Les gens devraient avoir honte de ne pas rechercher la vérité concernant le 11/9 ! Egger Ph.

lundi, 10 mai 2010

La traque du « tueur à l’anthrax »

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Voici un article assez complet sur l’affaire de l’"anthrax" qui s’est terminée en mars dernier par la cloture unilaterale de l’enquête par le FBI. Ses conclusions sont que le seul coupable de ces attaques est Bruce Ivins, un chercheur qui travaillait au laboratoire militaire de Fort Detrick, et qui serait devenu fou et aurait envoyé des lettres à l’anthax au lendemain du 11 septembre 2001, générant une psychose mondiale qui se rajouta à celle consécutive aux attentats.


Bruce Ivins, le chercheur du laboratoire de recherche de Fort Detrick sur les armes biologiques de l’armée US


Ils avaient choisi le mauvais gars… Traqué par le gouvernement et vilipendé par les médias, Steven Hatfill, alias "le tueur à l’anthrax", a été innocenté. Neuf ans après les attentats de 2001, il rompt enfin le silence.

Si un homme peut se plaindre de la rumeur… c’est bien lui. Pendant des années, Steven Hatfill était considéré par les médias et le FBI comme le "tueur à l’anthrax". L’ennemi public qui a sévi aux Etats-Unis juste après les attentats de septembre 2001. Mis en cause dès le début de l’enquête avant d’être innocenté sept ans plus tard, cet ancien scientifique de renom, qui a tout perdu, a enfin livré sa version des faits sur MSNBC. Pour la première fois depuis près de dix ans.

LE PIRE ACTE DE BIO-TERRORISME DE L’HISTOIRE

Ce que les médias ont qualifié de « pire acte de bio-terrorisme dans l’histoire des USA » débutent une semaine après les attaques sur le World Trade Center et le Pentagone. Pendant un mois, des enveloppes contaminées au bacille de charbon (appelée par les médias "anthrax") sont envoyées à cinq grands médias et deux sénateurs américains. Ces attaques feront cinq morts aux Etats-Unis et contaminent une quinzaine de personnes.

Elles provoquent surtout un vent de panique intense sur l’Amérique angoissée par le 11 septembre. Sur les chaînes américaines, l’heure est à la psychose avec des reportages et témoignages qui font vraiment flipper (voir un bel exemple ici).

(la vidéo , voir directement l’archive sur le site de l’INA.)


MCCAIN ACCUSE… L’IRAK

Le contenu des lettres amène de prime abord à la piste Jihadiste. Et les terroristes d’Al-Qaïda sont logiquement les premiers suspectés. Le futur rival républicain de Barack Obama, John McCain tente même d’expliquer sur le "David Letterman Show" (CBS) que l’anthrax a une connexion avec l’Irak. « Il y a des indication, et je n’ai pas les conclusions, mais quelques-uns de ces envois d’anthrax pourrait – et j’insiste sur le "pourrait" – provenir d’Irak », ose-t-il balbutier le 18 octobre 2001.


UN "INSIDE JOB"

Mais, les enquêteurs se tournent très vite vers la piste d’un américain se faisant passer pour un terroriste islamiste. Des experts concluent que le produit n’a pu être fabriqué qu’avec des équipements très avancées, comme ceux utilisés par des scientifiques travaillant pour des sections gouvernementales. Les citoyens pouvant manipuler de l’anthrax ne sont pas nombreux. Les regards se tournent vers le centre d’Institut de recherche médicale des maladies infectieuses du Maryland.

Steven Hatfill, un chercheur respecté du Maryland qui travaille pour plusieurs branches de l’armée américaine, s’est beaucoup investi dans la recherche du bacille de charbon. Le scientifique s’était inquiété des canulars à l’anthrax (avec de la poudre blanche). Il avait fait commander en 1999 un rapport sur de possibles attaques terroristes via ce procédé. Le document précisait par exemple le poids maximal d’anthrax à placer dans une enveloppe pour ne pas être détectable ou les conséquences de ce genre d’attentat. Un modèle très détaillé pour apprentis terroristes.

De plus, Le New York Times révèle que Hatfill a obtenu de la ciproflaxine, qui soigne la fièvre de l’Anthrax, juste avant les attentats. Mais le prestigieux journal avait omis de préciser qu’un médecin lui avait donné après une chirurgie des sinus.

