samedi, 10 septembre 2016

Pourquoi la CIA m’a demandé de me taire?


Pour la première fois, en s’appuyant sur des évènements et des faits incontestables, Mark Rossini, ex-agent du FBI, dévoile des vérités sur les attentats du 11 septembre 2001 que la CIA et la Maison-Blanche veulent étouffer.

Mark Rossini, ancien agent du FBI détaché à l’unité spéciale Ben Laden de la CIA 
(Alec Station)


Mark Rossini est l’un des plus brillants agents américains de sa génération. Plongé très tôt au cœur de la lutte anti-terroriste, son expertise est peu commune dans le domaine du terrorisme islamiste. Son rôle dans l’enquête sur les attentats contre les ambassades des Etats-Unis d’Amérique au Kenya et en Somalie en 1998 lui a valu une promotion rapide et méritée. C’est lui que le directeur du FBI choisit pour superviser les agents spéciaux qui représentent le Bureau au sein d’Alec Station, l’unité spéciale de la CIA chargée d’éliminer Ben Laden fin 1999. Un balcon privilégié sur la guerre secrète contre la terreur d’où il assiste impuissant aux erreurs de la CIA. Des erreurs qui vont ouvrir une voie royale aux pirates de l’air du 11 septembre.

Après les attentats, l’heure n’était pas aux interrogations pour Mark Rossini, mais à l’action. Dans les années qui suivirent, happé par la spirale de la lutte anti-terroriste, il joue un rôle important dans la machine de guerre lancée par l’administration Bush. Participant aux enquêtes les plus secrètes, il briefe régulièrement les plus hauts dirigeants de la Maison-Blanche comme de la CIA où il rencontre, chaque semaine, son directeur. Considéré comme le père fondateur du centre national anti-terroriste de la Maison-Blanche, il aurait pu se contenter de gravir les échelons sans poser de questions.

Seulement voilà, Mark Rossini est un agent atypique. Aussi flamboyant que son mentor, John O’Neill, l’ancien responsable de la lutte anti-terroriste du FBI décédé dans l’effondrement des tours jumelles, il a du mal à passer sous silence une vérité qui ne doit pas l’être. Il s’interroge sur certains dérapages de la CIA et de la Maison-Blanche. Dès lors, son sort est scellé. Pour avoir sa tête, ses ennemis à Washington profitent d’une erreur somme toute minime, sa petite amie de l’époque ayant eu accès à des documents confidentiels.

Renvoyé du Bureau avec pertes et fracas, il est poursuivi par la Justice qui finira par renoncer. Le mal est fait. Marginalisé, Mark Rossini continue à se poser des questions sur ce qu’il a vécu au sein de la CIA, sur les secrets auxquels il n’aurait jamais dû avoir accès et qu’il a pourtant entrevus, sur toutes les choses qu’il n’aurait jamais dû (sa)voir. Il ne passe pas un jour sans qu’il ne revienne sur cette fameuse journée de janvier 2000 où il a découvert l’existence d’une opération secrète de la CIA qui a, involontairement sans doute, favorisé les desseins des pirates de l’air du 11 septembre.

Début janvier 2000, Douglas J. Miller, l’un des agents du FBI en poste à Alec Station, informe Mark Rossini que deux terroristes d’Al-Qaïda sont sur le point d’entrer aux Etats-Unis munis de visas en bonne et due forme. On apprendra par la suite, et trop tard, que ces hommes, Khalid al-Mihdhar et Nawef al-Hazmi viennent de Kuala Lumpur où ils ont participé à la dernière réunion préparatoire des attaques du 11 septembre. Ils feront partie du commando qui détournera le vol American Airlines 77 pour le précipiter sur le Pentagone le 11 septembre 2001.

Journal télévisé de France 2 du 12 septembre 2001, archives INA.

Douglas Miller rédige un mémo à l’attention du FBI, un Central Intelligence Report (CIR) dont Mark Rossini autorise l’envoi. La CIA ne l’entend pas de cette oreille. Elle détruit le CIR et ordonne aux agents du FBI de ne pas prévenir le Bureau. Pendant plus d’un an, la CIA brouille les pistes et empêche Mark Rossini et les autres agents du FBI d’enquêter sur les faits et gestes des deux terroristes qui sont sur le sol américain.

Depuis, Mark Rossini se demande pourquoi la CIA l’a empêché de faire son travail favorisant ainsi les plans des terroristes d’Al-Qaïda aux Etats-Unis. Aujourd’hui, il a trouvé des éléments de réponse qu’il confie en exclusivité aux lecteurs de sept.info.

L’ancien responsable du FBI affirme que la CIA l’a empêché d’enquêter sur Khalid al-Mihdhar et Nawef al-Hazmi parce qu’elle comptait se servir d’eux pour infiltrer Al-Qaïda et remonter jusqu’à son chef Osama Ben Laden. Pire: Mark Rossini accuse l’Agence d’avoir recruté l’un des deux terroristes. Croyant contrôler un agent double, la CIA se serait fait berner par un agent triple faisant semblant de trahir Al-Qaïda pour mieux arriver à ses fins. Si Mark Rossini a raison, on comprend dès lors pourquoi l’Agence fait tout pour taire la vérité. Si ce fiasco venait à se savoir, son existence même serait en jeu.

