mercredi, 8 janvier 2014

Les escrocs du 11 Septembre


La justice de New York a lancé un vaste coup de filet contre d'anciens policiers et pompiers, suspectés de frauder pour toucher des pensions d'invalidité.

Des centaines d'ex-policiers et de pompiers de New York auraient touché frauduleusement des pensions d'invalidité après les attentats du 11 septembre 2001.



"En tant que New-Yorkais et en tant que citoyen américain, je ne peux qu'exprimer mon dégoût quant aux actes de ces personnes impliquées dans cette fraude." William Bratton, directeur de la police de New York, peine à trouver des mots assez durs pour qualifier les 106 personnes interpellées et inculpées mardi pour avoir frauduleusement déclaré souffrir de troubles psychiatriques dans le but de toucher une pension d'invalidité.

"En particulier les 72 anciens membres de la police de New York qui, très certainement, se sont déshonorés et ont embarrassé leurs familles", rajoute-t-il sur CNN. Parmi les 106 incriminés (dont 8 pompiers de la ville), "beaucoup ont prétendu, de façon cynique, souffrir de maladie mentale comme un résultat du 11 septembre 2001, déshonorant les équipes de secours qui ont servi leur ville au prix de leur propre santé et sécurité", s'est insurgé Cyrus Vance, procureur de Manhattan responsable de l'affaire.

Depuis 2008, des enquêteurs américains se sont intéressés à ces retraités suspects, dont une large partie prétendait souffrir d'importants traumatismes à la suite des attentats du World Trade Center. Auprès des psychiatres, plusieurs d'entre eux s'étaient dits effrayés à l'idée de quitter leur domicile, de voyager ou d'avoir des interactions sociales. Étrange puisque leurs profils Facebook semblaient dire le contraire. Sur les pages du réseau social, c'est en pleine partie de pêche, sur une table de poker de Las Vegas, donnant un cours de karaté ou pilotant un hélicoptère que l'on retrouve "ces vrais-faux malades". The New York Post a décidé de publier une petite galerie des plus croustillants.


Glenn Lieberman, retraité de la police, au guidon de son scooter des mers (capture d'écran Facebook) :


Chacun des 106 inculpés aurait ainsi, de manière illégale, touché "entre 50 000 et 500 000 dollars par an en prestations d'invalidité", analyse le CSMonitor. Il ne s'agirait pourtant que de la partie émergée de l'iceberg. Selon les enquêteurs, cette pratique pourrait remonter bien avant le 11 Septembre, jusqu'à la fin des années 1980, et aurait déjà coûté près de "400 millions de dollars" à l'Oncle Sam, rappelle The New York Times. 


Richard Cosentino, un ex-policier "incapable de quitter sa maison" (DR) : 
De l'argent dérobé aux vrais héros 


Le mécanisme de la fraude était bien huilé. Trois hommes venaient aiguiller les futurs fraudeurs (moyennant 28 000 dollars par dossier) dans leurs démarches : Raymond Lavallée, avocat de 83 ans, Thomas Hale, consultant sur les questions de pensions, et John Minerva. Également impliqué dans la fraude, Joseph Esposito, ex-policier new-yorkais, qui "coachait" les candidats pour bien feindre les symptômes des troubles psychiques lors des examens des psychiatres de la sécurité sociale américaine, pour obtenir les précieuses pensions d'invalidité.

"Quand vous parlez à la personne (le psychiatre), ne le regardez pas directement dans les yeux", explique Joseph Esposito dans un entretien téléphonique enregistré à son insu et récupéré par The New York Times. "Faites une pause d'une seconde, vous voyez ? Vous devez juste montrer que vous êtes déprimé, que vous n'avez aucune envie de rien, et si vous pouvez, prétendez que vous avez des crises de panique", rajoute-t-il. Autre astuce glissée par Esposito : évoquer sa crainte de "l'avion ou d'entrer dans de grands bâtiments", des souvenirs traumatisants de l'attentat des tours jumelles (qui a fait près de 3 000 victimes). 

Les policiers de "Big Apple", communément surnommés "les meilleurs de New York", et les pompiers, "les plus braves", entendent bien ne pas laisser leur image salie par ces scandales. "Nous allons retrouver chaque centime que ces honteux voleurs ont dérobé afin que les vrais héros, les pompiers, les policiers, les médecins et les civils qui ont effectivement risqué leur vie le 11 septembre 2001 et qui souffrent à cause de cela, puissent recevoir les soins dont ils ont réellement besoin, rappelait James Hayes, agent responsable des enquêtes sur la sécurité intérieure de New York, interrogé par CNN. 

Aujourd'hui encore, plusieurs milliers de pompiers et de policiers de la ville souffrent de problèmes médicaux (cancers, troubles respiratoires et pulmonaires) à la suite de l'intervention sur les lieux de l'attentat. En 2011, le président Obama a fait voter le James Zadroga 9/11 Health and Compensation Act, qui prévoit le déblocage de 2,8 milliards de dollars pour venir en aide à ces victimes indirectes du 11 Septembre.