"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

mercredi, 14 novembre 2018

La CIA voulait utiliser des «sérums de vérité»


Des médecins de la CIA avaient songé à utiliser des «sérums de vérité» dans le cadre du programme d'interrogatoires poussés, assimilé à de la torture, mis en place après les attentats du 11 septembre 2001, selon des documents rendus publics mardi.

Cette hypothèse avait été soulevée en raison de la résistance du Palestinien Abou Zoubeida -- soupçonné d'être l'un des cerveaux des attentats contre les tours jumelles du World Trade Center --, malgré des simulations de noyade à répétition, la privation de sommeil ou l'enfermement dans des boîtes en 2002.

«L'intensité et la durée des interrogatoires d'AZ a surpris les médecins (de l'agence) et a entraîné l'examen d'une alternative, a priori plus bénigne, d'interrogatoires basés sur l'usage de drogues», selon un rapport d'un ancien médecin chef de l'agence américaine du renseignement.

Ce document de 90 pages a été mis en ligne mardi par la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU qui a obtenu sa déclassification après une longue bataille judiciaire. Selon ce rapport, des médecins de la CIA s'étaient penchés sur les précédents historiques et penchaient pour l'usage du puissant sédatif midazolam, sans être convaincus de son efficacité.

«Il semble que, si un individu peut endurer un interrogatoire intense, il pourra tenir face aux narcotiques», écrivait son auteur, tout en notant que ces drogues «pourraient servir d'excuses pour que le prisonnier se montre plus disert sans perdre la face».

Les soutiens de cette idée se sont heurtés à l'interdiction pour la CIA de mener des recherches médicales sur des prisonniers, décidée après le suicide d'une personne à qui du LSD avait été donné dans le cadre d'un programme secret dans les années 50.

Après avoir bataillé pour obtenir un feu vert du ministère de la Justice sur les autres méthodes d'interrogatoires, le service juridique de la CIA «n'a pas voulu soulevé une nouvelle question auprès du ministère», selon ce rapport.

Dans un décret de 2009, l'ancien président démocrate Barack Obama a mis un terme définitif à ce programme d'interrogatoires controversés, parfois assimilés à de la torture et menés dans des prisons secrètes de la CIA.

AFP

lundi, 5 novembre 2018

Gang dirigé par un chef du 11 Septembre démantelé


La police espagnole a annoncé samedi le démantèlement d'un gang spécialisé dans la reproduction de fausses cartes de crédit et dirigé par un ressortissant algérien qui avait été incarcéré pour avoir aidé au financement de l'attentat du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Dix-neuf personnes ont été arrêtées à Madrid. Elles fabriquaient de fausses cartes de crédit après avoir recueilli sur le darknet les coordonnées d'utilisateurs, telles que leur code pin, en les transférant sur d'autres cartes, a précisé la police espagnole dans un communiqué. Les faussaires pouvaient alors retirer des espèces depuis des distributeurs ou procéder à des achats dans des magasins, a-t-on ajouté de même source.

Le chef du gang, un Algérien de 49 ans dont l'identité n'a pas été rendue publique, avait eu recours au même procédé pour aider au financement de l'attentat du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, qui a coûté la vie à près de 3000 personnes.

Une porte-parole de la police a indiqué que l'homme avait été jugé et condamné en Espagne mais elle n'a pas été en mesure de préciser combien de temps il était resté derrière les barreaux avant d'être libéré.

Il opérait cette fois-ci pour son propre bénéfice, a ajouté toutefois la porte-parole. Un procès de masse de personnes soupçonnées d'avoir été impliquées dans l'attentat du 11 septembre 2001 s'était tenu en 2005 en Espagne. Vingt-quatre personnes accusées de faire partie d'Al Qaida avaient comparu avec des mesures de sécurité draconiennes. Dix-huit d'entre elles avaient été incarcérées. Il n'était pas possible dans l'immédiat de préciser si le chef algérien de ce gang figurait alors parmi les condamnés ou s'il avait été jugé séparément.

Une rencontre décisive en présence de Mohamed Atta, le pilote qui avait précipité son appareil contre l'une des tours du World Trade Center, s'est tenue à Tarragone, dans le nord-est de l'Espagne, quelques mois avant l'attentat de New York. Les participants y auraient finalisé les détails de leur opération, y compris de la date.