Conçu comme un rapport d’enquête du FBI, le texte de Mark Rossini fera date. Il reprend toutes les informations publiques passées au crible impitoyable d’un ancien du FBI et de la CIA. Mark Rossini ne peut pas dire tout ce qu’il sait; il lui est, par exemple, interdit de nommer ses anciens collègues de la CIA sous peine d’aller en prison. Mais il dit tout ce qui lui est possible. Ce qui est considérable. Jamais il n’avait été aussi loin dans ses conclusions. Pour la première fois, en s’appuyant sur des évènements et des faits incontestables, Mark Rossini dévoile des vérités que la CIA et la Maison-Blanche veulent taire. On comprend en le lisant que si conjuration il y a eu, c’est celle d’imbéciles et d’incapables qui cherchent à masquer leurs erreurs passées au risque de faire croire à un vaste complot.

Fabrizio Calvi

«Ce que l’on sait, c’est que ce gouvernement a décidé officiellement de ne pas solliciter l’instance légale, créée par le Congrès et le président des Etats-Unis, pour enquêter sur l’une des plus grandes tragédies que le pays a dû affronter. Nous appelons cela, une entrave.»

– Thomas H. Kean et Lee H. Hamilton, président et vice-président de la Commission du 11 septembre, le 2 janvier 2008.


L’Affaire

Deux questions n’ont jamais été posées:

1) Pourquoi le rapport de l’Agence Centrale du Renseignement (CIA) – connu sous le nom de Central Intelligence Report (CIR) – rédigé par l’agent spécial du FBI Douglas J. Miller (qui était détaché auprès de la Station Alec de la CIA) et qui contient des renseignements sur «la réunion des terroristes» à Kuala Lumpur en Malaisie en janvier 2000 a été supprimé et n’a jamais été envoyé au FBI?

2) Pourquoi m’a t-on demandé de garder le silence à ce sujet?

Comme dans toute affaire, lorsqu’un «incident» se produit, une enquête est ouverte sur la base de causes probables pour en connaître les raisons. Des raisons intimement liées aux motivations et aux intentions d’un individu ou d’un groupe d’individus de commettre cet acte criminel. En absence de tout aveu, toutes les affaires civiles ou pénales doivent établir des preuves et/ou indices circonstanciés qui, dans leur ensemble, amènent une personne raisonnable à conclure logiquement aux «causes» de l’«incident». En posant ces deux questions, directement liées aux attaques du 11 septembre 2001, je cherche à démontrer les «causes».

Pourquoi?

Je crois que les raisons qui ont poussé la CIA à supprimer le rapport CIR de l’agent spécial du FBI Douglas J. Miller et à m’ordonner de ne pas prévenir le FBI peuvent être démontrées de manière circonstanciée. La CIA était en effet engagée dans une opération de recrutement sur sol américain, en collaboration avec l’agence de renseignement saoudienne (the Saudi Arabian Intelligence Service connue sous le nom de Mabahith) d’un ou plusieurs terroristes ayant participé au sommet en Malaisie, ce en violation directe de toute législation en vigueur.

De plus – et c’est sans aucun doute le plus pathétique et le plus émouvant dans cette mascarade – ni la direction d’Alec Station ni celle du Centre d’anti-terrorisme de la CIA (CTC) ne voulaient que le FBI, en la personne de l’agent spécial John P. O’Neill Jr., n’interfère dans leur effort et/ou dans celui des services secrets saoudiens qui n’ont pu opérer sur le territoire américain qu’avec la permission de la CIA. Une permission sans base légale, au demeurant.

Cette opération de recrutement a lamentablement échoué. Résultat: les attaques tragiques que l’on sait.

Ni O’Neill ni le FBI n’auraient autorisé une telle opération aux Etats-Unis sans contrôle du FBI et sans l’aval du Procureur général. La CIA craignait que le duo FBI/O’Neill ne soit incontrôlable, de ne pouvoir l’empêcher de procéder à des arrestations et aussi de ne pouvoir arrêter l’opération quand bon lui semblerait. Provoquant par là-même l’embarras des Saoudiens.

L’échec de cette opération de recrutement, ou peut-être le fait que Mabahith ait mis fin à sa collaboration avec la CIA et/ou admis son échec à la CIA, a poussé les représentants de la CIA, ainsi que les analystes du quartier général du FBI, à se rendre, le 11 juin 2001, au bureau new-yorkais du FBI pour y rencontrer mon équipe, la I-49 (une réunion à laquelle je n’ai pas été convié) dans le but de lui demander de les aider à retrouver les terroristes qui avaient assisté au sommet en Malaisie.

Capture d’écran d’un documentaire produit par The New Yorker et The Scene retraçant le parcours des deux pirates de l’air saoudiens connus de la CIA.


Au cours de cette rencontre, ce sommet n’a jamais été évoqué. Les agents du FBI n’ont pu voir que des images des terroristes présents qu’on leur demandait de retrouver. A la question de la provenance de ces photos, la délégation de la CIA a refusé de répondre. Pareil pour toutes les autres questions pourtant simples et évidentes telles que: «qui sont ces gens?», «où avez-vous pris ces photos, et pour quelle raison?» Les images montraient en particulier l’un des membres de la cellule, Khalid al-Mihdhar (né le 16 mai 1975 à la Mecque et mort le 11 septembre 2001, il fut membre d’Al-Qaïda et l’un des pirates de l’air du vol 77 d’American Airlines détourné pour s’écraser sur le Pentagone, ndlr) qui aurait été recruté par la CIA, ou le Mabahith.

Il apparaît de manière circonstanciée que le fait qu’al-Mihdhar serait retourné au Yemen pour un certain temps (environ une année) et aurait rejeté la proposition de la CIA/Mabahith, aurait pu provoquer cette rencontre à New York.

