vendredi, 1 octobre 2010

Supplanter la Constitution des Etats-Unis – Guerre, urgence nationale, et "Continuité du gouvernement"

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Lorsqu’Oliver North se trouva sous le feu des questions lors des audiences de l’Iran-Contra en juillet 1987, le public américain put se faire une idée du plan d’urgence "hautement sensible" dans lequel il était impliqué. Visiblement, il s’agissait de mesures d’urgence pour suspendre la Constitution des États-Unis en cas d’attaque nucléaire (un souci légitime par ailleurs). Mais d’après la presse, le plan consistait en une suspension généralisée.

Au milieu des comptes-rendus médiatiques routiniers, l’échange suivant parut dans le New York Times, sans autre commentaire ni mention ultérieure :

[Le Sénateur Jack] Brooks : Colonel North, dans votre travail au NSC, est-ce que vous n’étiez pas chargé de travailler sur des plans de continuité du gouvernement dans l’éventualité d’une catastrophe majeure ?

Brendan Sullivan, l’avocat de North, tout comme le Sénateur Daniel Inouye, président démocrate du Comité, répondirent d’une façon qui montrait qu’ils savaient de quoi il s’agissait :

Brendan Sullivan (s’agitant) : M. le Président ?

[Sénateur Daniel] Inouye : Je crois que cette question concerne un point hautement sensible et un domaine classifié, pourrais-je pour cette raison vous demander de ne pas l’évoquer ?

Brooks : J’étais particulièrement préoccupé, M. le Président, parce que j’ai lu dans des journaux de Miami et d’ailleurs, que l’on préparait un plan dans cette même agence [NdT la FEMA, voir plus bas], un plan à appliquer dans l’éventualité d’une urgence, qui suspendrait la Constitution. Cela me préoccupait et je me demandais si c’était un domaine dans lequel il avait travaillé. Il me semblait que oui, je voulais en avoir la confirmation.

Inouye : Puis-je, avec tout le respect que je vous dois, vous demander que ce sujet ne soit pas abordé à ce stade ? Si nous souhaitons en parler, je suis sûr que nous pouvons nous arranger pour programmer une session exécutive [1].

On ne sut jamais s’il y eut ou non une session exécutive, ni si le reste du Congrès fut conscient du problème. D’après James Bamford, "L’existence d’un gouvernement secret était si bien cachée que le Congrès était complètement court-circuité." [2] (Mais des personnes clés au Congrès devaient certainement en être conscientes.)

Brooks répondait à un article d’Alfonzo Chardy dans le Miami Herald. Dans son papier, Chardy prétendait qu’Oliver North travaillait avec la FEMA [NdT : Federal Emergency Management Agency, Agence fédérale des situations d'urgence] sur des plans de prise de contrôle des fonctions fédérales et locales, à l’occasion d’une situation d’urgence nationale. Cette mesure visant la "Continuité du gouvernement" (COG [NdT : Continuity Of Government]) prévoyait "la suspension de la Constitution, le transfert du contrôle du gouvernement à la FEMA, la nomination d’urgence de dirigeants militaires pour les affaires fédérales et locales ainsi que la déclaration de la loi martiale." [3]

À ma connaissance, personne dans le public (moi y compris) n’accorda assez d’importance à l’article de Chardy. Chardy lui-même a suggéré que William French Smith, le ministre de la Justice de Reagan, William French Smith, était intervenu pour empêcher que le plan de la COG ne fût présenté au président. Sept ans plus tard, en 1994, Tim Weiner rapportait dans le New York Times que ce qu’il appelait "Le Projet de l’apocalypse" – la recherche "des moyens permettant au gouvernement de poursuivre sa mission après une vaste attaque nucléaire sur Washington" – avait "moins de six mois à vivre." [4]

Dire que l’éventualité d’une attaque nucléaire n’était plus à l’ordre du jour était correct, mais cette affirmation était trompeuse en cela qu’elle induisait aussi en erreur. Sur la base des informations données par Weiner, les deux premiers livres sur le sujet de la COG, les ouvrages de James Bamford et James Mann au demeurant excellents et bien renseignés, ont rapporté que le plan de la COG avait été abandonné [5]. Or il n’en était rien.