AFP

mercredi, 17 octobre 2018

Guantanamo n'est pas près de fermer


Les patients souffrent de maladies fréquentes à leur âge: diabète, hypertension, maladies gastro-intestinales, troubles moteurs, explique un médecin militaire. (Photo: AFP)


La prison de Guantanamo, qui abrite notamment des détenus accusés d'avoir participé aux attentats du 11-Septembre, se prépare à rester ouverte pendant encore au moins 25 ans.

Nous devons «nous assurer que nos installations peuvent durer 25 ans», a déclaré à quelques journalistes l'amiral John Ring, commandant de la force opérationnelle interarmées qui gère le centre de détention controversé.

A la suite du décret du président Donald Trump sur le maintien en fonctions de la prison, «on nous a dit que nous serions là pendant 25 ans ou plus», a-t-il ajouté au cours d'une des visites de presse régulièrement organisées par l'armée américaine dans cette enclave américaine à la pointe sud-est de l'île de Cuba, pour montrer qu'elle traite humainement ses prisonniers.

M. Trump a décidé fin janvier de garder Guantanamo ouvert, rompant totalement avec les tentatives répétées et finalement vaines de son prédécesseur Barack Obama de fermer cette prison décriée par les défenseurs des droits de l'homme, ses détenus n'étant pas jugés par des tribunaux civils mais par des commissions militaires. Leurs cas ont soulevé des contestations judiciaires et des délais interminables.

Mais le président américain a signé un décret ordonnant au Pentagone de «maintenir ouvertes les installations carcérales de Guantanamo Bay». Peu après, «le Pentagone nous a envoyé un mémo nous disant: soyez prêts à rester ouverts pendant 25 ans ou plus», a précisé l'amiral Ring à l'AFP. Ouvert en 2002 peu après l'arrestation des premiers djihadistes dans le cadre de l'intervention américaine en Afghanistan après les attentats du 11-Septembre, le centre de détention a abrité jusqu'à 780 prisonniers.

Encore 40 détenus

Il n'en reste plus que 40, âgés de 37 à 71 ans. Le Yéménite Ali Hamza Ahmad al-Bahlul, un lieutenant d'Oussama ben Laden, a été condamné à perpétuité. Un autre attend sa sentence, qui doit être prononcée à l'été 2019, et 26 autres sont considérés comme trop dangereux pour être libérés.

Sur les douze restants, cinq ont été jugés transférables dans un pays tiers par les commissions militaires, les procès des sept autres sont encore en cours. Pour s'occuper de cette population carcérale vieillissante, le centre de détention a dû s'adapter et moderniser notamment ses installations médicales.

Mais les 1800 militaires qui assurent le fonctionnement de la prison, des gardiens aux cuisines en passant par les patrouilles de surveillance maritime, sont encore nombreux à être logés dans des baraquements vieillissants, certains carrément délabrés. Le budget annuel est de 78 millions de dollars et l'amiral Ring a indiqué s'être assuré les services d'une société d'urbanisme pour tenter de faciliter la vie des militaires qui servent à Guantanamo pour une durée moyenne de neuf mois seulement, sans leur famille qui ne peut être hébergée sur place.

Guantanamo n'a reçu aucun nouveau prisonnier depuis 2008 mais depuis sa campagne électorale de 2016, M. Trump ne cache pas son intention d'y envoyer davantage de «méchants» capturés en Syrie ou en Irak et son décret prévoyait l'envoi de nouveaux détenus.

L'amiral Ring a indiqué n'avoir reçu jusqu'ici aucune instruction en ce sens: «Nous n'en avons pas reçu l'ordre», a-t-il déclaré. «Nous n'avons aucune indication» permettant de penser que de nouveaux djihadistes puissent être transférés prochainement à Guantanamo. La chaîne «NBC» avait rapporté fin août que l'administration Trump envisageait d'envoyer des membres du groupe Etat islamique, y compris deux djihadistes britanniques de la cellule dite des «Beatles», à Guantanamo.

Si nécessaire, le centre pourrait accueillir 40 détenus supplémentaires avec les mêmes infrastructures et le même personnel, a indiqué l'amiral Ring. La prison pourrait même accueillir jusqu'à 200 détenus sans avoir besoin d'être agrandie, mais elle aurait besoin de personnel supplémentaire.