Toujours durant cette réunion, la CIA n’a pas expliqué aux agents du FBI ou au substitut du Procureur fédéral (AUSA) David Kelley (qui a d’ailleurs quitté la réunion plus tôt en raison de l’atmosphère tendue) pourquoi il était si important de retrouver Khalid al-Mihdhar et Nawef al-Hazmi. A la suite de cette réunion, l’agent du FBI Steve Bongardt a envoyé un email à Dina Corsi (une analyste du FBI détachée auprès d’Alec Station qui y participait aussi, ndr), dans lequel il la prévient qu’en conséquence «un jour, quelqu’un mourra». Dina ignorait tout de l’opération de recrutement. […]

 
Prenez le temps d’écouter l’interview de Richard Clarke, ancien conseiller du contre-terrorisme auprès de la Présidence. A partir de la minute 6:22, Richard Clarke relate sans ambiguïté sa conversation avec Cofer Black, fraîchement promu directeur du Centre anti Terroriste (CTC) de la CIA. Black lui a notamment dit «qu’il était consterné que la CIA ne dispose d’aucune ressource à l’intérieur d’Al-Qaida et qu’il était déterminé à agir en ce sens.»


La réunion des pirates de l’air à Kuala Lumpur ajoutée au fait que la CIA savait qu’au moins deux des participants disposaient de visas pour les Etats-Unis représentaient pour la CIA une opportunité parfaite.

Les enregistrements et les rapports en accès libre révèlent qu’Ahmed Hikmat Shakir ou «Shakir el-Iraqi» (Shakir l’Irakien, ndlr), chargé d’accueillir les VIP pour la compagnie Malaysia Airlines à Kuala Lumpur, a facilité l’arrivée de Khalid al-Mihdhar à l’aéroport malais et les déplacements à Kuala Lumpur d’autres participants à cette réunion, a été approché par les autorités malaises et la CIA qui ont essayé de le recruter.

Cette tentative a échoué. La CIA a par conséquent dû changer son fusil d’épaule en jetant son dévolu sur un autre membre du groupe. Quelle meilleure personne cibler que celle qui possède un visa touriste pour les Etats-Unis? Selon toute vraisemblance, Khalid al-Mihdhar a été choisi et ce, pour une raison très simple: sa femme était enceinte à son retour du Yémen. Logiquement, on pouvait espérer qu’il y possédait encore un brin de compassion ou de décence.

De plus, Richard Clarke a déclaré, lors d’une conférence sur la sécurité et le terrorisme à l’Université de Fordham à New York en mai 2016, qu’il «croyait que la CIA avait tenté de recruter al-Mhidhar et al-Hazmi en Californie avant le 11 septembre.»

Richard Clarke: «La CIA a tenté de recruter al-Mhidhar et al-Hazmi en California avant le 11 septembre», David Rose.


De quelles informations supplémentaires avons-nous besoin pour demander une enquête officielle et la publication de ses conclusions?

Enfin, la théorie du recrutement a gagné encore en crédibilité grâce à une interview de l’ancien responsable de la CIA Bruce Riedel diffusée dans le documentaire en deux parties Les Routes de la terreur réalisé par Fabrizio Calvi.

Documentaire diffusé sur Arte le 11.09.2012, écrit par Denis Poncet et Fabrizio Calvi, réalisé par Jean-Christophe Klotz et produit par Arte France, Maha Poductions (partie 1).


Dans cette seconde partie, écoutez bien l’interview de Bruce Riedel sur les Saoudiens suspectés d’être des extrémistes. Ses déclarations, même brèves, sont assez révélatrices et profondes, et éclairent mon raisonnement. Bruce Riedle relate principalement la «politique tacite» du gouvernement américain à l’égard de l’Arabie saoudite sur ses sujets en phase de radicalisation. Si la CIA avait identifié un rebelle saoudien, la politique était, en substance, de le ramener au Royaume pour y être réadapté plutôt qu’arrêté. C’était plus discret qu’une arrestation et le pouvoir saoudien gardait la tête haute. 


[…] Comme nous l’avons vu précédemment, l’agent du FBI Douglas J. Miller a rédigé une ébauche de ce rapport CIR aux alentours du 5 janvier 2000, afin d’alerter le FBI sur la réunion organisée en Malaisie. Ce rapport se base sur un câble de la CIA en provenance de sa Station de Kuala Lumpur et contient tous les détails des personnes rencontrées là-bas (par Khalid al-Mihdhar et Nawef al-Hazmi). Qui a été suivi? Comment et pourquoi sont-ils arrivés là-bas? Comment ont-ils été stoppés là-bas et pourquoi sont-ils passé par Dubaï (pour arriver en Malaisie)? Comment ont-ils été interceptés et fouillés grâce à la coopération des autorités de Dubaï. Enfin, comment a-t-on découvert qu’al-Mihdhar et al-Hazmi avaient des visas pour les Etats-Unis?

Khalid a-Mihdhar fut l’un des pirates de l’air
qui a projeté le vol d’American Airlines 77
sur le Pentagone le 11 septembre 2001.


Douglas a écrit qu’al-Mihdhar devait sans doute bientôt se rendre sans doute à New York (ceci ne peut avoir été glané que par la CIA en ayant eu vent lors de sa demande de visa à Jeddah… ce qu’elle a logiquement fait. Sinon comment Douglas pourrait-il l’avoir écrit?) qu’il était lié aux attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades américaines (une affaire suivie par le FBI à l’époque) et était au centre des communications d’Al-Qaïda au Yémen.

