samedi, 1 mars 2014

Le FBI avait un informateur auprès de Ben Laden dès 1993




Les informations révélées cette semaine par le Washington Times viennent contredire plusieurs prérequis de la version officielle du 11-Septembre : par exemple, que Ben Laden n’avait pas encore entrepris d’attaquer directement les États-Unis, ou que ceux-ci n’avaient jamais réussi à infiltrer Al-Qaïda, que les agences de renseignements ne peuvent pas dissimuler certains faits, ou le cas échéant, que les différentes enquêtes officielles ou les médias l’auraient découvert depuis longtemps. Pourtant, aucun média français n’a relayé cette information jusqu’à présent, à l’exception du très valeureux quotidien gratuit Metronews.

Depuis, NBC News a déjà révélé que la source en contact direct avec Ben Laden en 1993 était le chauffeur et confident d’Omar Abdel-Rahman, le fameux "Cheikh aveugle" détenu aux États-Unis. Après l’arrestation de ce dernier pour son implication dans les attentats de New York en 1993, l’informateur continua de travailler pour le FBI, mais fut bientôt acheté par la CIA. Celle-ci l’envoya en Bosnie durant la guerre où il fut débusqué puis tué par des hommes d’Al-Qaïda entre 1994 et 1995. Youssef Bassem, son agent traitant au FBI — dont le procès a permis à l’agent spécial Edward Curran de faire ces révélations — n’a appris que plus tard le rôle joué par la CIA dans la disparition de son informateur.

Rappelons que le FBI est aussi impliqué dans les dernières révélations sur Anwar Al-Awlaki et Omar Al-Bayoumi ou la lutte du sénateur Bob Graham dans l’affaire de Sarasota.

Ben Laden dans une grotte de la région de Jalalabad en Afghanistan, en 1998. © AFP


"Une commission spéciale récemment habilitée par le Congrès pour examiner les efforts mis en œuvre par le FBI pour se réformer à la suite du rapport de la Commission du 11-Septembre, va examiner l’affaire d’une taupe que l’agence avait en contact direct avec Oussama Ben Laden au début des années 1990, selon un représentant du Congrès.

L’existence de la taupe du FBI et ses relations avec Ben Laden ont été omises des enquêtes officielles sur les attentats terroristes du 11-Septembre, mais ont été dévoilées dans une enquête exclusive du Washington Times mercredi matin."

Une révélation absente des enquêtes officielles sur les attentats terroristes du 11 septembre 2001 nous apprend que le FBI avait placé une source en contact direct avec Oussama Ben Laden en 1993, et avait déterminé que le leader d’Al-Qaïda cherchait à financer des attentats terroristes aux États-Unis, d’après ce qui ressort d’un témoignage au tribunal pour un simple conflit au travail passé inaperçu.

Les documents du tribunal examinés par le Washington Post montrent que les informations recueillies alors par le FBI étaient si explicites qu’elles ont aidé à contrer un complot terroriste contre une loge maçonnique de Los Angeles.

"A ma connaissance, c’était la seule source du FBI en plein cœur d’Al-Qaïda, directement impliquée," a déclaré au tribunal Edward J. Curran, un ancien haut fonctionnaire du FBI de Los Angeles, à l’appui d’un procès pour discrimination contre le FBI par son ancien agent Bassem Youssef.

M. Curran a témoigné en 2010 dans un tribunal presque vide, et échappa ainsi à l’attention des médias ou des spécialistes du terrorisme. Le Washington Times fut récemment alerté de l’existence du témoignage, en travaillant sur un reportage plus général sur les origines d’Al-Qaïda.

Des membres de la Commission du 11-Septembre, des commissions sur le renseignement du Congrès, et des analystes du terrorisme, ont déclaré au Washington Times être stupéfaits que l’information n’apparaisse publiquement que maintenant et que cela pose la question de ce qu’on pourrait ne pas avoir dit d’autre aux Américains sur les origines d’Al-Qaïda et son intérêt à attaquer les États-Unis.