Mann et Bamford ont certes signalé que depuis le début, deux des planificateurs clés du groupe travaillant secrètement sur la COG étaient Dick Cheney et Donald Rumsfeld, qui ont tous deux mis en œuvre la COG le 11-Septembre [6]. Mais ce que ni eux ni Weiner n’ont indiqué est que sous Reagan, l’objet de la COG avait officiellement changé : ce n’étaient plus des mesures s’appliquant "au lendemain d’une attaque nucléaire", mais pour toute "urgence de sécurité nationale." L’Ordre exécutif 12656 de 1988 la définit comme suit: "tout événement, désastre naturel, attaque militaire, accident technologique, ou autre urgence, qui affaiblit ou menace sérieusement la sécurité nationale des États-Unis." [7]

En d’autres termes, d’extraordinaires mesures d’urgence, d’abord prévues pour une Amérique dévastée par une attaque nucléaire, étaient maintenant applicables pour tout ce que la Maison-Blanche considérerait comme une crise majeure. Ainsi, Cheney et Rumsfeld continuèrent leur plan secret sous Clinton; les deux hommes, tous deux Républicains, étaient à l’époque à la tête de deux grandes compagnies [NdT : respectivement l’équipementier pétrolier Halliburton et le laboratoire pharmaceutique Gilead célèbre pour son Tamiflu] et ne faisaient même pas partie du gouvernement. En outre, Andrew Cockburn affirme que l’administration Clinton, d’après une source du Pentagone, n’avait "aucune idée de ce qui se passait." [8] (comme je l’explique plus bas, cette déclaration purement formelle mérite qu’on s’y arrête.)

L’application étendue de la COG aux cas d’urgence a été envisagée dès 1984, quand d’après Ross Gelbspan, journaliste du Boston Globe,

"le Lieutenant Oliver North travaillait avec des responsables de la FEMA [...] à dresser un plan d’urgence secret pour surveiller les dissidents politiques et prévoir la détention de centaines de milliers d’étrangers en situation irrégulière dans le cas d’une urgence nationale non spécifiée. Le plan, dont une partie était désignée sous le nom de code Rex 84, imposait la suspension de la Constitution dans un certain nombre de scénarios, incluant l’invasion du Nicaragua par les États-Unis. [9]

Clairement, le 11-Septembre remplit les conditions d’application des mesures de la COG, et nous savons de façon certaine que le plan COG fut instauré ce jour-là, avant que le dernier avion ne se crashe en Pennsylvanie. Le Rapport de la Commission d’enquête le confirme deux fois, pages 38 et 326 [10]. C’est sous les auspices de la COG que Bush fut maintenu loin de Washington le jour du 11-Septembre, et que d’autres membres du gouvernement, comme Paul Wolfowitz, furent promptement évacués au "Site R", à l’intérieur d’un tunnel sous une montagne près de Camp David [11].

Ce que peu de personnes ont remarqué, c’est que près d’une dizaine d’années plus tard, certains aspects de la COG demeurent effectifs. Les mesures de la COG sont encore autorisées par une proclamation d’urgence qui a été reconduite chaque année par l’autorité présidentielle, le plus récemment par le Président Obama en septembre 2009. Elles sont en outre à l’origine probable des mille pages du Patriot Act qui fut soumis au Congrès cinq jours après le 11-Septembre, ainsi que du projet Endgame du Department of Homeland Security [NdT.: Département de la Sécurité Intérieure] – un plan décennal -, débuté en septembre 2001, prévoyant l’extension des camps de détention, d’un coût de 400 millions de dollars pour la seule année fiscale 2007. [12]

Dans le même temps, nous avons vu mis en œuvre les plans décrits par Chardy en 1987: les détentions sans mandat qu’Oliver North avait planifiées dans le cadre du Rex 84, les écoutes également arbitraires qui en sont la contrepartie logique, et la militarisation du territoire des États-Unis placé sous un nouveau commandement militaire, le NORTHCOM [13]. À travers le NORTHCOM, l’armée des États-Unis est maintenant chargée du contrôle de l’Amérique, en disposant du pouvoir exécutif local, de la même façon qu’elle est chargée du contrôle de l’Afghanistan et de l’Irak.