Guantanamo, une prison bientôt gériatrique

Centre médical dédié, salles de gym, salle d'opération: l'armée américaine a modernisé le centre de détention de Guantanamo pour l'adapter à des prisonniers vieillissants qui ont de grandes chances d'y finir leurs jours, donnant à la célèbre prison controversée des airs de service gériatrique.

Un déambulateur est glissé dans le coin d'une chambre du centre médical flambant neuf que les militaires américains ont fait visiter cette semaine à un petit groupe de journalistes.

Le lit médicalisé ressemble à tous les autres, la chaise roulante et l'équipement médical de la chambre aussi. Seule différence, l'absence de fenêtre, remplacée par une lucarne en verre dépoli, et un grillage en guise de cloison. De l'autre côté du couloir, un fauteuil percé.

Le plus vieux des 40 prisonniers actuellement détenus sur la base militaire de Guantanamo Bay, à la pointe sud-est de l'île de Cuba, a 71 ans. Le plus jeunes a 37 ans et la moyenne d'âge des détenus est de 46 ans.

Hôpital de campagne dernier cri

Les Etats-Unis, qui les accusent d'avoir participé à divers attentats, notamment ceux du 11-Septembre, les considèrent comme trop dangereux pour être libérés et l'un d'eux a été condamné l'an dernier à la détention à perpétuité. Conscients que ces détenus ne partiront plus, les Etats-Unis ont décidé de pérenniser la prison de Guantanamo et le Pentagone a ordonné au commandant de la force opérationnelle qui la dirige, l'amiral John Ring, de s'assurer qu'elle puisse rester ouverte pendant encore 25 ans.

«On a beaucoup réfléchi à la façon de se préparer à accueillir une population de détenus âgés et aux infrastructures qu'il fallait mettre en place pour le faire en toute sécurité et de façon humaine», explique le capitaine Anne Leanos, porte-parole du centre de détention.

Avec un budget de 12 millions de dollars, une annexe de la prison a été transformée en hôpital de campagne dernier cri avec une salle d'opération et une salle de radiologie équipée d'un scanner IRM, ainsi qu'une salle d'urgence et de soins intensifs de trois lits.

Pour faire tourner cette clinique, l'armée déploie pour des rotations de 6 à 9 mois trois médecins, un assistant thérapeute, trois psychiatres et 11 infirmières, explique le médecin-chef de l'établissement, dont l'identité n'est pas révélée pour des raisons de sécurité.

Le centre médical qui a ouvert en mars 2018 est désert ce jour-là, mais le médecin-chef l'assure, il est opérationnel.

Aucun détenu n'a aujourd'hui besoin d'une chaise roulante, mais tout est prévu si le besoin survient: le centre médical est équipé de rampes d'accès.

Les patients souffrent de maladies fréquentes à leur âge: diabète, hypertension, maladies gastro-intestinales, troubles moteurs, explique le médecin militaire.

Au premier étage, le service psychiatrique est équipé de deux cellules converties en chambres de consultation. Une troisième cellule, entièrement vide, est capitonnée: c'est la chambre d'isolement où l'on place temporairement les détenus victimes d'une crise psychotique.

Depuis l'ouverture en 2002, 9 détenus sont morts

Comme les autres militaires déployés à Guantanamo, les psychiatres de la prison ne restent en général que 9 à 12 mois sur place, ce qui limite la portée de leurs interactions avec les détenus.

Depuis l'ouverture de la prison de Guantanamo en 2002, 9 détenus sont morts sur place, dont 7 se sont suicidés. Un prisonnier a succombé à un cancer et un autre à une crise cardiaque.

Aucune information n'est donnée sur l'état de santé de chaque détenu mais les journalistes présents apprennent au détour d'une phrase qu'«un prisonnier modèle observe en ce moment un jeûne non religieux», l'euphémisme choisi par les responsables de la prison pour les grèves de la faim que les prisonniers observent régulièrement en signe de protestation.

Car si les années passant, les prisonniers de Guantanamo se sont pour la plupart apaisés, ils se rebellent encore.

Ainsi, un prisonnier est sous le coup de mesures disciplinaires à l'issue d'un incident avec les gardiens, indique l'amiral John Ring.

«Beaucoup de ces messieurs sont encore en guerre avec les Etats-Unis», explique-t-il.

«Ils poursuivent la guerre par le biais de ces petits actes de résistance.»


AFP