dimanche, 30 octobre 2011

La réaction des initiés et leurs doutes à propos de la version de la CIA concernant le 11-Septembre

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De plus en plus d’anciens membres du gouvernement – tous des fonctionnaires qui ont occupé des fonctions importantes au sein de postes fédéraux – doutent du compte rendu des événements établi par l’ex-directeur de la CIA George Tenet concernant les attaques contre les Etats-Unis le 11 septembre 2001. Il se trouve parmi eux plusieurs agents spéciaux du FBI, l’ancien chef du contre-terrorisme dans les administrations Clinton et Bush, et le président de la Commission sur le 11-Septembre, qui nous ont expliqué que le chef de la CIA n’avait pas été "formellement exact" dans son témoignage et avait trompé les commissionnaires.

Ces doutes au sujet de la CIA sont tout d’abord apparus au sein d’un groupe de familles de victimes du 11/9 qui s’est battu pour forcer le gouvernement à enquêter sur les causes de ces attentats, ce que nous avons relaté dans notre documentaire de 2006 ‘"9/11 Press for Truth". A cette époque, nous pensions en avoir fini avec le sujet. Mais les informations captivantes exhumées dans le rapport final de la Commission sur le 11/9 et repérées par les familles (chapitre 6, note 44) ont soulevé une question trop importante pour être mise de côté :

Tenet a-t-il omis en 2000 et 2001 de transmettre des renseignements à la Maison Blanche et au FBI qui auraient pu empêcher les attentats ? Plus précisément, un groupe en charge d’al-Qaïda à la CIA a-t-il engagé une opération clandestine nationale impliquant deux des pirates de l’air lors du 11/9, qui – aussi légitimes qu’aient pu être les objectifs de l’agence – a entravé le bon déroulement de la transmission du renseignement, laquelle aurait pu empêcher les attentats ? Et si non, comment expliquer alors les actions apparemment incompréhensibles des employés de la CIA ?

Alors que nous cherchions à clarifier la façon dont la CIA avait manipulé les informations concernant les pirates de l’air avant le 11/9, nous avons découvert une demi-douzaine d’anciens agents gouvernementaux qui se sont dessaisis de la tragédie du 11/9 sous la pression de la CIA, émanant plus particulièrement d’un groupuscule d’employés au sein de l’"Unité Ben Laden" en 2000 et 2001, connu alors sous le nom d’unité Alec (Alec Station). Cela ne relève pas de la théorie du complot ou d’une quelconque spéculation de la part de gens mal informés. Le gouverneur Thomas Kean, co-président de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis, responsable de l’enquête sur le 11/9, a accepté une entrevue pour notre documentaire en 2008. Ses commentaires et ses questions concernant les actions de la CIA avant le 11/9 – et principalement celles de l’ancien directeur de la CIA George Tenet – nous ont surpris.

Quatre ans après le témoignage de Tenet devant la Commission, Kean a déclaré que le directeur de la CIA n’avait "manifestement pas été très ouvert" dans certaines de ses dépositions. Tenet a déclaré sous serment qu’il n’avait pas rencontré le Président Bush au cours du mois d’août 2001, a rappelé Kean. Nous apprendrons plus tard qu’il l’avait rencontré à deux reprises.

Tenet s’est-il trompé ? Avons-nous demandé au [gouverneur] républicain du New Jersey

"Non, je ne pense pas qu’il se soit trompé," a répondu Kean. "Je pense qu’il [nous] a induit en erreur."

Une histoire au sujet de deux pirates de l’air

L’histoire contenue dans la note 44 du Chapitre 6 du rapport de la Commission sur le 11/9 est la suivante :

La commission a pris connaissance début 2004 d’un avertissement rédigé par Doug Miller, un agent du FBI travaillant au sein de l’unité Alec de la CIA. En janvier 2000, Miller avait tenté de passer l’information à ses supérieurs concernant un homme dénommé Khalid Al Mihdhar, précédemment identifié comme membre opérationnel d’al-Qaïda. Au printemps 2000, la CIA avait appris que Mihdhar, ainsi qu’un autre agent présumé d’al-Qaïda, Nawaf Al Hazmi, étaient probablement arrivés en Californie du Sud. Mais la CIA n’a pas transmis l’information au FBI.