"Je crois que cela soulève beaucoup de questions sur la raison pour laquelle l’information n’a pas été rendue publique et pourquoi cela n’a pas été dit à la Commission du 11-Septembre ou aux commissions sur le renseignement du Congrès," a dit l’ancien député républicain du Michigan Peter Hoekstra, qui présida la commission permanente du renseignement à la Chambre des représentants entre 2004 et 2007, lorsque les législateurs examinaient les retombées du rapport officiel de la Commission du 11-Septembre.

"Ce n’est qu’un exemple supplémentaire de ce qui va se retrouver dans les cahiers des théoriciens du complot, qui disent que les autorités ne nous disent pas tout," a déclaré M. Hoekstra au Washington Times dans une interview la semaine dernière. "C’est mauvais pour la communauté du renseignement. C’est mauvais pour l’appareil judiciaire, et c’est mauvais pour le gouvernement."

L’ancien député démocrate de l’Indiana Lee Hamilton, qui co-présida la Commission du 11-Septembre avec l’ancien gouverneur du New Jersey Thomas Kean, a dit que pour autant qu’il s’en souvienne, le FBI n’a jamais informé la Commission du fait qu’il avait eu une source aussi proche de Ben Laden autant de temps avant le 11-Septembre.

"Je ne me souviens pas que le FBI nous ait averti d’un contact direct avec Oussama Ben Laden," a déclaré M. Hamilton dans une récente interview au Washington Times.

La façon exacte dont l’information a été omise des différents examens du Congrès et du rapport de la Commission du 11-Septembre reste un mystère. Les officiels et le personnel du FBI impliqués dans l’examen disent qu’ils ne pourraient pas déterminer avec certitude, après tant d’années, si l’information fut écartée des différentes enquêtes ou simplement passée inaperçue aux yeux du personnel dans les milliers de pages de documents et de fichiers électroniques mis à disposition pendant les recherches complètes sur l’histoire d’Al-Qaïda.

"La Commission et le gouvernement américain ont rassemblé une quantité considérable de preuves au sujet des activités de l’ensemble des groupes mieux connus plus tard sous le nom d’Al-Qaïda au début des années 1990, quand le groupe s’installa au Soudan. Nous n’avons pas creusé si profondément cette période parce qu’elle était très éloignée du complot qui mena directement à l’attentat du 11-Septembre," a indiqué Philip Zelikow, qui fut le directeur exécutif de la Commission du 11-Septembre et enseigne à présent l’histoire à l’université de Virginie.

A l’instar de M. Hamilton, M. Zelikow dit qu’il ne se souvient pas que le FBI lui ait jamais parlé de la source de 1993 et que la révélation de M. Curran semble impliquer "des renseignements de grande valeur constitué en 1993 et 1994."

Mais M. Zelikow a mis en garde contre une lecture trop approfondie de la révélation, affirmant que des activités aussi anciennes de Ben Laden seraient considérées comme ayant "un rapport assez mince avec le 11-Septembre."

Les officiels du FBI ont déclaré au Washington Times que le Bureau ne pourrait pas dire avec certitude si ses agents ont explicitement informé la Commission du 11-Septembre sur les sources ou le complot de 1993 mais qu’il était fier d’avoir donné à divers enquêteurs un accès inconditionnel à ses documents.

"Le FBI a mis toutes les informations appropriées à la disposition de la Commission du 11-Septembre et de l’enquête conjointe sur la communauté du renseignement. Tout au long de ces deux études, le FBI a partagé des documents pertinents et du personnel dûment informé afin de présenter toute information connue au personnel de la Commission et de l’enquête [du Congrès]," a annoncé le directeur adjoint Michael P. Kortan.

L’avocat qui représentait M. Youssef et qui a demandé à M. Curran de témoigner au procès de 2010 a cependant affirmé que le FBI a gardé l’information de son litige pendant des années.

Le procureur Stephen Kohn a dit que même son propre client avait refusé de lui parler de cette révélation stupéfiante jusqu’à ce qu’elle surgisse pendant l’audience au tribunal parce que l’information avait été tenue secrète.

"J’ai été choqué lorsque cela est sorti, et j’étais frustré du fait que le FBI ait clairement censuré cette information pour la dissimuler au public," a signifié M. Kohn, qui a représenté quelques-uns des plus célèbres lanceurs d’alerte du FBI pendant des années.