DES SOURCES SÛRES…

Hatfill s’attendait à être interrogé au début de l’enquête. Il n’a pas été surpris quand le FBI est venu sonner à sa porte en juin 2002. « Ils ont demandé s’ils pouvaient jeter un coup d’oeil chez moi », a-t-il raconté plus tard. « En toute discrétion » , précise-t-il. Sauf que des caméras de télés et même des hélicoptères filmant sa maison de dessus se tenaient là… D’après The Atlantic, les enquêteurs auraient prévenu la presse. Hatfill soupçonne d’ailleurs le gouvernement de nourrir fréquemment les médias de « fausses informations » avec des sources anonymes. Nous pensions que les allégations provenaient de la presse en mal de sensation, dira Hatfill avec le recul. « Nous n’avons appris que beaucoup plus tard que tout cela étaient intentionnellement orchestré par le ministère de la Justice ». En même temps que l’ennemi des médias, Hatfill devient le suspect n°1 du FBI.

LE COUPABLE IDÉAL

La machine médiatico-judiciaire se régale des bévues du bonhomme, présenté comme légèrement excentrique par ses proches. Ce "bon Américain" a servi comme soldat pour l’armée dans les années 70. Mais, légèrement mythomane, il a par exemple prétendu avoir été capitaine des Forces Spéciales américaines alors qu’il n’y a jamais mis les pieds. Les journaux découvrent aussi que le scientifique s’est rajouté quelques diplômes… « Si gonfler son CV fait de vous le tueur de l’anthrax, la moitié de la ville devrait être suspectée », dégaine son avocat Tom Connolly sur CBS News en mars 2007. L’homme a beau clamer son innocence, rien n’y fait. « La vie de Steve a été dévastée par le battement médiatique plein de sous-entendus et de spéculation. Coupable ou pas, personne ne doit être exposé à ce type d’opprobre public basé sur la spéculation », dira un autre de ses avocats.

Mais cela suffit à en faire la risée des journaux, notamment les satiriques. Le 12 août 2002, le "Daily Show" (sorte de "Petit Journal" de Canal +) présenté par Jon Stewart le grime avec un tee-shirt "I Love Mailing Anthrax" ("J’aime envoyer de l’anthrax"). « En Amérique, tout homme qui n’est pas reconnu coupable est innocent », assure le présentateur. « Sauf s’il est bizarre ! » « Ce que je pense que ce mec est », ajoute Stewart devant le public hilare. « Il a réuni les médias pour se plaindre… d’être chassé par les médias. Hartfill a passé deux ans dans un laboratoire d’armes biologique et avait accès à l’anthrax. Il a toujours dit à ses collègues qu’un jour l’anthrax serait utilisé comme une arme et envoyé par courrier… » Six ans plus tard, on rit jaune. Cliquez sur ce lien.

Et le FBI poursuit sa cabale. Hatfill est même nommé « person of interest » ( « personne d’intérêt » ) dans l’enquête, par le procureur général John Ashcroft (le gaffeur qui appelle Obama… "Ossama") le 6 août 2002 (voir la conférence de presse diffusée sur Cnettv.cnet.com.) Aux Etats-Unis, la presse utilise parfois ce terme pour désigner une personne impliquée dans une affaire criminelle. Entre le "soupçon" et la "culpabilité", en quelque sorte.

UN ACCUSÉ CHASSE L’AUTRE

Hatfill se fait rapidement licencier. Bien que jamais incarcéré, sa réputation professionnelle est totalement ruinée. Selon ses dires, malgré le harcèlement des autorités, son entourage lui permet de ne pas sombrer définitivement dans l’alcool. « Je ne savais pas que la loi autorise le FBI à faire pression sur vos amis. Ils essaient de vous isoler socialement pour vous stresser », grommelle le scientifique dans sa dernière interview. En 2003, alors qu’il tente d’approcher des agents du FBI, le malheureux se fait même rouler sur les pieds par la patrouille ! Avec, en prime une amende de 5 dollars pour avoir "créer un danger"… Pas si anecdotique que cela.

Le salut viendra sept ans plus tard. Quand un autre suspect apparaît un beau jour de l’été 2008. L’enquête finit par prouver que les enveloppes proviennent d’un autre scientifique réputé : Bruce Ivins Edwards.

