mercredi, 7 décembre 2011

La bande dessinée d’Image Comics "The Big Lie" pose d’importantes questions

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La couverture de la Bande dessinée "The Big Lie"




Il s’est passé près de 10 ans depuis le 11-Septembre, et la tragédie reste encore présente à l’esprit de nombreux Américains. L’un d’eux est écrivain et artiste Rick Veitch, et demeure convaincu que toute la vérité ne nous a pas été dite.

Les questions entourant cette journée fatidique ont inspiré le thème de sa nouvelle série BD d’Image Comics : "Le Grand Mensonge" (The Big Lie) qui réunit à nouveau Rick Veitch et Gary Erskine et dont l’histoire débute le 7 septembre [2001]. Pour ce récit, Veitch a suivi la même structure que l’épisode de Twilight Zone de 1963 "No Time Like the Past", dans lequel un homme utilise une machine à remonter le temps pour tenter d’empêcher trois événements de se produire, en avertissant un policier [de l’arrivée] de la bombe atomique sur Hiroshima, en assassinant Hitler avant la Seconde Guerre Mondiale, et en empêchant le naufrage du Lusitania.

Dans "Le Grand Mensonge", l’héroïne Sandra est une femme qui a perdu son mari, Carl, lors des attentats terroristes contre le World Trade Center à New York. Étant physicienne [spécialiste] des particules au LHC (Large hadron Collider) , elle invente un moyen de voyager dans le temps, et repart dans le passé, à Manhattan, une heure avant que le premier avion ne frappe les Tours le 11 septembre 2001.

Elle se précipite à son bureau, une agence de conseil de gestion du risque, mais comme elle a vieilli de 10 ans, Carl ne la reconnaît pas. Et même si elle apporte des preuves sur son iPad, ni son conjoint ni ses collègues ne croient à ses avertissements.

« La substance de l’histoire réside dans sa tentative de convaincre ces "experts" que l’attentat terroriste est sur le point de se produire, explique Veitch. Et donc, il s’agit pour l’essentiel d’un drame émotionnel intense, étroitement mêlé aux faits et aux questions entourant le 11-Septembre. »

L’éditeur et artiste Thomas Yeates a eu l’idée de faire une bande dessinée sur le 11/9, et avec l’éditeur d’Image Comics, Eric Stephenson, ils ont demandé à Veitch et Erskine de les rejoindre, car c’étaient des fans de leurs séries de Bds publiées chez l’éditeur Vertigo Comics « Army @ Love », qui est à la fois une satire de l’armée, et une histoire d’amour en temps de guerre.

« Il fallait encore trouver un narrateur pour The Big Lie – et ce fut Oncle Sam lui-même -, pour que tout se mette enfin en place, » raconte Yeates en désignant l’icône américaine sur la couverture du numéro 1 se tenant à côté des Tours jumelles en feu.

« Pour moi, ce qui est génial aux États-Unis, c’est notre liberté, » dit Yeates. « Or les attaques du 11/9 ont été utilisées pour faire passer le Patriot Act, qui a supprimé certaines de nos libertés parmi les plus importantes. Alors ici [sur cette image] on voit l’Oncle Sam, couvert de sang, qui se bat pour obtenir leur restauration. »

« Tous ceux qui ont vécu le 11/9, depuis les rescapés de Ground Zero, à ceux qui étaient collés à leur téléviseur, conservent un lien intime avec cette journée, raconte Veitch. C’est véritablement un moment déterminant dans l’histoire de notre pays et du monde. »

Ce n’est pas la première fois que Veitch utilise le thème du 11-Septembre. Dans son roman BD paru chez Vertigo Comics "Can’t Get No", il avait mis en scène la semaine d’errance d’un homme avant, pendant et après les attentats comme un point de vue sur cet événement depuis un microcosme particulier, mais avec "Le Grand Mensonge", Veitch explique : « nous essayons de présenter l’ensemble du paysage macroscopique politique, financier et militaire. »

En décidant de participer à ce projet, il ne s’est pas considéré pas comme un "sceptique" (Truther), et bien qu’étant un contemporain des Pentagon Papers, du Watergate, de l‘Irangate (Iran / Contra), et de l’invasion de l’Irak, Veitch reconnait qu’il est sceptique vis-à-vis de toute histoire "officielle" fournie par le gouvernement.

« À la lecture du rapport de la Commission sur le 11/9, il est assez clair que beaucoup de preuves importantes sur la période précédant les attentats et sur l’effondrement des Tours ont été ignorées ou passées sous silence, » explique-t-il. « Et je suis très en colère sur ce qui s’est passé après : la façon dont l’Irak a été envahi sur la base de faux renseignements, ainsi que sur son occupation mal gérée avec pour résultat plus de 100 000 morts civils. »

Cette sensibilité exacerbée et [le goût pour] le récit sont caractéristiques de la carrière de Veitch; cela remonte à ses engouements pour des livres populaires tels que Miracleman ou Swamp Thing, explique Erskine. « Il restait toujours un côté subversif, parfois dissimulé dans le texte, mais le plus souvent jeté directement à la tête du lecteur. »

« Ce livre a certainement représenté un projet ambitieux pour l’écrivain comme pour l’artiste, mais je suis sûr qu’il constituera une ouvrage stimulant et générateur d’interrogations pour les lecteurs. »

Bien que de tels récits de voyages dans le temps se soient pas nouveaux dans la culture populaire, peu d’entre eux se sont attaqués au 11/9 jusqu’ici. C’est encore assez récent, bien sûr, mais « l’industrie du divertissement moderne tend à se concentrer sur des histoires qui n’appellent pas vraiment à la réflexion (empty calories stories) », dit Veitch. « Et il y a une sorte d’amnésie culturelle dans le public en général à propos du 11/9. Je pense que ça a été tellement traumatisant pour eux, que la plupart des gens veulent l’oublier et se concentrer sur leur vie. »

« Si on gratte un peu la surface du rapport de la Commission sur le 11/9, on trouve des trous béants dans l’histoire officielle. Il y a aussi énormément de désinformation et de théories du complot farfelues qui doivent être démystifiées. Les gens attentifs demandent une enquête réelle et approfondie sur toutes ces questions lancinantes. C’est le sujet de notre livre. »

Veitch admet que "Le Grand Mensonge" pourrait prêter à controverses dans certains milieux, mais le pays étant tellement divisé sur le sujet actuellement, il est persuadé d’attirer des avis tranchés des deux camps : de ceux qui veulent tout simplement se souvenir, et de ceux qui veulent de vraies réponses.

C’est pourquoi dans ce livre, il est resté au centre, pour « ces gens qui pourraient ne pas avoir beaucoup réfléchi à ces choses au cours des 10 dernières années ou qui participent du va-et-vient idéologique », déclare Veitch, qui dans cette série, veut s’attaquer à d’autres "grands mensonges" historiques.

« Se souvenir des événements du 11/9 est une chose bénéfique et légitime. Mais il est également extrêmement important que nous obtenions une image plus claire de ce qui s’est réellement passé. »

Brian Truitt