"Il n’y avait absolument aucune raison pour que cela reste secret," a-t-il affirmé dans une interview au Washington Times. "C’était un peu dévalorisant à certains égards pour le FBI, parce qu’ils avaient tenu secret l’un des triomphes les plus significatifs de la guerre au terrorisme, si bien qu’ils n’avaient pas à rendre hommage à Bassem pour le travail qu’il avait fait. En conséquence, personne au FBI n’a été félicité comme il le méritait pour ce qui fut un triomphe spectaculaire du contre-terrorisme."

M. Youssef est toujours employé au bureau [du FBI], à la direction de son unité d’analyse des interceptions téléphoniques, et il y a quelques années, il a remporté une décision de la cour d’appel pour attaquer le FBI dans un procès pour discrimination. Cette décision a été rendue après que des dirigeants du FBI aient été obligés d’admettre qu’on l’avait empêché de faire son travail en qualité d’un des meilleurs combattant du terrorisme au sein du Bureau parce qu’on l’avait pris pour un musulman arabe dont la loyauté était à remettre en question après le 11-Septembre. En fait, M. Youssef était un agent hautement décoré et un chrétien copte.

M. Curran témoigna en faveur de M. Youssef lors du déroulement de l’affaire dans une cour fédérale en 2010, racontant à la cour les nombreux succès de l’agent au début des années 1990, lorsque la guerre officieuse du gouvernement américain contre le terrorisme démarrait à peine. Ces succès, comme en a témoigné M. Curran, comportaient la mise en échec d’attentats terroristes spécifiques, dont l’un sur un paquebot de croisière britannique et un autre visant le secteur de Los Angeles.

L’ancien inspecteur témoigna que M. Youssef avait établi une source confidentielle liée à l’infâme "Cheikh aveugle", Omar Abdel-Rahman, le cerveau de l’attentat du World Trade Center en 1993, et qu’il était parvenu à envoyer cette source à l’étranger et à rencontrer personnellement Ben Laden.

M. Curran a témoigné que la source était "vraiment très proche" de la direction d’Al-Qaïda, qui était connu à l’époque sous le nom de Groupe Islamique.

"Cette source est revenue après avoir eu un contact direct avec Ben Laden," a témoigné M. Curran, ajoutant qu’à son retour aux États-Unis, la source informa le Cheikh aveugle que "Ben Laden avait désigné une cible pour une explosion dans la région de Los Angeles. Je crois qu’il s’agissait d’une loge maçonnique."

M. Curran a déclaré que la source avait également fourni des informations au sujet de cellules terroristes opérant en Californie. Au cours de son témoignage, il a relaté en détail comment M. Youssef avait retourné l’informateur de manière à ce qu’il "travaille avec nous," décrivant comment le FBI avait collaboré avec la femme que la source avait épousée par mariage arrangé, afin de le faire expulser des États-Unis de sorte à mettre la pression sur lui.

"Il voulait revenir, et ce fut la carotte qu’on a utilisé pour obtenir sa coopération," déclara M. Curran.

Finalement, d’après le témoignage devant la cour et d’autres documents du FBI, le complot pour faire exploser la cible de Los Angeles fut connu sur la base des informations que la source a fournies au FBI.

Le témoignage de M. Curran est soutenu en outre par deux documents : son propre rapport d’examen d’évaluation du personnel en tant qu’agent spécial adjoint à Los Angeles à l’époque, et un rapport d’inspection du bureau du FBI de Los Angeles en 1995, les deux faisant référence à l’informateur et à la mise en échec du complot.




Le rapport d’évaluation de 1994 de M. Curran, dont le Washington Times a obtenu une copie, indiquait que "durant les six derniers mois, grâce aux efforts de l’unité du contre-terrorisme de l’agent spécial adjoint, le FBI a établi et appuyé une enquête ayant découvert un vaste groupe terroriste opérant dans les secteurs de Los Angeles et San Diego."