Il a également écrit que les photos d’al-Mihdhar avaient été obtenues et seraient envoyées (au FBI). [US Congress, 7/24/2003, pp. 135 pdf file; 9/11 Commission, 7/24/2004, pp. 502]. Le rapport de Douglas ne contient pas toutes les informations opérationnelles protégées de la CIA comme le câble de Kuala Lumpur qui identifie les agents de liaison de plusieurs services étrangers et de la CIA. Ce rapport n’a jamais été remis au FBI. De nouveau, il est primordial de s’interroger sur qui a pris la décision de ne pas sortir cette information et pourquoi?

Nous savons, sur la base d’archives et de dossiers électroniques, qu’un jour ou deux plus tard, Douglas a envoyé un message électronique au chef adjoint d’Alec Station, lui demandant si le projet du câble, écrivait-il, était «bloqué («no go») ou s’il devait le «reformuler d’une autre manière»?

[…] Après que son câble a été bloqué dans la «queue électronique» pendant deux ou trois jours, Douglas est venu me voir et m’a demandé si je pouvais intervenir et savoir ce qui se passait… Pourquoi son rapport ne remontait-il pas la chaîne d’approbation électronique comme c’est la procédure. J’ai été voir la personne qui devait valider le mémo pour qu’il passe à l’échelon suivant. Cette personne avait une connaissance approfondie des cellules terroristes yéménites et avait travaillé très étroitement avec la personne (au FBI) à qui Douglas avait envoyé ce message.

Je lui ai alors demandé pourquoi la communication de Douglas ne remontait pas la chaîne. J’ai ajouté que le FBI devait être informé (de l’arrivée des deux terroristes aux Etats-Unis, ndr). Sa réponse a été que l’information collectée à Kuala Lumpur «ne regardait pas le FBI. La prochaine attaque d’Al-Qaïda va se produire en Asie du sud-est. Si et quand nous voulons que le FBI le sache, nous le ferons, et vous ne dites rien.» Je lui ai alors répondu: «Pourquoi bénéficient-ils de visas pour visiter les Etats-Unis?» Sa réponse fut: «S’ils viennent aux Etats-Unis, c’est juste une diversion pour nous détourner de notre objectif.»

Concernant ce ou cette responsable de la CIA, la Commission du 11 septembre, le Joint Intelligence Committee Inquiry (JICI), le département de la Justice américaine (DOJ), le bureau de l’Inspecteur Général (OIG) et la CIA ont rapporté qu’il ou elle a écrit, en substance, en janvier 2000 au bureau de la CIA en Malaisie que «l’information a été transmise à nos partenaires du FBI».

Si cela est vrai, à qui a été transmise l’information ou par qui a-t-elle transité? En tout cas, ni par Douglas ni par moi. Pourquoi cette personne n’est-elle jamais venue nous voir Douglas ou moi pour savoir ce qu’avait fait le FBI de cette information? Pourquoi n’y a-t-il aucune trace de cet envoi d’information dans les dossiers du FBI? Pourquoi n’y a-t-il pas de trace d’une enquête du FBI sur le sujet? Pourquoi la CIA n’a-t-elle pas demandé au FBI des indications sur le statut de l’enquête s’il y en avait eu une?

Il semblerait logique que, si une information aussi vitale «avait été transmises aux membres du FBI», le Bureau fédéral aurait lancé une enquête et disposerait au minimum d’une trace de celle-ci.

A ce moment précis (soit au début 2000, ndlr), le 11 septembre aurait pu être évité. Oui… incontestablement. Nier cela serait stupide. La cellule aurait été arrêtée et le FBI, la CIA et le Mabahith auraient probablement pu travailler ensemble et convaincre l’un des membres de cette cellule de devenir leur informateur. Nous ne le saurons jamais .

Déplacements d’al-Mihdhar et al-Hazmi, connexion avec Al-Qaïda à travers le monde et préparatif des attentats du 11 septembre. Capture d’écran d’un documentaire produit par The New Yorker et The Scene.


Ce que l’on sait à ce moment-là, c’est que la CIA a sciemment et volontairement décidé de ne pas informer le FBI.

Il n’y a pas d’excuse pour n’avoir pas transmis cette information. La mission attribuée à Douglas et à moi-même à la CIA n’avait rien à voir à l’aune de l’obligation de la CIA d’informer le FBI des rencontres en Malaisie.

Même si nous n’avons jamais été affectés là-bas, la CIA était obligée, conformément aux lois et aux règlements (Executive Order 12333), de communiquer cette information, d’inscrire les noms des terroristes bénéficiant d’un visa américain sur une liste des personnes à surveiller et de permettre au FBI d’effectuer son travail en les suivant à la trace et en menant une enquête approfondie. […]

Le 12 juillet 2001, la CIA empêche le directeur par intérim du FBI, Thomas J. Pickard, de mentionner le sommet d’Al-Qaïda en Malaisie au Procureur général Ashcroft. Il l’informe en revanche, et pour la seconde fois, de la menace que représente Al-Qaïda. Dans une lettre à la Commission du 11 septembre évoquant cette entrevue, Pickard déclare: «Je n’ai pas révélé au Procureur la rencontre organisée en Malaisie car l’assistant du directeur du FBI, Dale Watson, m’a dit que cette information était verrouillée. Cela signifiait qu’on ne pouvait la partager avec personne sans l’approbation explicite de la CIA.»

Lors cette rencontre, Pickard a également fortement insisté pour qu’Ashcroft soit informé par la CIA des détails qu’il ne pouvait pas révéler lui-même.

