mardi, 15 novembre 2011

Un reporter du Washington Post confirme l’identité et les rôles de deux officiers de la CIA impliqués dans la suppression de renseignements cruciaux précédant le 11/9 et la connaissance par Le Washington Post d’un rapport secret des Renseignements Généraux

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Peter B. Collins a interrogé le reporter du Washington Post Joby Warrick – qui publie des articles sur le Moyen-Orient et sur la Sécurité Nationale au bureau national du Washington Post – au sujet du nouveau livre de Warrick relatant l’attaque meurtrière fin 2009 de la base de la CIA située près de Khost en Afghanistan.

Le livre de Warrick, "The Triple Agent" (L’Agent Triple), se concentre sur Jennifer Matthews, chef de station de la CIA à la base avancée Chapman, qui figure parmi les victimes de l’attentat suicide d’un kamikaze jordanien. Lors d’une discussion au sujet du rôle de Matthews dans la rétention par la CIA d’informations critiques sur l’avant le 11-Septembre vis-à-vis du FBI et du responsable du contre-terrorisme [à la Maison Blanche] Richard Clarke, Collins demanda si Jennifer Matthews avait eu des contacts avec Alfreda Frances Bikowsky – l’officier de la CIA récemment identifiée ici sur le Boiling Frogs Post.

Warrick a répondu :

“Il y a un groupe de très fortes personnalités – disons-le ainsi - au sein de la division anti-terroriste. Vous en avez cité deux. C’étaient de très bons amis, et ils avaient travaillé ensemble sur ces cas, et [en effet] la liste des personnes que l‘Inspection Générale avait identifiées comme méritant potentiellement un conseil disciplinaire pour leurs actions avant le 11/9 n’a jamais été publiée, mais nous savons par plusieurs sources que Jennifer Matthews figurait sur cette liste…”

Dans cette réponse, Warrick confirme directement le rôle de Bikowsky dans la débâcle des renseignements de l’avant 11/9, ainsi que sa présence lors des séances de torture de Abu Zubaydeh par simulation de noyade, qui étaient dirigées par Matthews. Et sans citer nommément Bikowsky, il confirme que c’était une amie et une collègue de Matthews et qu’elles avaient travaillé ensemble dans le contre-terrorisme à la CIA.

Warrick affirme également qu’il est au courant pour la liste des 60 employés de la CIA de l’Inspection Générale proposés pour une investigation concernant la disparition de renseignements sur l’avant-11/9, et qu’il a pu obtenir de multiples confirmations comme quoi Matthews était bien sur cette liste. Mais il apparait que le Washington Post a donné son accord à la CIA [pour ne pas publier], et que ses rédacteurs pensent que le public n’est pas intéressé par la vérité ni par la recherche de responsables dans ces affaires.

“Nous aimerions avoir enfin cette liste. Et à l’époque, nous avions essayé d’obtenir les noms des individus. Il fût décidé à très haut niveau, c’était encore au temps de l’administration Bush, lorsque Porter Goss était directeur de la CIA, que ces noms ne seraient jamais publiés, en tout cas pas par la CIA, et il n’y a pas grand-chose à attendre d’une procédure pour forcer la CIA à revenir sur cette décision… et personne dans les administrations Bush ou Obama n’a fait pression pour en savoir plus; [en fait,] ils voulaient que tout cela soit mis au placard et oublié.

Il n’y a rien ici qui motive davantage les officiels à changer de sujet que ce genre de questions; les politiciens et certainement les gens de l’Inspection générale voudraient que tout cela tombe dans l’oubli… et il ne semble pas y avoir un intérêt de la part du public, en tout cas que nous ayons pu déceler… il y a certainement des groupes de personnes que cela passionne, mais pour ce qui est d’intéresser à nouveau les gens sur ce sujet, c’est vraiment très difficile.”

Ces commentaires soulèvent de sérieuses questions quant à l’intégrité et à l’indépendance du Washington Post, lorsque Warrick dit que "son journal a reçu cette information il y a déjà plusieurs années, mais semble se faire dicter sa ligne éditoriale par la CIA et la Maison Blanche." Le fait pour le Washington Post et pour la Commission sur le 11/9 de ne pas avoir enquêté sur ses actions de la CIA avant le 11/9 notamment au sujet de la rencontre au sommet en Malaisie et des visas délivrés à al-Hazmi et al-Midhar fait partie d’une tentative de dissimulation évidente, et laisse supposer une vaste obstruction à la justice.

De plus, le Washington Post, et plus récemment Associated Press, cédant aux pressions de la CIA, se sont abstenus de faire le compte-rendu de l’histoire complète de l’implication de Bikowsky dans l’affaire de l’extradition illégale et la torture du citoyen allemand al-Masri. La fameuse journaliste du New Yorker, Jane Mayer, s’est également conformée aux demandes officieuses de la CIA, et dans son livre The Dark Side (Le Côté Obscur), a omis à la fois certains faits et l’identité des employés de la CIA et des mandataires impliqués dans des cas d’extradition et de barbarie.

[Le site Web] Boiling Frogs Post a ouvert la brèche et été le premier à fournir le nom d’Alfreda Frances Bikowsky voilà une semaine, le 21 septembre 2011. Bien que la CIA ait menacé les producteurs Nowosielski et Duffy, et les ait empêchés de nommer les deux officiers de la CIA Bikowsky et Michael Anne Casey, l’agence n’a pas lancé de menaces particulières contre le site alternatif d’information Gawker, et n’a pas non plus exigé de lui qu’il censure les noms [des agents] lorsque celui-ci lui a demandé confirmation. Malgré la diffusion par le Boiling Frogs Post, premier site d’information alternatif à avoir publié l’information, malgré la couverture complète par Cryptome et la vidéo du journaliste d’investigation indépendant James Corbett dans le "Corbett Report", et malgré la couverture et les analyses de Gawker qui suivirent, les médias grand public et les soi-disant "canaux indépendants" se sont d’ores et déjà pliés à la censure tacite, et se sont abstenus de traiter cette importante affaire où se mêlent obstructions à la justice, dissimulations, mensonges au Congrès, extraditions et tortures.

Pour l’entretien complet (en anglais), visitez le site Internet de Peter B Collins ici.

Nous avons jusqu’à présent découvert et confirmé l’identité de trois officiers de la CIA, Alfreda Frances Bikowsky, Jennifer Matthews et Michael Anne Casey, qui sont impliqués à la fois dans la dissimulation intentionnelle de renseignements significatifs avant les attentats du 11/9, dans la dissimulation qui s’est prolongée durant les enquêtes sur le 11-Septembre, et dans les affaires d’extraditions et de tortures par la CIA. Comme on peut le constater, le partenariat entre le gouvernement, les médias établis, les pseudo médias alternatifs et le Congrès, permet que les faits se rapportant à ces crimes et à ces criminels ne soient pas rapportés et restent bien cachés.

Boiling Frogs