Le mémo – bloqué par les supérieurs de Miller à la CIA – n’a pas été remis aux membres de la Commission, pas plus qu’il n’avait été présenté lors de l’enquête antérieure du Congrès. Elle fut découverte dans les dossiers de la CIA par un enquêteur travaillant sur une investigation parallèle conduite par l’inspecteur général du Département de la Justice. [Ce mémo] avait apparemment échappé au DCI Review Group de George Tenet, immédiatement convoqué après les attentats pour examiner les dossiers de la CIA et préparer le directeur aux futures enquêtes gouvernementales.

Kean fut troublé par ces révélations.

"L’idée qu’une information si importante pour le FBI ait été écartée, alors que le FBI a précisément pour mission de travailler sur le territoire américain et de poursuivre ces individus…vous savez, cette information-là constitue l’un des aspects les plus troublants de tout notre rapport," a déclaré Kean.

Nous avons poussé Kean dans ses retranchements : cela aurait-il pu être une simple erreur, une incapacité à reconnaître l’importance de Mihdhar et Hazmi, comme l’a initialement affirmé la CIA ?

"Oh, cela ne relève pas d’une négligence,’’ a répondu Kean. "C’était volontaire. Cela ne fait aucun doute dans mon esprit…le secret fait partie de l’ADN de ces organisations."

Mihdhar et Hazmi ont embarqué le matin du 11 septembre 2001 à bord du Vol 77 d’American Airlines à l’aéroport de Dulles de Washington(*). Après le décollage, ils ont rejoint trois autres hommes et ont pris le contrôle de l’appareil pour aller l’encastrer dans le Pentagone, tuant au total 184 personnes.

Comment donc George Tenet et les responsables de la CIA ont-ils pu si longtemps parler de cet incident comme d’une simple erreur ?

"Tenet est un type sympathique," a conclu Kean. "Il s’en est tiré parce que les gens l’appréciaient."

“Malversation et abus de pouvoir”

En 2009, l’ancien chef du contre-terrorisme à la Maison Blanche, Richard Clarke, est allé encore plus loin. Lors d’une interview face caméra, il a suggéré que c’est Tenet lui-même - alors un de ses proches amis et collègue – qui avait ordonné cette rétention d’information vis-à-vis du FBI et de la Maison Blanche concernant les deux agents d’al-Qaïda.

Clarke a expliqué comment il en était arrivé à cette conclusion remarquable. Tenet, a-t-il dit, suivait "avec minutie" toutes les informations sur al-Qaïda et appellait Clarke à la Maison Blanche plusieurs fois par jour pour partager "même les informations les plus triviales." De plus, des réunions se tenaient chaque jour sur les menaces terroristes.

Nous avons eu des dizaines et des dizaines de réunions de comité à l’époque où ils savaient que ces types étaient entrés dans le pays…ils nous ont tout dit, excepté ça ! Donc maintenant la question est : pourquoi ?

La seule explication que Clarke a pu fournir est certes spéculative : la CIA était en train d’essayer de recruter les deux agents d’al-Qaïda alors qu’ils vivaient en Californie du Sud sous leurs propres noms. Cela peut paraître plausible de la part de la CIA. Après tout, l’Administration Clinton s’était longtemps plainte auprès de l’Agence d’un manque d’infiltration des agents au sein d’al-Qaïda.

Mais si la CIA suivait, recrutait ou surveillait Mihdhar et Hazmi aux Etats-Unis, cela aurait été qualifié d’opération sur le territoire américain, une violation de la charte de l’Agence. Une fois les deux hommes identifiés comme pirates de l’air sur le Vol 77, les responsables de la CIA ont alors, selon Clarke, mis en place une vaste opération pour dissimuler leurs "malversations et abus de pouvoir".

Son discours est direct, surtout pour un responsable politique de la Sécurité nationale.

"Je suis outré depuis que j’ai appris que la CIA connaissait la présence de ces types dans le pays," a expliqué Clarke. "J’ai longtemps pensé que la décision de ne pas diffuser l’information émanait certainement d’un ou deux sans-grades de la CIA. Maintenant que je sais que 50 responsables de la CIA étaient au courant, dont bon nombre avec qui je conversais régulièrement, dire que je suis furieux est un euphémisme."