La «rencontre organisée en Malaisie» est une référence évidente à la réunion d’Al-Qaïda en Malaisie du 5 au 8 janvier 2000. Louis Freeh, directeur du FBI au moment des faits, et d’autres fonctionnaires anonymes du Bureau ont été superficiellement informés de ce sommet alors qu’il avait lieu (notamment durant la journée du 6 janvier). Nous ignorons, par contre, si Pickard et Watson, son assistant, en ont eu vent à cette même période. Mais la lettre de Pickard démontre que tous deux le savaient. Les raisons qui ont poussé la CIA à verrouiller au point de ne rien dire au Procureur général, demeurent méconnues. Savoir que deux des futurs pirates de l’air du 11 septembre avaient assisté à ce sommet était une information cruciale qui aurait dû être partagée avec d’autres agences et aurait pu aider à déjouer les attentats du 11 septembre (Déclaration de Pickard, le 24 juin 2004)

Audition au Sénat de quelques haut-gradés, dont Thomas J. Pickard et Louis Freeh, en poste au moment des attentats du 11 septembre (Images AP Archives).

Ce qui est le plus troublant dans ce qui précède, c’est que la Commission du 11 septembre, à ma connaissance, n’a jamais donné suite à cet épisode. Elle n’a pas interrogé à ce sujet George John Tenet (directeur de la CIA) que l’ancien gouverneur et président de la Commission du 11 septembre, Thomas Howard Kean, a traité de menteur dans un article de Salon.

Concernant le témoignage de Tom Pickard et les déclarations du gouverneur Kean aux journalistes de Salon, on peut se demander pourquoi al-Mihdhar a été autorisé à quitter les Etats-Unis pour retourner chez lui au Yémen en juin 2000 dans une maison surveillée par la NSA et la CIA? (C’est en écoutant le téléphone de cette maison que la CIA a appris, en décembre 1999, le départ d’al-Mihdhar pour la réunion de Kuala Lumpur, ndr).

Pourquoi al-Mihdhar a-t-il été autorisé à revenir aux Etats-Unis? (Le 4 juillet 2001 par l’aéroport new-yorkais de JFK). Pourquoi n’a-t-il pas été renvoyé quand il est revenu aux Etats-Unis ou remis au FBI pour enquête? Avant de partir pour les Etats-Unis, al-Mihdhar avait perdu son passeport saoudien et acquis un nouveau… dans lequel, les autorités saoudiennes avaient implanté une puce électronique l’identifiant comme un danger potentiel pour le Royaume wahhabite en raison de son affiliation à Al-Qaïda.

La conclusion logique est qu’al-Mihdhar était sous surveillance des services secrets saoudiens. Etait-ce à ce moment-là que le Mabahith s’est rendu compte qu’il ne contrôlait plus al-Mihdhar et qu’il a prévenu la CIA? Est-ce pour cela qu’après un moment de flottement la CIA s’est adressé au FBI lors de la réunion de New York évoquée précédemment?

Selon la lettre de Pickard adressée à la Commission du 11 septembre, celui-ci, alors fraîchement nommé directeur intérimaire du FBI en juillet 2001, aurait bénéficié d’informations sérieuses et confidentielles au sujet du sommet en Malaisie de la part de son assistant Dale Watson. Ce dernier l’aurait également averti qu’il lui était interdit d’avertir le Procureur général Ashcroft.

Un doute subsiste, cependant: Qu’est-ce qui a réellement été dit à Dale Watson et par qui? De qui cette personne l’a-t-elle elle-même appris?… La chaîne de preuves se délite. Logiquement, on peut supposer que Dale Watson a eu connaissance de l’événement par l’ancien directeur du FBI, Louis Freeh qui, de son côté, l’a appris du directeur de la CIA George Tenet. On peut encore supposer que Tenet a dit à Freeh que la CIA enquêtait sur une cellule terroriste qui s’était réunie à Kuala Lumpur, et «nous (l’Agence) vous garderons informé».

George Tenet, directeur de la CIA jusqu’en 2004, décoré par le président Bush, le 14 décembre 2004.


Ceci n’est pas le processus ordinaire de transmission des renseignements ni ne peut être considéré comme de l’Intelligence Community (IC), même dans sa forme la plus éloignée. Ainsi que l’ont souligné Richard Clarke et Cofer Black dans leur déclaration, et d’autres agents de la CIA: «Si ce n’est pas écrit sur un papier, cela n’a jamais existé».

Donc, peu importe ce que Tenet a dit à Freeh, qui l’a répété à Dale, qui l’a relayé à Pickard, ce n’est pas une transmission d’information de la CIA que le FBI était en droit d’attendre pour agir. Par ailleurs, il est pertinent de conclure que peu importe ce que Tenet a dit à Freeh, puisqu’il n’est pas fait mention que des terroristes de Kuala Lumpur ont bénéficié d’un visa américain. Car si cela avait été le cas, le FBI aurait été obligé de prendre la main sur ce dossier. Il ne fait aucun doute que le directeur Freeh aurait rassemblé toutes les ressources du FBI s’il avait été informé que les deux individus possédaient des visas pour les Etats-Unis.

Il faut se souvenir aussi qu’un haut-gradé d’Alec Station aurait menti au Joint Intelligence Committee Inquiry (JICI) sur sa visite au quartier général du FBI, et qu’il a transmis l’information à propos de la rencontre en Malaisie et tous les renseignements quant aux visas d’al-Mihdhar et d’al-Hazmi.