Dépressif selon ses proches, Ivins se suicide le 29 juillet 2008, juste avant sa mise en examen. Le scientifique avait aussi travaillé dans un labo de recherche sur les armes biologiques. Une semaine après sa mort, le 6 août 2008, le FBI et le ministère de la Justice déclarent officiellement que le chercheur Bruce Ivins est « le seul responsable » des attentats à l’anthrax. « D’après les témoignages recueillis, nous pensons que nous pourrions prouver sans l’ombre d’un doute sa culpabilité devant un jury », clame le procureur général John Ashcroft en conférence de presse (voir le compte-rendu sur CNN)

Le 19 février 2010, le FBI clôt officiellement l’enquête sur "le tueur à l’anthrax". D’après les autorités, Ivins voulait obtenir des soutiens pour le vaccin qu’il venait de mettre au point. Il utiliserait la bactérie de charbon pour des expériences sur ses vaccins. Ironie du sort, le scientifique décoré en 2003 par le ministère de la Défense avait même aidé le FBI à analyser une des enveloppes contenant de l’anthrax.

L’HOMME QUI VALAIT 5 MILLIONS

Deux ans plus tôt, le gouvernement avait réglé son litige avec Stephen Hatfill en lui remettant 5,8 millions de dollars (4,3 millions d’euros) en compensation des préjudices. Les multiples plaintes du scientifique contre des agents du FBI et des journalistes (Newsweek avaient par exemple expliqué que les chiens renifleurs étaient devenus incontrôlables en arrivant dans la maison de Hatfill) n’ont pas abouti. Les sources présentées par les médias ne pouvant, entre autres, pas être divulguées. Après avoir remis le "pactole" à Hatfill, un porte-parole du ministère de la Justice s’est empressé d’indiquer que le Département « n’admet aucune violation de la Loi sur la protection des renseignements personnels et nie toute responsabilité dans les revendications de monsieur Hatfill ».


GOOD GUYS / BAD GUYS

Dans sa première interview depuis près de 10 ans pour l’émission "Today" de MSNBC (16/04), Steven Hatfill raconte comment ces sept années de soupçons ont bouleversé sa vie. Et pose de graves questions sur l’indépendance de la Justice et du pouvoir du gouvernement américain. « Le ministère de la Justice est-il capable de s’auto-réguler ? », s’interroge-t-il. « Sans une importante réglementation, les pouvoirs que nous donnons aux autorités pour mener des enquêtes sur nous peuvent échapper à tout contrôle ».

Malgré le chèque de 5,8 millions de dollars donnés par le gouvernement, ni le ministère de la Justice, ni le FBI ne s’est excusé auprès de lui. Hatfill se prétend toujours « patriote ». « J’aime mon pays, mais j’ai appris quelque chose : le gouvernement peut faire de vous ce qu’il veut… Il peut enfreindre les lois comme il l’entend ». L’encadré en fin d’article sur le silence de Guantanamo est d’ailleurs assez révélateur des exactions commises au nom de "la raison d’État" sous l’ère Bush.

Pendant ces sept années, Hatfill a paru constamment dépassé par les événements. « Je ne comprenais pas pourquoi cela m’arrivait à moi », se souvient-il. « J’ai toujours été du côté des "good guys" ». Dans le monde bipolaire de Bush et ses copains, il est difficile de discerner les bons gars, des mauvais.


Complément d’info

L’actualité renvoie ce mois-ci aux fantômes du passé américain…

Le 9 avril dernier, Le Times a mis la main sur un document explosif signé par le colonel Lawrence Wilkerson, chef du personnel de l’ancien secrétaire d’Etat américain Colin Powell. Selon Wilkerson, le président George W. Bush, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld savaient pertinemment que des centaines de prisonniers de Guantanamo étaient innocents. Mais la fine équipe a préféré les laisser en détention pour des raisons bassement politique. « Il n’était pas possible de les libérer » car « ça aurait montré que l’opération était confuse », auraient-ils vaguement tenté de s’expliquer. D’après le directeur de cabinet de Powell, la majorité des 742 premiers détenus envoyés en 2002 à Guantanamo étaient innocents.

Plus surprenant, d’après le colonel Wilkerson la majorité de ces prisonniers (de 12 à 93 ans) ont été capturés par des Afghans et Pakistanais contre 5000 dollars par personne. Dans ce trafic, les preuves de culpabilité n’auraient même pas été demandées. Dick Cheney aurait dit à Wilkerson : « Si des centaines de personnes innocentes ont dû souffrir pour arrêter une poignée de terroristes endurcis, qu’il en soit ainsi ».

Moins étonnant : l’ex-président Bush aurait aussi participé à toutes les décisions prises à Guantanamo. Un porte-parole du Texan a laissé un laconique « No comment » au Times après les révélations.

Guantanamo compte actuellement 180 détenus. La plainte pour torture et mauvais traitement de 105 anciens prisonniers a été rejetée, début avril, car le juge de la capitale fédérale a estimé que l’action en justice d’hommes libérés n’était plus recevable.

Laurent Macabies