Nous avons appris que les mesures de la COG étaient toujours effectives en 2007 quand le Président Bush a émis la Directive présidentielle 51 de Sécurité nationale (NSPD 51). Celle-ci, pour la sixième fois, prolongeait l’état d’urgence proclamé le 14 septembre 2001. Elle autorisait le Président à assurer personnellement la "Continuité du gouvernement" dans l’éventualité d’une "urgence catastrophique". Il annonça que le NSPD 51 contenait des "annexes classifiées de la COG" qui devraient être "préservées de toute révélation non autorisée." Sous la pression de certains de ses électeurs faisant partie du mouvement pour la recherche de la vérité sur le 11-Septembre, Peter DeFazio, membre du Congrès et du Comité pour la Sécurité du Territoire demanda à voir ces Annexes à deux reprises, la seconde dans une lettre signée du Président de ce Comité. Sa demande fut rejetée.

Le National Emergencies Act [NdT: la Loi sur les cas d'urgence nationale], une de ces réformes de l’après-Watergate que le Vice-président Cheney détestait tant, spécifie que : "Au bout de six mois après qu’une urgence nationale est décrétée, et au terme de chaque période de six mois pour lesquelles elle est reconduite, les deux chambres du Congrès doivent se rencontrer pour voter une résolution conjointe visant à déterminer si l’urgence doit être close" (50 U.S.C. 1622, 2002). Pourtant, en neuf ans, le Congrès ne s’est pas une seule fois concerté pour discuter de l’état d’urgence décrété par George W. Bush après le 11-Septembre, état d’urgence qui reste effectif aujourd’hui encore. Le Congrès est resté sourd aux appels lui demandant d’assumer ses responsabilités en revoyant la COG."

L’ancien membre du Congrès Dan Hamburg et moi-même avons publiquement demandé l’an dernier, à la fois à Obama de mettre un terme à l’état d’urgence et au Congrès d’organiser les réunions que lui imposent ses statuts [15]. Mais le 10 septembre 2009, sans discussion, Obama a de nouveau prolongé l’état d’urgence du 11-Septembre [16]; et le Congrès a ignoré ses obligations statutaires. Un membre du Congrès expliquait à un électeur que les dispositions du National Emergencies Act ont maintenant été rendues inopérantes par la COG. Si c’est vrai, cela confirmerait la description que Chardy faisait de la COG comme une suspension de la Constitution. Y a-t-il d’autres parties de la Constitution qui ont été suspendues? Nous l’ignorons, et le Président du Comité pour la Sécurité du Territoire a été informé qu’il ne pourrait pas le savoir.

Des plans conçus par un comité secret, où officiaient des dirigeants de grandes compagnies qui n’étaient pas dans le gouvernement, ont institué des règles qui ignorent la loi publique tout comme la séparation des pouvoirs, le fondement même de la Constitution. Le Congrès a renoncé à aborder la question. Même Dennis Kucinich, membre du Congrès, l’un de ceux que j’ai rencontrés, n’a pas répondu à mes messages sur le sujet.

Pourtant, comme je le comprends, la seule autorisation pour la mise en place de la COG fut une décision secrète du Président Reagan (NSDD 55 du 14 septembre 1982), qui en effet fédéralise les mesures de contre-insurrection (appelées Cable Splicer), et qu’il avait appliquée en Californie quand il en était le gouverneur.

Il est clair que le plan élaboré par Cheney, Rumsfeld et d’autres durant les vingt dernières années ne consistait pas seulement en une réponse immédiate au 11-Septembre. Les mille pages du Patriot Act présentées au Congrès aussi rapidement que l’avait été la "Résolution du Golfe du Tonkin" à l’époque en 1964, sont toujours là; le Congrès ne l’a jamais remis sérieusement en cause, et Obama l’a tranquillement prolongé le 27 février de cette année.

Nous ne devrions pas oublier que le Patriot Act a été voté uniquement après que des lettres contenant de l’anthrax [NdT : le bacille du charbon] ont été envoyées à deux Sénateurs démocrates clés – les Sénateurs Daschle et Leahy – qui avaient soulevé des questions sur le texte. Après des lettres à l’anthrax toutefois, ils renoncèrent à s’opposer [17]. Quelqu’un – nous ne savons toujours pas qui – doit avoir prévu d’envoyer ces lettres bien auparavant. C’est un fait que la plupart des Américains veulent ignorer.

