification Obligatoire". Dans le cadre de cette procédure, un refus de déclassification émis par une Agence peut être examiné par une commission regroupant plusieurs Agences gouvernementales qui passe en revue les documents concernés et émet une recommandation au Président. Cette commission examine actuellement les 28 pages. Bien qu’aucune échéance précise n’ait été fixée, on a dit à Julin qu’il pouvait s’attendre à ce que la recommandation soit présentée au Président Obama cet hiver.

L’avocat, spécialiste du 1er Amendement [2], a indiqué qu’il avait bon espoir que la commission prenne sa requête au sérieux en soulignant que "de nombreux Membres du Congrès ont déclaré que la déclassification ne portera pas atteinte à la sécurité nationale, mais y contribuera plutôt en permettant au peuple de savoir quel rôle a joué l’Arabie Saoudite."

De nombreuses questions restent en suspens

Avant de répondre aux questions du public, Graham a évoqué plusieurs zones d’ombre qui perdurent autour du 11-Septembre.

Tout d’abord, constatant que des pirates avaient passé pas mal de temps à Paterson (New Jersey), à Falls Church (Virginie), et dans le Comté de Palm Beach, Graham a déclaré : "Nous avons tenté de découvrir si, dans ces trois endroits, il y avait eu des investigations similaires à celles entreprises à Sarasota et, si oui, ce qu’elles avaient donné. Mais on s’est heurté au même mur."

Graham a également abordé les questions suivantes :
  • Pourquoi les Saoudiens auraient-ils aidé des terroristes islamiques opérant aux Etats-Unis ?
     
  • Pourquoi l’administration Bush a-t-elle protégé l’Arabie Saoudite en empêchant la divulgation de documents accablants [pour ce pays] ?
     
  • Pourquoi l’administration Obama est-elle aussi complaisante que l’administration Bush vis à vis de l’Arabie Saoudite ?
Au cours de son exposé, Graham a brièvement parlé de deux de ses livres. Le premier, "Intelligence Matters: The CIA, the FBI, Saudi Arabia and the Failure of America’s War on Terror," [3] est un essai basé sur des faits réels dont la publication a nécessité une autorisation préalable du gouvernement, ce qui s’est traduit par la censure de nombreux passages. Cette expérience frustrante a poussé Graham à contourner les censeurs du gouvernement en publiant "Keys to the Kingdom" [4] une œuvre qualifiée de fiction dont s’est servi Graham pour écrire sur le sujet avec une plus grande liberté.


Notes du traducteur :

[1] Il s’agit du rapport établi en décembre 2002 par la Commission d’enquête sur les activités de la communauté du renseignement avant et après les attentats du 11-Septembre. 28 pages de ce rapport qui concernent l’éventuelle implication de gouvernements étrangers dans ces attentats ont été censurées par la Maison Blanche.
[2] « Le Congrès ne fera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser à l’État des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. »
[3] L’importance du renseignement : La CIA, le FBI, l’Arabie Saoudite et l’échec de la guerre contre le terrorisme.
[4] Les clés du Royaume.