Nawef Al-Hazmi


Supposons un moment que cela soit vrai… qu’une certaine personne, comme l’avance le Joint Intelligence Committee Inquiry (JICI), soit venue au quartier général du FBI (bien qu’aucun rapport sur son entrée dans le bâtiment n’existe a priori et que, jusqu’à ce jour, le FBI dresse la liste papier de tous les visiteurs; quels qu’ils soient, de quelque agence qu’ils soient, tous doivent montrer leur badge d’identification et signer le registre avec un stylo), et ait transmis cette information cruciale sur al-Mihdhar et al-Hazmi à une personne qui, opportunément et de manière incompréhensible, ne peut s’en rappeler.

Ne pouvons-nous pas logiquement en déduire que cette personne aurait été questionnée: «Hey, que faites-vous avec ce renseignement concernant deux terroristes qu’on a suivi sur la moitié du globe?» Ses supérieurs ou ses employés à Alec Station, CTC ou dans autres bases de la CIA ne voudraient-ils pas savoir ce que le FBI fait avec ces terroristes sur le sol américain? Ou qui pourraient l’être? Ou qui auraient pu avoir la possibilité d’y venir?

Des écrits mentionnant l’enregistrement de l’arrivée d’al-Mihdhar et d’al-Hazmi ont été transmis par la station de la CIA à Los Angeles à de nombreuses autres agences domestiques et étrangères, mais aucune copie n’a été envoyée au FBI ou au bureau de l’immigration.

Il n’y a pas eu de suivi de la CIA au FBI, parce que l’information n’a jamais été transmise. De nouveau, la réponse au 11 septembre est: pourquoi ces renseignements n’ont-ils jamais été formellement transmis afin que le FBI ouvre une enquête?

Un dernier point sur «la transmission officielle de l’information» et le rapport CIR: si l’information concernant les pirates de l’air avait été transmise en bonne et due forme aux personnes compétentes, on se demande pourquoi cela n’a pas été rapporté selon une base formelle CIR?

Comment une information aussi vitale et importante à la sécurité de notre nation ne déclenche-t-il pas l’alarme au FBI et au Service de lutte antiterroriste (Joint Terrorism Task Force, JTTF) afin lancer une enquête sous la forme d’un rapport CIR? A ma connaissance, ni la Commission du 11 septembre ni le JICI n’ont pris le temps de lire ne serait-ce qu’une partie de chacun des CIR envoyés par la CIA au FBI, dans la fenêtre d’observation officielle de 30 jours avant et de 30 jours après la rédaction de la dépêche de Douglas.

Des informations dont la Commission du 11 septembre n’a pas voulu entendre parler.
Pourquoi limiter d’ailleurs cette fenêtre d’observation à 60 jours ouvrables? Pourquoi ne pas l’étendre à une année? Je doute sincèrement que parmi les autres rapports CIR l’un d’eux contiennent des informations aussi décisives et urgentes que celles contenues dans le CIR supprimé de Douglas. La seule «étude» du CIR réalisée par la Commission du 11 septembre était un tableau de la quantité de CIR envoyés par la CIA aux autres membres des agences.

Le journaliste et auteur James Bamford a approché le quartier général du FBI en 2008 pour que je puisse figurer dans le documentaire The Spy Factory, le directeur du FBI, Robert Mueller, lui a répondu que je ne pouvais être interviewé car les relations entre la CIA et le FBI étaient bien plus importantes que mon apparition dans ce film. Mes déclarations publiques pouvaient engendrer une rupture de confiance et des conflits qui mettraient des années à s’aplanir dans le sillage du 11 septembre.

J’ai fini par apparaître dans le documentaire. Dans l’échange entre le FBI et Bamford, il était dit que je n’avais pas inventé ce que je savais mais qu’il s’agissait de révélations qui nécessitaient d’être comprises et contrôlées. Des informations dont la Commission du 11 septembre n’a pas voulu entendre parler.

J’ai décidé de révéler ce dernier point car certaines personnes ont prétendu que j’avais inventé toute cette conversation avec ladite personne qui m’a interdit de révéler ces documents, puisque je n’aurais rien dit ni au JICI ni à l’inspection générale du département de la Justice. Vous pouvez le vérifier en demandant au FBI ma déclaration sonore que j’ai dû faire, comme tout employé, conformément à la demande du directeur Mueller, sur la publication du rapport de la DOJ/OIG et enregistrée en 2003 auprès du bureau de la responsabilité professionnelle du FBI (OPR).

Si je me souviens bien, j’ai comptabilisé sept cassettes Mirantz sur la table, et j’ai même écouté celle juste à côté de moi pour m’assurer que le lecteur enregistrait.


Robert S. Mueller, III, directeur du FBI du 4 septembre 2001 au 4 septembre 2013


Récapitulons: un individu aurait menti en disant s’être rendu au siège du FBI et avoir transmis l’information à une personne toutefois inconnue. Nous devons savoir pourquoi. Ces allégations, tout comme la convocation de Douglas et la mienne à Alec Station font partie des méthodes usuelles de la CIA pour rejeter la faute sur le FBI quant à la responsabilité dans les attaques du 11 septembre .

Curieusement, l’Agence ne mentionne jamais la lettre de Pickard ni la conversation entre Tenet et Freeh

(Rapport de la CIA sur les attentas du 11 septembre). Malheureusement, dans l’esprit du grand public, le FBI est responsable des attentats du 11 septembre. Une opinion en grande partie nourrie par la campagne médiatique de la CIA après le 11 septembre mettant en avant que le FBI «savait» et aurait dû donner suite à cette information.

