samedi, 3 décembre 2011

La famille d’une victime des lettres à l’anthrax va recevoir 2,5 millions de dollars du gouvernement US

Le New York Times a rapporté mardi que la famille d’une des personnes tuées en 2001 par les lettres à l’anthrax allait recevoir 2,5 millions de dollars du gouvernement US pour mettre fin au procès pour décès accidentel, un procès où l’armée est accusée de négligence à sécuriser les spores mortelles utilisées lors des attaques (voir GSN, 4 nov).




Robert Stevens (ci-dessus), un photographe qui travaillait [à l’époque] pour une maison d’édition de journaux en Floride, était décédé après avoir inhalé de l’anthrax envoyé à son employeur. En 2003, sa veuve, Maureen, avait intenté un procès contre le gouvernement, demandant 50 millions de dollars du fait que l’enquête du FBI sur ces envois de lettres avait révélé que les spores provenaient de l’Institut de recherches médicales de l’armée US à Fort Detrick dans le Maryland. Le Bureau avait finalement identifié Bruce Ivins, un microbiologiste de l’armée décédé [officiellement suicidé en août 2008 - NdT], comme le seul coupable de ces attaques, bien que ces conclusions soient remises en cause par de nombreux scientifiques experts en anthrax.


Richard Schuler, un avocat de la famille Stevens, a expliqué que les documents et interviews officiels révélaient qu’avant 2001, les chercheurs qui travaillaient pour des laboratoires gouvernementaux et qui manipulaient de l’anthrax ou d’autres dangereux agents infectieux ne faisaient pas l’objet de vérifications approfondies sur leur passé. Le suivi des matériaux et la sécurité des locaux n’étaient pas suffisants, a expliqué l’avocat. « Ce que nous avons trouvé ressemblait carrément à un film d’horreur. Il y avait des risques extrêmement sérieux pour la société de subir une attaque par un infiltré ou par quelqu’un d’extérieur qui parviendrait à avoir accès à ces organismes mortels, » a déclaré Schuler.

Les lettres infectées à l’anthrax envoyées pendant l’automne 2001 aux bureaux de deux législateurs [Sénateurs - NdT] démocrates et à des organisations médiatiques avaient tué 5 personnes et rendu malades plusieurs autres. Les registres et les déclarations du gouvernement montrent que les standards de sécurité ont été grandement améliorés depuis les attaques à l’anthrax, a reconnu Schuler. Cependant, il existe toujours un risque de voir un « infiltré déterminé » s’approprier des agents infectieux pour les utiliser comme arme biologique, a-t-il affirmé. Les officiels disent que les protections mises en place à Fort Detrick ont été renforcées. Toutefois, il y a 2 ans, l’armée avait temporairement gelé la plupart des recherches sur les agents infectieux dans ce laboratoire après avoir découvert que certains matériaux n’étaient pas enregistrés dans sa base de données officielle.

En 2010, un comité de psychiatres qui avait aidé le FBI dans son enquête sur l’anthrax avait indiqué qu’Ivins présentait des signes de troubles mentaux dès 1980 avant même de commencer à travailler à Fort Detrick, lesquels troubles auraient dû le faire échouer aux tests de sécurité.

Le porte-parole de l’armée, George Wright, a expliqué que « des progrès significatifs » avaient été accomplis en matière de sécurité au laboratoire, avec des mesures incluant des évaluations régulières des chercheurs travaillant à l’Institut, des protocoles plus stricts pour pénétrer dans certaines salles où des agents infectieux sont conservés, et une surveillance 24h/24.

Le Département de la Justice a cependant commis quelques faux pas, à la fois dans son travail d’enquête sur les lettres à l’anthrax, et dans ses efforts pour défendre le gouvernement contre les accusations de négligence. Dans un mémo remis en juillet 2011 pour le procès Stevens, les procureurs expliquaient qu’ « Ivins ne disposait pas – dans son laboratoire – de l’équipement spécialisé » nécessaire pour la préparation des spores sèches d’anthrax retrouvées dans les lettres – une affirmation qui semblait désavouer les propres conclusions du FBI. Cette position a très vite été abandonnée par les procureurs généraux.

Le Département de la justice avait en 2008 conclu un autre procès intenté par un ex-chercheur de Fort Detrick, Steven Hatfill, qui avait été par erreur montré du doigt comme un possible coupable des attaques à l’anthrax.
GSN