Clarke a déclaré qu’il présumait que "l’ordre donné aux personnes de ne pas communiquer l’information émanait des hautes sphères" de la CIA. Lorsqu’il lui a été demandé de qui pouvait provenir un tel ordre, il a répondu, "je pense qu’elle émane du directeur," faisant référence à Tenet – en ajoutant que Tenet et d’autres n’admettraient jamais la vérité "même en leur mettant la tête sous l’eau."

La vision du FBI

Nous avons découvert que la même suspicion prévalait parmi des agents du contre-terrorisme du FBI de l’époque, particulièrement ceux qui avaient collaboré à New York avec le légendaire agent du FBI John O’Neill. O’Neill, élégamment dépeint dans le livre lauréat du Prix Pulitzer de Lawrence Wright "The Looming Tower", était l’un des agents spéciaux responsable du contre-terrorisme au bureau new-yorkais du FBI. Après son départ, il devint le chef de la sécurité au World Trade Center et fut tué dans les attentats du 11/9, trois semaines seulement après avoir quitté le Bureau.

L’adjoint d’O’Neill au contre-terrorisme était Pasquale D’Amuro, nommé inspecteur en charge de l’enquête du FBI sur les attentats.

"Je reste prudent, parce qu’il faut tenir compte des faits," nous a dit D’Amuro. Il nous a déclaré avoir entendu dire que Richard Blee, le chef de l’unité Alec, et son adjoint, Tom Wilshere, avaient bloqué la transmission au FBI de l’information sur Mihdhar et Hazmi.

"J’ai entendu dire que Blee l’avait filtrée, que Blee et Wilshere avaient eu une conversation et avaient [décidé de] la garder pour eux," a déclaré D’Amuro. "Il ne fait aucun doute qu’il n’y pas que ces deux types de l’Agence qui sont impliqués. Pourquoi ne l’ont-ils pas transmise ? A ce jour, je n’en sais rien."

Jack Cloonan, ancien directeur de la brigade du FBI I-49 responsable du démantèlement d’al-Qaïda, est un autre initié déçu par les actions de la CIA.

"Si vous regardez de près à tout ce qui touche à Khalid Al Mihdhar et Nawaf Al Hazmi, on ne peut s’empêcher de conclure que dans l’esprit des gens c’est cela qui revient," a déclaré Cloonan lors d’une émouvante interview dans son salon du New Jersey. "Le 11/9 ne s’est pas produit à cause d’une faillite du système. En réalité, le système fonctionnait. Quelqu’un a pris la décision cruciale de ne pas partager l’information… et si l’on y regarde de plus près, il s’agit d’une poignée de personnes. Comment peuvent-ils dormir tranquilles? Vraiment, je ne sais pas."

L’échec de la CIA à informer le FBI signifiait que la CIA laissait passer la dernière occasion d’arrêter les pirates de l’air, a déclaré Clarke.

"Et s’ils avaient…" nous dit Clarke, la voix éteinte. "Même aussi tard que le 4 septembre," poursuit-il, "nous aurions pu procéder à un grand nettoyage. Nous l’aurions mené publiquement. Nous aurions débusqué ces connards. Il n’y a aucun doute dans mon esprit – même s’il restait seulement une semaine – que nous les aurions trouvés…"

Clarke n’est pas un témoin infaillible ni désintéressé. En tant que conseiller supérieur pour le contre-terrorisme à l’époque des attentats, il ne peut s’empêcher de considérer cette tragédie de manière personnelle. Cela étant dit, le fait qu’au moins trois agents du FBI partagent son point de vue lui donne une certaine crédibilité.

Un porte-parole de la CIA rejette cette idée, et déclare que "toute allusion à la CIA refusant intentionnellement de partager des informations cruciales avec le FBI au sujet du complot du 11/9 est tout simplement fausse." Ce porte-parole a cité le rapport de la Commission sur le 11/9 ainsi qu’un rapport de l’inspecteur général indépendant de la CIA. (Ce dernier rapport, finalisé en 2004, n’a jamais été rendu public.)

Cette affaire d’échec présumé de la CIA n’a pas attiré l’attention des médias jusqu’à ce mois d’août [2011], lorsque Tenet, Richard Blee et un autre responsable de la CIA mis en cause par Clarke – le directeur du Centre du contre-terrorisme J. Cofer Black – ont réagi à notre demande d’interview. Nous les avions sollicités pour qu’ils répondent aux allégations de Clarke.

