"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

lundi, 23 septembre 2013

Une veuve du 11-Septembre prend la parole


Terry Strada, veuve de Tom Strada, qui travaillait dans la tour nord du WTC



Chers Membres du Congrès,

Les photos de Syriens innocents se tordant de douleur, incapables de respirer, souffrant de brûlures et criant au secours nous ont serré le cœur – et c’est bien normal. Qui pourrait rester insensible devant des actes d’agression aussi odieux ? De tout mon cœur, je veux exprimer la profonde tristesse que j’éprouve à l’égard de cette population martyrisée. Néanmoins, alors que le Congrès se concentre entièrement sur la question de la Syrie au moment même où nous célébrons le 12ème anniversaire du pire attentat terroriste jamais commis contre notre nation, je dois, en tant que veuve du 11-Septembre avec trois enfants qui ont perdu leur père ce jour là, poser une autre question au Congrès.

Pourquoi ne s’indigne-t-on pas qu’après plus de dix ans, les criminels qui ont financé les attentats d’al-Qaïda contre nous n’aient pas été tenus responsables pour le rôle qu’ils ont joué dans la mort de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ? Est-ce que le meurtre insensé de près de 3 000 âmes innocentes originaires de plus de 23 pays différents ne mérite pas le même débat enflammé ?

J’ai le cœur brisé en voyant ce qui se passe chaque jour en Syrie et dans les autres parties du monde mais je m’inquiète aussi pour la sécurité de l’Amérique et tant que nous ne mettrons pas un terme au flot d’argent qui alimente les réseaux terroristes comme al-Qaïda, nous ne serons jamais en sécurité. Nous ne devons jamais oublier que les souffrances infligées à cette nation 12 ans plus tôt n’était pas seulement du terrorisme – c’était un calvaire.

Bien sur, le Congrès s’est intéressé à ces questions à l’automne 2001 et je lui en suis reconnaissante. Mais le fait de savoir ce qui a été caché au Congrès par notre propre Gouvernement et ce que les tribunaux fédéraux ont fait grâce à des interprétations détournées de la loi ne peut que nous rendre furieux – une fureur saine et justifiée.

L’opinion publique ne connaît toujours pas la vérité concernant ceux qui ont financé les attentats. Ça reste un secret d’état. La Commission d’enquête sur le 11-Septembre n’a pas pu accéder à des documents essentiels qui auraient pu impliquer d’autres personnes. Les coprésidents de cette commission, Thomas Kean et Lee Hamilton, avaient demandé qu’un maximum de documents du FBI, de la CIA ainsi que 28 pages du rapport de la Commission d’Enquête du Congrès soient déclassifiés en janvier 2009. Mais ça n’a jamais été fait. Après avoir appris l’existence de la cellule de Sarasota (*), en Floride (information cachée par la Commission d’Enquête du Congrès et par le FBI jusqu’à ce qu’une fuite ne révèle son existence en 2011), l’ancien Sénateur Bob Graham (coprésident de la Commission d’Enquête du Congrès) a demandé la réouverture de l’enquête sur le 11-Septembre dans une transparence complète, transparence qui a été totalement absente durant les 12 années précédentes.

On a même menti au Congrès.

Commençons par les choses évidentes. Pouvons-nous croire que 19 pirates, sachant à peine parler anglais, sont arrivés aux États-Unis sur des vols commerciaux, ont loué des appartements et des voitures, ont suivi des cours de pilotage, ont voyagé, ont vécu dans ce pays pendant 2 ans, ont acheté des billets de 1ère classe pour perpétrer leurs crimes ignobles, et tout cela sans aide financière ? Ces assassins islamistes ont été financés pendant plus de deux ans via un riche réseau d’al-Qaïda composé d’individus, de banques et de prétendues associations caritatives appelées "The Golden Chain" basées essentiellement en Arabie Saoudite (Ndt : Cette "Chaîne Dorée" est constituée de bailleurs de fond saoudiens. Une liste établie par les américains en 1988 faisait état de 20 riches donateurs parmi lesquels on trouve trois magnats de la banque, des industriels et au moins un ancien ministre).

Pendant 12 ans, plus de 6 000 d’entre nous, familles de victimes ou personnes blessées dans les attentats, ont essayé de présenter un dossier juridique conséquent devant la cour fédérale de New York pour faire état de ces individus et de ces groupes. Malheureusement, les cours fédérales ont littéralement déformé chaque ligne des lois antiterroristes actuelles pour en faire un fouillis inextricable sans aucune substance.

Par une série de décisions erronées, les tribunaux fédéraux ont sapé les attentes du Congrès en déclarant que les tribunaux civils américains n’étaient pas compétents pour juger ceux qui financent le terrorisme si l’argent ou l’assistance étaient donnés à l’étranger, même si les attentats ont lieu à l’intérieur de nos frontières.

Un exemple pour mieux comprendre ce problème : Si nous découvrons que quelqu’un a intentionnellement financé ou apporté de l’aide aux poseurs de bombes du marathon de Boston mais que cet argent leur a été donné en dehors de nos frontières, aucune action civile en recherche de responsabilité ne sera possible.

Chez moi le 11-Septembre, et dans des milliers de foyers américains, nous avons regardé – et le monde entier avec nous – ceux qui nous sont chers piégés dans un enfer conçu par les terroristes et les appels téléphoniques que nous avons reçus étaient à la fois une grâce et une malédiction. J’ai parlé avec mon mari Tom et j’ai entendu derrière lui la peur et les hurlements. J’ai vu à la télévision les images de son immeuble englouti par les flammes. Tous ces gens innocents piégés au dessus du point d’impact dans la tour nord n’avaient aucune chance de survie, aucune chance d’être secourus.

Au même moment, d’autres familles apprenaient que des avions détournés transportaient leurs proches et craignaient qu’ils ne connaissent le même sort qu’à New York. Des personnes courageuses ont essayé de se sortir de là et de préserver notre nation d’autres morts et d’autres destructions. Nos valeureux pompiers, policiers et officiers de l’autorité portuaire ont donné leur vie en essayant d’en sauver d’autres. De nombreux travailleurs à Ground Zero ont également payé un lourd tribu. Et nous ne pouvons pas oublier les survivants qui ont vécu ce cauchemar et qui en souffrent toujours.

Que ce pays frappe ou non la Syrie, cela entraînera de graves conséquences pour la nation. Mon espoir est que le Congrès se rallie à une mesure législative présentée par le Sénateur Charles Schumer (Démocrate-New York) et les membres de la Chambre des Représentants Peter King (Républicain-New York) et Jerrold Nadler (Démocrate-New York) visant à remettre sur des bases solides la loi sur le financement du terrorisme. Les familles et les survivants du 11-Septembre continueront de se battre pour révéler la vérité qui se cache derrière l’horreur que nous avons subie et nous aider à obtenir justice pour les crimes contre l’humanité perpétrés sur notre sol il y a 12 ans.



Terry Strada 
est la veuve de Tom Strada qui travaillait au 104ème étage de la tour nord. Elle est également membre de l’association des familles du 11-Septembre Unies pour Ruiner le Terrorisme.