Personne ne peut douter qu’une telle stratégie médiatique a été le fruit de la CIA. Il suffit simplement de consulter les sites web de l’époque pour s’en rendre compte. Pratiquement chaque jour, on pouvait lire des articles faisant le portrait de la CIA tout en snobant le FBI, en particulier dans le Washington Post.

De 2001 à 2002, le moral des agents du FBI était au plus bas et leurs conversations autour de la machine à café reflétaient cet état d’esprit. Nous savions tous que le directeur Mueller faisait de son mieux pour maintenir intacte l’organisation du FBI. Il mérite en ce sens notre soutien.

Presque chaque jour, des politiciens appelaient au démantèlement du FBI et à la création d’un équivalent du MI-5 britannique ou d’autres systèmes de ce genre. Je me rappelle avoir été invité à cette époque par un groupe civique pour une présentation et avoir participé à des conférences durant lesquelles on m’a souvent posé cette question: «Pourquoi le FBI a-t-il laissé le 11 septembre se produire?»

Quelqu’un m’a dit au cours d’une conversation que «tout le monde savait que le FBI est à incriminer». C’était à Madrid, en Espagne, en 2006. Au lieu de démanteler le FBI, les politiciens ont créé le département de la sécurité intérieure (DHS), par le truchement du Homeland Security Act, le 24 janvier 2003. Le premier paragraphe de cet acte mentionne que le DHS a pour mission de «protéger la patrie». Cette mission s’est immédiatement retrouvée en conflit direct avec l’ordre exécutif 12333 de Ronald Reagan concernant le rôle du FBI et ses responsabilités en matière d’investigations terroristes. Mais, ceci est un autre débat.

La CIA craignait d’être démantelée

Pour revenir sur la campagne médiatique de la CIA incriminant directement le FBI, on doit se demander ce qui se passait vraiment et quelle était la raison de cette offensive de Tenet et du bureau de presse de la CIA. Je ne peux pas répondre à cette question, mais ce qui est certain c’est que la CIA a eu peur que la vérité ne soit révélée. Il ne faut pas oublier que:

1) Personne de mon unité à Alec Station n’a été interrogé par la Commission du 11 septembre. Pas même le chef de la station ni la personne qui m’a intimé l’ordre de garder le silence sur la note de Douglas. Cette dernière a d’ailleurs été envoyée hors des Etats Unis pour une mission à long terme.

2) Le numéro deux d’Alec Station a été la seule personne interrogée de facto par la Commission. Laquelle était détachée auprès du FBI. L’interrogatoire a été diffusé en direct à la télévision alors qu’il/elle se tenait derrière un rideau pour garder son identité secrète. Si cette personne n’avait pas été détachée auprès du FBI, je doute que l’audition de la Commission du 11 septembre ait eu lieu.

3) Le cadre supérieur d’Alec Station a prétendument menti au JICI sur le fait d’être allé au FBI et de lui avoir fourni des informations.

4) La lettre de Pickard

Je ne peux le certifier mais je crois que la CIA craignait que, si leur opération – ratée – de surveillance et de recrutement sur le sol américain en collaboration étroite avec le Mabahith saoudien avait été rendue publique, l’Agence, dans le scénario le plus extrême, ne soit liquidée et que, au «mieux» ou au «pire», selon le point de vue, certains de ses cadres hauts placés soient mis en prison.

La liquidation de la CIA aurait causé l’équivalent d’un séisme au niveau de la structure nationale et internationale du gouvernement américain. Peut-être vaut-il mieux protéger ces personnes, garder intacte l’Agence et faire porter le chapeau au FBI?

Pour en rajouter une couche, le sujet des articles susmentionnés ont reçu un traitement préférentiel. On peut se demander pourquoi… Par loyauté? Par peur? Peut-être que la protection dont ont bénéficié les employés de la CIA impliqués dans le rapport du Sénat sur la torture est mieux décrite dans cet autre article de Jane Mayer paru dans le New Yorker… Je vous laisse juge.

Remplacez dans cet extrait le nom de Brennan (directeur de la CIA) par celui de Tenet, celui d’Obama par celui de Bush: «Brennan avait pour seul objectif de ne pas «perdre Langley» (siège de la CIA), comme disent les habitants de Washington. Autrement dit, il ne faut pas causer du tort à ceux travaillent toujours à la CIA. Ce principe qui veut que les officiers de la CIA, contrairement aux soldats, aux forces de l’ordre et aux autres fonctionnaires qui risquent leur vie pour servir leur pays, sont trop fragiles pour être critiqués, trop précieux pour être licenciés et trop patriotes pour être poursuivis en justice, est en quelque sorte lié à l’Administration Obama.».


John Brennan, directeur de la CIA depuis 2013, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, le 4 janvier 2010.


Les 28 pages

Enfin, il y a les 28 pages censurées jusqu’il y a peu du rapport JICI relatif à «la présence de l’Arabie saoudite aux Etats-Unis». Ce rapport met en évidence un(e) soutien/connexion à la fois financier et logistique entre certains Saoudiens hauts-placés (de la famille royale et des proches) avec les 19 pirates de l’air, et/ou d’autres de leurs proches. Les agents du FBI ont été empêchés de procéder à des interrogatoires les jours suivants les attaques car, alors que le ciel aérien était interdit à tout appareil, un avion est venu récupérer aux Etats-Unis ces Saoudiens sous-protection pour les ramener au Royaume.