Bien qu’ils aient décliné l’invitation, Tenet, Black et Blee nous ont fait parvenir une déclaration écrite commune stipulant que les allégations de Clarke étaient "irresponsables et totalement erronées" et qu’il avait "subitement inventé des accusations sans fondement qui sont contredites par le dossier et indignes de toute considération rationnelle."

Cette déclaration, que nous avons fait suivre au Daily Beast, revêtait un intérêt tout particulier du fait que les trois individus en question n’avaient jamais ressenti le besoin d’expliquer leurs actions directement à l’opinion publique américaine.

"Nous avons témoigné sous serment à propos de nos actes, et de ce que nous ne savions pas," ont-ils déclaré. "Nous nous en tenons à ce témoignage."

La valeur de leur témoignage par rapport à la théorie de Clarke est difficile à évaluer. Tenet et Black n’ont jamais été interrogés à propos de la surveillance de Mihdhar et Hazmi, du moins lors de leur témoignage public. Et le témoignage de Blee n’a pas été rendu public.

"Vous ne raconterez rien”

L’explication de la CIA n’a pas convaincu Mark Rossini, un agent du FBI assigné à l’unité Alec en 2000 et 2001. La traque de Khalid Al Mihdhar, nous a-t-il dit, avait été confiée à un jeune officier qui partageait la responsabilité de surveiller les événements au Yémen avec le chef adjoint de l’unité Alec, Tom Wilshere.

Rossini, qui a démissionné du FBI par suite d’ennuis judiciaires, a rappelé lors d’une interview téléphonique que le superviseur direct de l’officier était une analyste rousse travaillant directement pour Wilshere. Il dit que ce superviseur, dont il n’est fait mention dans aucun rapport gouvernemental sur le 11/9, est la même femme qui a déclaré aux enquêteurs du congrès qu’elle avait apporté en mains propres au siège du FBI les informations sur le visa de Mihdhar. Cela s’est révélé être faux après que les enquêteurs eurent vérifié les registres d’entrée au siège du FBI qui montraient qu’elle n’avait jamais mis les pieds dans le bâtiment. Eleanor Hill, directrice de l’enquête du Congrès, nous a également déclaré que ses enquêteurs n’avaient trouvé aucune preuve que le FBI ait reçu l’information.

Rossini s’est souvenu que l’officier en charge de l’opération travaillant pour cette rousse lui avait ordonné, ainsi qu’à son associé du FBI Doug Miller, de ne pas révéler à leurs collègues de service, y compris à John O’Neill du bureau de New York, que Mihdhar était probablement en route vers les Etats-Unis début 2000.

"Elle s’est un peu énervée," se souvient Rossini. "Elle a posé sa main sur sa hanche et m’a juste dit, ‘Ecoutez, ce n’est pas l’affaire du FBI. Ça ne relève pas du FBI. Lorsque nous considérons que le FBI doit être mis au courant, nous les mettrons au courant. Et vous ne raconterez rien.’ "

Deux jours auparavant, ce même officier avait envoyé un message interne à l’ensemble des services de la CIA faisant croire à tous ses collaborateurs que l’information avait été transmise au FBI. Sa dernière conversation avec Rossini fait apparaître qu’il s’agissait d’une fausse déclaration délibérée. Selon l’inspecteur général du Département de la Justice, elle envoya le message fallacieux quelques heures seulement après avoir envoyé une note électronique suite au mémo de Doug Miller [qui tentait] d’avertir le FBI : "le tenir à distance…pour l’instant par [l'intérmédiaire du chef adjoint de l’unité Ben Laden à la CIA]," en référence à Tom Wilshere.

Nous savons maintenant que l’officier est une femme nommée Michael Anne Casey. Son superviseur aux cheveux roux était également une femme, et s’appelait Alfreda Frances Bikowsky.