Quelqu’un doit aussi avoir planifié le nombre inhabituel d’exercices militaires menés le 11-Septembre. La FEMA et les planificateurs de la COG étaient impliqués dans la préparation de ces exercices durant les deux décennies précédentes, et le 11-Septembre même, la FEMA était à nouveau engagée avec d’autres agences dans l’Opération Tripod, un exercice de bioterrorisme à New York [18].

Le 1er juin 2001, quelqu’un a également dû ordonner les nouvelles instructions plus restrictives selon lesquelles les interceptions par l’armée d’un avion détourné devaient être approuvées "aux plus hauts niveaux du gouvernement" (c’est-à-dire par le Président, le Vice-président, ou le secrétaire à la Défense) [19]. Le Rapport de la Commission attribue l’origine de cet ordre à un Mémo du JCS [NdT : le Joint Chiefs of Staff, l’Etat-major interarmées] du 1er juin 2001, intitulé "Aircraft Piracy (Hijacking) and Destruction of Derelict Airborne Objects" [NdT.: "Piratage (Détournement) d'Avion et Destruction d'Aéronefs en Perdition"]. Or les instructions écrites étaient moins restrictives avant le 1er juin 2001, et j’ai appris que le changement fut discrètement annulé au mois de décembre suivant.

Dans mon livre La Route vers le Nouvel Ordre Mondial, je suggère que ce changement dans le Mémo du JSC provenait du National Preparedness Review [NdT.: l'Étude sur la Préparation de la Nation] dans laquelle le Président Bush autorisait le Vice-président Cheney, avec la FEMA, "à s’occuper de toute attaque terroriste." [20] La presse a en revanche ignoré le fait que Cheney et la FEMA avaient participé, au sein de la même équipe, à l’élaboration des mesures de la COG dans les années 1980 et 1990.

Comme je l’ai indiqué plus haut, il est nécessaire de s’arrêter sur l’affirmation d’un responsable du Pentagone (faite à Andrew Cockburn) selon laquelle l’administration Clinton n’aurait eu "aucune idée de ce qui se passait" relativement à la COG. Permettez-moi de citer la réponse au livre de Cockburn dans mon propre ouvrage La Route vers le Nouvel Ordre Mondial



L’article [de Weiner] persuada les auteurs James Mann et James Bamford que les plans de la COG de Reagan étaient dorénavant abandonnés, car « il n’y avait, semblait-il, plus aucun ennemi dans le monde capable de… décapiter le leadership de l’Amérique. » [22] En fait, une seule phase de la planification de la COG avait été abandonnée: un programme du Pentagone relatif à la réponse à une attaque nucléaire. Au contraire, selon l’auteur Andrew Cockburn, une nouvelle cible fut trouvée :

Bien que sous l’ère Clinton les exercices aient continué, avec un budget annuel de plus de 200 millions de dollars, les Soviétiques disparus furent alors remplacés par des terroristes […] Il y eut également d’autres changements. Auparavant, les spécialistes sélectionnés pour diriger le ‘gouvernement de l’ombre’ avaient été puisés dans l’ensemble du spectre politique, qu’ils soient Démocrates ou Républicains. Mais dorénavant, dans les bunkers, Rumsfeld se retrouvait en sympathique compagnie politique, la liste des ‘joueurs’ étant presque exclusivement constituée de faucons Républicains. « C’était un moyen pour ces gens de rester en contact. Ils se rencontraient, faisaient l’exercice, puis ils tiraient à boulets rouges sur l’administration Clinton, de la manière la plus extrême » me révéla un ancien officiel du Pentagone ayant une connaissance directe de ce phénomène. « On pourrait parler d’un gouvernement secret attendant son tour. L’administration Clinton fut extraordinairement indifférente à cela, [ils n’avaient] aucune idée de ce qui s’y déroulait. »

Le récit de Cockburn requiert quelques réserves. Richard Clarke, un Démocrate favorable à Clinton (son directeur du contre-terrorisme), admet qu’il a participé aux simulations de la COG durant les années 1990 et qu’il a en fait rédigé la Presidential Decision Directive (PDD) 67 (la Directive de Décision Présidentielle) de Clinton dans le cadre de l’« Enduring Constitutional Government and Continuity of Government » (Faire perdurer le gouvernement constitutionnel et la continuité du gouvernement). Cependant, la planification de la COG impliquait des équipes différentes ayant des buts différents. Il est assez probable que le responsable du Pentagone décrivait l’équipe du Département de la Défense chargée des représailles.

