"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

mardi, 12 octobre 2010

Les dossiers classifiés que les enquêteurs du 11/9 ont loupés

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Installé à Washington DC, Philip Shenon est journaliste d’investigation et auteur à succès. Il a consacré la plus grande part de sa carrière au New York Times en tant que journaliste, de 1981 à 2008. Il a quitté le journal en mai 2008, quelques semaines après son premier livre, La Commission : L’histoire non censurée de l’enquête sur le 11/09, qui a rejoint les listes des best-sellers du New York Times et du Washington Post. Ayant couvert plusieurs zones de guerre, il fut l’un des deux journalistes du Times intégrés aux troupes terrestres américaines lors de l’invasion de l’Irak dans la guerre du Golfe de 1991.

Pourquoi la commission d’enquête sur les attentats dévastateurs d’al-Qaïda en 2001 n’a-t-elle pas minutieusement épluché les dossiers de la NSA ?

Y a-t-il encore de nombreux secrets sur le 11/ 9 cachés dans les dossiers top-secret du gouvernement ?

C’est quasiment certain selon les anciens membres de la Commission sur le 11/9. La nation étant sur le point de célébrer le neuvième anniversaire des attentats terroristes ce week-end, les anciens membres confient au Daily Beast qu’il est clair que la Commission sur le 11/9, ayant fermé ses portes en 2004, n’a pas procédé à l’inspection minutieuse de la plupart des données du renseignement sur al-Qaïda et le complot du 11/9. Et personne ne semble avoir étudié ces renseignements depuis.


Les archives préservées au siège de la National Security Agency à Fort Meade, Maryland ont – curieusement – seulement été examinées les derniers jours de l’enquête de la commission, uniquement parce que le personnel s’est plaint à la dernière minute que l’importante base de données de la NSA avait été ignorée.

Tout au long de l’enquête, le personnel s’est plaint que les dirigeants de la commission se soient focalisés sur ce que pourraient révéler les fichiers du terrorisme de la CIA et du FBI, deux grandes cibles sujettes à critiques dans le rapport final de la commission, mais qu’ils ont largement ignoré la NSA, la principale agence d’espionnage du gouvernement.

Lorsque la commission s’est occupée des archives de la NSA au cours d’un week-end de recherches frénétiques désespérées en juin 2004, elle a trouvé des informations explosives suggérant des liens entre les conspirateurs du 11/09, le gouvernement iranien et les militants du Liban soutenus par le Hezbollah iranien. Le document sur l’Iran a été pris en compte dans le rapport final de la commission dans un contexte limité et sans aucune chance d’être suivi par la commission sur le point de fermer. (J’en ai révélé plus dans mon livre de 2008, La Commission : L’histoire non censurée de l’enquête sur le 11/9)

"Je suis toujours effrayé à l’idée de ce qui se trouve encore à la NSA, quel que soit ce qu’on n’a jamais eu le temps de consulter", a déclaré un ex-membre de la commission qui travaille maintenant ailleurs au gouvernement fédéral, mais qui ne peut dire à la presse où il est assigné. "Je suis un peu choqué que personne n’ait tenté d’y revenir depuis. Nous n’avons certainement pas tout vu à la NSA."

"Ce qui se trouve à la NSA m’effraie, quel que soit ce qu’on n’a jamais eu le temps de consulter", a déclaré un ex-membre de la commission.

Les anciens membres précisent qu’ils ne disent pas que les archives inédites de la NSA soutiendront une quelconque théorie du complot des plus farfelues à propos du 11/9 – surtout pas l’idée que les attentats du 11/9 aient été une sorte de "coup monté de l’intérieur" par l’administration Bush.

Mais, selon eux, il peut très bien y avoir des preuves à l’agence suggérant des liens plus étroits que ceux découverts entre al-Qaïda et les gouvernements étrangers, et que le gouvernement a reçu des avertissements bien plus explicites concernant une attaque terroriste imminente en 2001.

Rien n’indique que quelqu’un au Capitol Hill ou ailleurs dans le gouvernement ait tenté de retourner à la NSA pour consulter à nouveau ses archives sur le terrorisme pre-11/9 bien qu’elles se trouvent, sans conteste, dans la bibliothèque la plus complète au monde détenant les communications interceptées entre al-Qaïda et ses partisans, dont plusieurs des pirates de l’air du 11/9 et ses mécènes étrangers.

Dans une déclaration au Daily Beast, la NSA affirmait avoir "pleinement soutenu" la Commission du 11/9 "et laissé libre accès à ses installations, documents, au personnel et aux moyens nécessaires à son enquête. Les fonctionnaires de l’Agence n’ont fait aucun commentaire lorsqu’on leur a demandé si la NSA s’inquiétait de savoir si ses archives n’avaient pas été suffisamment examinées par la commission, ou si d’autres groupes avaient examiné les documents depuis.

Les porte-parole de la Chambre et les comités du renseignement du Sénat n’ont pas répondu aux questions similaires.

En termes de budget, la NSA est la plus grande agence d’espionnage de la nation; elle dépense des dizaines de milliards de dollars par an dans les satellites-espions et les bases d’interception au sol, en grande partie consacrés à l’écoute d’appels téléphoniques et l’interception de courriels entre les terroristes et leurs alliés. Les données brutes recueillies à partir des interceptions sont ensuite réparties entre la CIA et d’autres organismes pour analyse.

L’ancien sénateur démocrate de Floride, Bob Graham, qui avait mené une enquête conjointe au Congrès sur le 11/9, ayant précédé la formation de la Commission sur le 11/9, dit au Daily Beast qu’il savait que la commission pourrait être passée à côté de tant de preuves à la NSA.

"La NSA a bien fourni plus de la moitié des renseignements bruts que la communauté du renseignement récoltait à ce moment," dit-il.

Graham dit qu’il s’inquiétait particulièrement que la commission puisse passer à côté d’autres preuves de la NSA sur l’aide étrangère à Al-Qaïda; l’enquête du Congrès était remontée jusqu’à la preuve que certains responsables du gouvernement de l’Arabie saoudite, dont un diplomate saoudien basé à Los Angeles, avaient pu fournir une assistance aux pirates de l’air du 11/9 après leur arrivée aux États-Unis.

John R. Schindler, un ancien analyste du renseignement à la NSA, maintenant professeur des affaires de sécurité nationale à l’U.S. Naval War College, dit qu’il exhorterait les enquêteurs du Congrès et d’autres à examiner les documents de la NSA que la Commission sur le 11/9 a loupés. Il se dit déconcerté par fait qu’à l’époque, les archives n’ont pas fait l’objet d’un examen scrupuleux.

"Depuis des décennies, c’était de loin la principale source de renseignement du gouvernement des États-Unis, dit-il en parlant de la NSA. "Un très fort pourcentage de cas de terrorisme évoqués dans les médias part des informations interceptées par la NSA."

Qu’aurait loupé la Commission sur le 11/9 ?

"On ne le saura pas tant qu’on ne cherchera pas", dit-il. "Il est important de se rappeler que lorsqu’on a pu avoir accès aux archives de l’agence qui précédait la NSA durant la Seconde Guerre mondiale, toute l’histoire de la Seconde Guerre mondiale a dû être réécrite." Il faisait allusion à la divulgation, des décennies après la guerre, sur le fait que les États-Unis et leurs alliés avaient rompu les codes nazis, ce qui expliquait les victoires alliées, qu’on avait auparavant attribuées au seul génie des instances militaires américaines.

Philip Shenon