Google infiltre la CIA

La manière dont nous avons appris les noms de ces deux employés de la CIA peut se résumer à un seul mot: Google. Dans le cas de la femme rousse, un article d’Associated Press de février 2011 semblait y faire référence. Elle a également été citée dans le livre de Jane Mayer "The Dark Side", par son prénom, Frances. L’article de l’AP précisait qu’elle portait un prénom "inhabituel". En cherchant dans les candidatures parvenues au Département d’Etat au cours de la dernière décennie – souvent des postes servant de couverture pour le personnel de la CIA, mais qui sont toutefois notés dans le Registre du Congrès – un historien contemporain avec qui nous collaborons, Kevin Fenton, a découvert un nom qui semblait correspondre.

Concernant l’officier, nous connaissions trois faits essentiels. Elle portait un "nom masculin" – très certainement Michael, le nom utilisé dans le Rapport de la Commission. Elle approchait de la trentaine à l’époque de l’incident, et était une "gosse de la CIA", signifiant qu’elle avait au moins un parent ou un autre membre de la famille au sein de l’Agence. Nous nous sommes demandé si elle pouvait être liée à une figure éminente de la CIA, tout comme son patron Richard Blee l’avait été. L’un des premiers noms qui nous est venu, étant donné son année de naissance, fut celui de William J. Casey, le directeur de la CIA sous Ronald Reagan.

Couplant le prénom "Michael" avec le nom "Casey", nous avons découvert un certain nombre de personnes portant ce nom qui travaillaient au Département d’Etat,ou occupaient des postes militaires. Farfouillant de nouveau dans le Registre du Congrès, nous avons trouvé le nom Michael Anne Casey – une femme avec un nom masculin – et sur un autre site Internet, une certain personne nommée Casey agée de 27 ans en 1999 et qui vivait dans la région de Washington D.C., ce qui semblait bien correspondre. (Fortuitement, nous avons ensuite été informés qu’elle n’avait aucun lien de parenté avec William J. Casey.)

Une menace venant de la CIA

Lorsque nous avons informé le bureau des Affaires publiques de l’Agence que nous étions sur le point de publier une enquête podcast sur iTunes le dimanche 11 septembre, qui citait Bikowsky et Casey, l’Agence a immédiatement réagi.

"Nous pensons fermement qu’il est irresponsable, et en violation potentielle du droit pénal [surlignage par nous-mêmes] d’imprimer les noms de deux responsables infiltrés de la CIA que vous pensez être impliqués dans la lutte contre al-Qaïda," a déclaré le porte-parole Preston Golson.

Par prudence, nous avons enlevé les noms de notre podcast. Le jour où nous avons publié le podcast mis à jour sur notre site Internet, nous avons reçu des nouvelles de Sibel Edmonds. Ancienne traductrice au FBI et lanceuse d’alerte (whistleblower) emblématique, Edmonds a publié l’histoire le 21 septembre sur son blog affirmant qu’elle possédait trois sources et un document confirmant que la femme rousse mise en cause dans notre récit s’appelait Bikowsky. Elle a également mentionné que l’officier impliqué était Michael Anne Casey, et a cité notre site Internet, Secrecy Kills. C’est alors seulement que nous avons découvert que notre Webmaster avait brièvement et par inadvertance posté sur notre site l’entièreté de notre e-mail envoyé à la CIA. Edmonds a repéré les informations et les a publiées.

En quelques minutes les informations se sont rapidement répandues sur les réseaux sociaux sur internet. Très vite, le site [de commérages] Gawker annonça haletant le dernier des problèmes de la CIA : que Bikowsky, qui était le prochain chef tout désigné de l’unité de la CIA en charge du djihad, avait été démasquée. Mais l’affaire bien plus importante – qu’un échec du renseignement avait contribué aux attentats du 11/9 – a reçu peu d’écho de la part de ce site de commérages.

Afin de clarifier l’affaire, nous avons posé deux questions factuelles à la CIA. Nous avons demandé si la déclaration de Bokowsky lors de l’enquête du Congrès sur le 11/9 – à savoir qu’elle avait fourni des informations sur le visa de Mihdhar au FBI avant les attentats – était exacte.

Nous avons également demandé si l’évocation par l’ancien agent du FBI, Mark Rossini de l’épisode où Michael Anne Casey lui avait demandé de ne pas communiquer les informations sur Mihdhar et Hazmi était exacte.

L’agence n’a pas répondu spécifiquement à ces deux questions.

