"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

mardi, 26 juin 2012

Le Pakistan soupçonné pour l’assassinat de Daniel Pearl



Le journaliste du Wall Street Journal, Daniel Pearl, décapité au Pakistanen 2002 par ses preneurs d’otage, un crime jusqu’ici attribué à al-Qaïda



Un juge français a obtenu aux Etats-Unis des éléments laissant penser que les services secrets pakistanais pourraient être responsables de l’assassinat en 2002 du journaliste américain Daniel Pearl, imputé jusqu’ici à al-Qaïda.

Marc Trévidic, chargé d’une enquête sur l’attentat dans lequel ont péri en mai 2002 à Karachi 11 Français travaillant à la construction de sous-marins, a fait connaître ces nouveaux éléments aux familles de victimes et à leurs avocats lors d’une réunion à Paris, a déclaré lundi l’un des défenseurs.

Il sait, après avoir conduit aux Etats-Unis une "commission rogatoire" – enquête officielle – que le FBI a rouvert l’enquête, pense que les coupables islamistes désignés ne sont pas les bons et se penche sur une étrange revendication de l’enlèvement en janvier 2002 de Daniel Pearl, journaliste du Wall Street Journal qui allait être décapité le mois suivant.

Ce crime avait suscité une émotion dans le monde entier du fait de la diffusion d’enregistrements vidéo de l’otage et de sa mise à mort et en raison de l’impact du livre publié ensuite par l’épouse française du reporter, Marianne Pearl.

Selon Me Olivier Morice, avocat des familles de victimes du dossier français, le juge Trévidic a authentifié la revendication parvenue en 2002 aux autorités américaines pour l’enlèvement de Daniel Pearl.

Elle demandait la livraison à l’Etat pakistanais d’avions de combat F-16 américains, alors bloquée par un problème juridico-diplomatique. Le FBI est par ailleurs en possession des auditions d’un islamiste condamné à mort au Pakistan pour ce crime, Ahmed Omar Cheikh, mais considéré aujourd’hui aux Etats-Unis comme innocent, a rapporté Me Morice.

"On a servi une version officielle concernant Al Qaïda pour l’assassinat de Daniel Pearl, on s’aperçoit aujourd’hui que tout cela s’effondre aux Etats-Unis, puisque le FBI a rouvert complètement l’enquête et qu’il est avéré aujourd’hui que celui qui a été condamné est innocent", a dit Me Morice à la presse.

SIMILITUDES AVEC KARACHI

Marc Trévidic s’intéresse à cet épisode, car il est aussi sur la piste d’une possible action commanditée par les services secrets pakistanais dans le dossier de l’attentat de Karachi.

Cette piste a été ouverte en 2008 par un rapport d’enquête privé remis à la Direction des constructions navales (DCN), intitulé "Nautilus" et qui mentionnait alors l’hypothèse d’une manipulation dans les affaires Pearl et Karachi.

Des islamistes condamnés à mort initialement pour l’attentat de Karachi ont été blanchis en appel au Pakistan et il est désormais envisagé que l’attentat ait été motivé par un imbroglio sur des paiements de commissions en marge du contrat des sous-marins, avec en toile de fond une possible corruption lors de la présidentielle française de 1995.

L’attentat aurait, selon cette hypothèse, été une sorte de "rappel" des services secrets pakistanais souhaitant que soient payées les commissions liées au marché des sous-marins et bloquées par Jacques Chirac après son élection en 1995.

"La commission rogatoire du juge Trévidic aux Etats-Unis vient crédibiliser de manière très importante le rapport Nautilus (…) Il y a des similitudes très fortes entre ce qui s’est passé pour Daniel Pearl et l’attentat de Karachi", a dit Me Morice.

"Nous savons qu’il peut y avoir des opérations de rétorsion en lien avec l’inexécution de contrats d’armement (…) Il s’agit pour le juge Trévidic de conforter le rapport Nautilus", a-t-il ajouté.

Les liens entre les services secrets pakistanais et les islamistes sont soupçonnés de longue date, notamment concernant le conflit avec l’Inde dans la province du Cachemire, où les premiers utilisent les seconds.

Ces soupçons sur les services pakistanais ont été relancés lorsqu’il est apparu, lors de l’opération d’un commando américain qui a mené à sa mort en mai 2011, que le chef d’Al Qaïda Oussama ben Laden résidait à Abbottabad, "capitale" de l’armée et des services spéciaux du Pakistan.

Thierry Lévêque
Edité par Yves Clarisse