La princesse Haifa ben Faisal, la femme du prince prince Bandar qui était alors ambassadeur d’Arabie saoudite aux Etats-Unis, a pendant une certaine période signé des chèques pour un total de 130’000 dollars en faveur d’une oeuvre de charité qui versait de l’argent à Omar al-Bayoumi, un «agent» saoudien dont les deux futurs pirates de l’air Khalid al-Mihdhar et Nawef al-Hazmi avait sollicité «l’aide» à leur arrivée aux Etats-Unis. Al-Bayoumi les a en effet aidé à s’installer dans un appartement de San Diego en co-signant le bail et en leur avançant de l’argent pour la location. La raison invoquée par al-Bayoumi pour les avoir soutenu est grotesque: «Il est tombé sur eux dans un restaurant» et «a offert son aide comme un bon musulman».



Le Prince Bandar Bin Sultan, alors Ambassadeur de l’Arabie saoudite à Washington, en compagnie de George Bush au Ranch de la famille Bush au Texas, le 27 août 2002.




A l’évidence, si ce rapport non-approuvé et déclassifié (seule une version censurée et non-classifiée existe) n’a pas été rendu public pendant des années, c’est uniquement pour ne pas embarrasser le régime saoudien (leur légitimité divine et leur réglementation basé sur l’Islam en auraient été discréditées; une partie du titre officiel du roi saoudien est le «gardien des deux lieux sacrés»), et pour éviter de fâcheuses retombées économiques et politiques sur les Etats-Unis, et sur notre agenda politique/économique stratégique à long terme au Moyen-Orient et dans le monde.

Pour être franc, les vannes de pétrole valent plus que des vies américaines. Les faits sont là, mais on a préféré fermer les yeux. Nous protégeons la «Royauté» de la maison d’al-Saoud (ancien pêcheur de perles de la mer Rouge à qui Lawrence d’Arabie a donné le pouvoir), qui a conclu un accord avec des puritains fanatiques wahhabites afin d’assurer la circulation du pétrole. A tort ou à raison, c’est ce qui fait que tout le monde regarde par terre quand on parle d’eux, en espérant ne pas interférer dans leurs affaires de réservoirs low-cost d’essence.

Si et quand la totalité de la version déclassifiée des «28 pages» sera rendue publique, peut-être cela nourrira-t-il des débats honnêtes, que l’on saura pourquoi le rapport CIR de l’agent spécial d’Alec Station, Douglas Miller, a été caché au FBI et pourquoi on m’a dit de me taire à ce sujet.

Conclusions et considérations

1) La surveillance et les tests de recrutement de la CIA ont été faits sur le sol américain, et certains individus ont menti à ce propos.

2) La surveillance et les tests de recrutement de Mabahith ont été effectués sur le sol américain (en particulier par Omar al-Bayoumi) grâce à une formation rapide et la «permission» illicite de certains fonctionnaires de la CIA, et certains individus ont menti à ce sujet.

3) Il y a un exemple flagrant d’une opération de recrutement partie en vrille et organisé par un petit groupe d’analystes de la CIA avec l’aide de l’ancien agent spécial du FBI Robert Levinson. Sans autorisation, ce petit groupe a envoyé Levinson en Iran pour rencontrer un Américain recherché pour meurtre, David Belfield connu sous le patronyme de Dawud Salahuddin. Sa mission: tenter de le recruter ou d’évaluer à quel point il était disposé à retourner aux Etats-Unis pour faire face aux charges retenues contre lui. Depuis, Levinson est présumé mort, ou emprisonné par le gouvernement iranien.

4) La Commission du 11 septembre a aussi menti.

5) Le rapport top secret de la CIA/OIG (l’inspection interne de la CIA) devrait être publié. Peut-être que l’opération de recrutement y sera révélée.

6) L’intégralité des «28 pages» classifiées et scellées du rapport JICI à la demande des Saoudiens doit également être rendue public.

6) Si nous avions la possibilité de confronter finalement la vérité du «pourquoi» à la lumière de ce qui précède, une nouvelle commission d’enquête devrait être mies sur pied.

7) Le pétrole et la politique sont plus importants que les 3’000 vies perdues et les milliers de personnes traumatisées physiquement et émotionnellement.

On dit que son ordinateur contenait l’identité des mécènes du Royaume wahhabite.
N’oublions pas le meurtre de Muhammed Jamal Khalifa (le beau-frère de Ben Laden), tué à peine une heure après son arrivée à Madagascar en janvier 2007. Seul son ordinateur a été volé, pas les 30’000 dollars en cash qu’il avait dans sa poche. On dit que cet ordinateur contenait son registre comptable et l’identité des mécènes du Royaume wahhabite.

Jamal m’a envoyé un email six jours avant sa mort pour me souhaiter une bonne année. Nous avions établi un premier contact en 2005 par téléphone, quand l’écrivain Lawrence Wright se trouvait à Jeddah pour l’interviewer au sujet de son livre The Looming Tower: Al-Qaeda and the Road to 9/11 (La guerre cachée: Al-Qaïda et les origines du terrorisme islamiste). Wright a parlé de moi à Khalifa et ils m’ont appelé sur mon portable de la CIA depuis le portable de Khalifa. Au cours de cet appel, Khalifa m’a demandé de le rencontrer en Arabie saoudite, comme ça il pourrait «tout expliquer», qu’il «n’était pas un mauvais homme» et «certainement pas la personne que vous pensez que je suis».

Le FBI a bien fait les démarches pour que je puisse me rendre en Arabie saoudite avec un autre agent, mais les gouvernements américain et saoudien ont refusé.

MARK ROSSINI 
FABRIZIO CALVI