"Selon la règle, nous ne confirmons ou n’infirmons pas publiquement les identités d’officiers actuellement en fonction à l’Agence," a répondu un porte-parole. "Cela inclut les personnes attachées au démantèlement des complots terroristes. Les agents impliqués dans ces efforts indispensables ont, par leurs compétences et leur détermination, sauvé de nombreuses vies américaines."

L’affaire de Mihdhar et Hazmi pourrait facilement être clarifiée, déclare Robert Bear, un agent retraité de la CIA au Moyen-Orient, qui a travaillé directement avec certaines des personnes impliquées.

"Nombre de ces personnes qui ont gardé ces informations n’étaient pas des agents secrets," a-t-il expliqué. "Il n’y avait aucune raison de cacher leurs noms. Ils ont pignon sur rue. Vous pouvez les retrouver dans les données et les contrôles de solvabilité et le reste… Ils auraient certainement pu être amenés devant la Chambre ou le Sénat à huis clos pour fournir des explications faisant l’objet d’un rapport."

Langley sur la défensive

La CIA préfère protéger et ne pas divulguer l’identité de la poignée de personnes au cœur de cette affaire.

Tenet est resté encore deux ans et demi directeur de la CIA sous Georges Bush, et s’est rendu célèbre en communiquant de fausses informations au sujet des armes de destruction massive qui ont justifié l’invasion désastreuse de l’Irak. Le 14 décembre 2004, George Tenet a reçu des mains du Président Bush la Médaille Présidentielle de la Liberté.

Richard Blee, chef de l’unité Alec en 2001, aurait repris, pendant l’invasion de l’Afghanistan, les rennes de l’opération de la CIA visant à capturer ou à tuer Oussama Ben Laden alors que ce dernier était encerclé dans les montagnes de Tora Bora, trois mois après le 11/9. Comme l’a rapporté dans son livre "Jawbreaker" Gary Berntsen, [lui-même agent de la CIA pendant 23 ans, Richard Blee était responsable à l’époque où Ben Laden a réussi à fuir au Pakistan pour y vivre confortablement pendant presque dix ans. Ken Silverstein a rapporté dans le journal Harper’s que Blee était actif dans les programmes controversés d’extradition et d’abus de traitement des prisonniers. Il est maintenant retraité et vit à Los Angeles.

Nous ne savons pas exactement ce qu’est devenu Tom Wilshere, une figure mystérieuse qui a réussi plus que les autres à garder profil bas. Dale Watson, ancien chef de la Division du contre-terrorisme au FBI, nous a dit que Wilshere était devenu préposé à la Maison Blanche sous l’ère Bush.

Casey et Bikowsky sont montés en grade à la CIA, malgré le fait que Bikowsky a été associée à une bourde importante. L’AP a indiqué que Bikowsky était au centre de "l’incident el-Masri," au cours duquel un citoyen allemand innocent extradé (un euphémisme pour kidnappé) par la CIA en 2003 et détenu dans de terribles conditions (un euphémisme pour torturé) dans une prison secrète en Afghanistan. Associated Press a décrit cette affaire comme "l’un des plus grands embarras diplomatiques de la guerre américaine au terrorisme." notons au passage qu’on se préoccupe peu de la façon dont Khaled el-Masri a vécu tout cela. En dépit de cet épisode, Bikowsky a bien été promue.

En tant que chef du centre du contre-terrorisme, Cofer Black était le supérieur de Casey, Bikowsky et Blee. Lui aussi a été associé aux abus liés aux programmes d’extraditions. Il a démissionné peu de temps après que George Bush fut réélu pour un second mandat. Black est ensuite devenu vice-président de Blackwater USA, la firme privée de sécurité très controversée basée aux Etats-Unis, de 2005 à 2008. Au début de ce mois, le candidat républicain aux élections présidentielles Mitt Romney (nous en reparlerons bientôt – Ndlr) a annoncé que Black se joindrait à sa campagne en tant que conseiller à la politique extérieure.

Rory O’Connor
Ray Nowosielski
Rory O’Connor est un journaliste récompensé, auteur et réalisateur, et co-fondateur et président de la firme de média internationale Globalvision. Le producteur-scénariste.
Ray Nowosielski a commencé dans le documentaire en réalisant "9/11 Press for Truth" en 2006. Co-fondateur de la compagnie de Média Banded Artists, il a également occupé des fonctions de producteur exécutif chez Globalvision.