L’évaluation indiquait que M. Curran "a personnellement participé à l’interview d’un informateur potentiel à l’étranger qui est en position de fournir des renseignements précieux à l’ensemble de la communauté du renseignement des États-Unis."

Bien que le document ne fasse pas spécifiquement référence à la proximité de l’informateur avec Ben Laden, il indiquait clairement que "l’exploitation de cet informateur, ainsi que l’inauguration d’autres techniques d’investigations, a entraîné au sein du bureau de Los Angeles l’obtention de renseignements considérables, qui n’ont pu être fourni par aucune des autres sources ou agences."

Pendant ce temps, le rapport d’inspection de 1995 du bureau de Los Angeles vantait ses agents pour avoir mené "l’analyse d’informations récoltées auprès de leurs informateurs juste avant l’attentat du World Trade Center de 1993, qui indiquait la présence d’une infrastructure terroriste active."

De même, M. Youssef a fourni un ensemble de réponses par écrit des années plus tard lors de son procès, au cours duquel il a confirmé avoir personnellement formé un informateur qui a conduit à la découverte de deux cellules terroristes actives en Californie.

M. Youssef a écrit qu’il avait commencé à enquêter en janvier 1993 — environ un mois avant le premier attentat du World Trade Center — sur des informations d’après lesquelles un égyptien était impliqué dans des activités terroristes dans la région de la Californie et que "cette action m’a mené à une source qui a été contactée au départ par une autre agence gouvernementale."

"J’ai rapidement développé un scénario pour gagner la confiance de la source, et dans un court laps de temps, j’ai gagné sa confiance," écrivait M. Youssef. "Durant la période relativement courte de recrutement, il est devenu évident que cette source était en position unique de connaître et fournir des informations de grande importance, non seulement sur le sujet principal, mais également sur deux cellules terroristes en plein essor et très actives du Groupe Islamique."

Le témoignage et le dossier ne fait aucune mention de ce qu’est devenu l’informateur et s’il était toujours à la disposition des États-Unis des années plus tard. Les officiels américains ont refusé de s’exprimer sur ce qu’est devenue la source après 1994.

Les plus de 500 pages du rapport officiel de la Commission du 11-Septembre, ainsi que d’autres rapports tout aussi exhaustifs réalisés par les commissions du renseignement de la Chambre et du Sénat et le bureau de l’inspecteur général de la CIA, ne font aucune mention de cette source ou de ses contributions à la mise en échec d’un complot terroriste dans la région de Los Angeles.

Le rapport de la Commission du 11-Septembre résume de façon générale comment Ben Laden cherchait à étendre mondialement Al-Qaïda au début des années 1990 — un effort qui comportait "la construction d’alliances étendues aux Etats-Unis," et que "le Cheikh aveugle, que Ben Laden admirait, faisait également partie du réseau."

Mais le rapport minimise l’idée selon laquelle Ben Laden complotait activement ou cherchait à financer une attaque spécifique à l’intérieur des États-Unis dès 1993 — deux informations qui, selon le témoignage de M. Curran et la documentation actuelle, étaient corroborées par le bureau du FBI de Los Angeles à l’époque.

D’un autre côté, le rapport résume comment toutes les attaques mises en œuvre par Ben Laden durant cette période étaient dirigées contre des intérêts américains en dehors des États-Unis.

Concernant l’attaque à l’intérieur des États-Unis — le premier attentat du World Trade Center — le rapport déclare que "l’implication de Ben Laden est au mieux trouble."

M. Zelikow a dit qu’il considère M. Youssef comme un "agent important du FBI" et qu’il ne doute pas de la crédibilité de M. Youssef ou de M. Curran.

Mais il conclut que si la source à laquelle M. Curran faisait référence "était restée proche des dirigeants d’Al-Qaïda durant la période afghane, je suis à peu près certain que nous en aurions eu connaissance."

M. Hoekstra, cependant, n’en est pas si sûr.

Je pense que si une des agences veut vous cacher quelque chose, il est très difficile pour quelqu’un de le trouver," a-t-il déclaré. "J’ai tendance à penser que si le FBI était au courant de ça et voulait le cacher, il pouvait parfaitement le faire."
  
Guy Taylor 
John Solomon