La description d’un « gouvernement secret attendant son tour » (qui incluait à la fois Cheney et Rumsfeld) est très proche de la définition d’une cabale, en tant que groupe de personnes secrètement unies afin de provoquer un changement ou un renversement de gouvernement. À la même époque, Cheney et Rumsfeld projetaient également un changement par le biais de leur lobbying public, à travers le Project for the New American Century (PNAC, "Projet pour un Nouveau Siècle américain), en faveur d’une politique moyen-orientale plus volontariste. À la lumière de la façon dont la COG a été réellement mise en œuvre en 2001, nous pouvons légitimement suspecter que, malgré l’intérêt de ce groupe envers le programme de « continuité du gouvernement » sous Reagan, l’intérêt central de Cheney et de Rumsfeld durant les années Clinton était désormais un changement de gouvernement. [23]


C’est compréhensible: il y a une très grande résistance intellectuelle à admettre l’affirmation extraordinaire selon laquelle, même de l’extérieur du gouvernement, Cheney et Rumsfeld sont parvenus à mettre en œuvre des modifications à la Constitution, qu’ils ont ensuite appliquées une fois revenus au pouvoir. La plupart des personnes ne peuvent même pas croire la seconde partie de cette affirmation, pourtant connue: le 11 septembre 2001, les mesures de la COG supplantant la constitution ont effectivement été instituées. C’est pourquoi les deux premières recensions de La Route vers le Nouvel Ordre Mondial, toutes les deux favorables et intelligemment écrites, ont chacune rapporté que je spéculais sur le fait que la COG avait été imposée le 11-Septembre. Non, ce n’était pas une spéculation: le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre confirme à deux reprises que la COG fut mise en œuvre, s’appuyant sur la preuve d’un appel téléphonique passé entre Bush et Cheney, dont il n’y a pas d’enregistrement. Sans enregistrement, j’étais conduit à spéculer, parce que l’appel fut passé sur un téléphone réservé à la COG en dehors du bunker présidentiel, le niveau de secret étant tel que les enregistrements ne furent jamais fournis à la Commission.

Une note de bas de page du Rapport de la Commission indique que :

"L’urgence du 11-Septembre fut pour les États-Unis un test des plans et des capacités du gouvernement à assurer la continuité du gouvernement constitutionnel et la continuité des opérations du gouvernement. Nous n’avons pas enquêté sur ce point, sauf pour comprendre les actions et les communications des plus hauts responsables en poste le 11-Septembre. Le Président, le Vice-président et le personnel dirigeant de la Commission ont été informés sur les principes généraux de ces plans de continuité et sur leur mise en application [24].

Les autres notes de bas de page confirment qu’aucune information n’a été extraite des dossiers de la COG pour documenter le Rapport de la Commission. Au minimum, ces dossiers pourraient expliquer l’absence mystérieuse de l’appel téléphonique par lequel, simultanément, la COG fut autorisée et (qu’en conséquence) on décida de maintenir Bush à l’écart de Washington. Je pense par ailleurs qu’ils pourraient en fait nous en apprendre vraiment beaucoup plus.

Quelle est la marche à suivre pour sortir de cet état de fait, où la Constitution a bel et bien été remplacée par une autorité plus haute quoique moins légitime ? D’après moi, c’est en demandant au Congrès de faire ce que la loi lui demande de faire, et de déterminer s’il doit être mis un terme à la proclamation d’état d’urgence en cours (50 U.S.C. 1622, 2002).

Un appel en ce sens, formulé dans les règles de l’art, a échoué. Il peut s’avérer nécessaire de soulever la question dans un contexte plus large, mais aussi plus controversé : le fait scandaleux qu’une faction ait pu remplacer la Constitution, tandis que le Congrès n’a rien fait malgré plusieurs demandes. Je souhaiterais que les Américains sensibilisés sur le sujet demandent des comptes à tous les candidats au Congrès pour les prochaines élections [NdT.: En novembre 2010, pour un peu plus d'un tiers du Sénat]. Au minimum, les candidats devraient promettre de débattre de la proclamation de l’état d’urgence, comme le stipule la loi.

Peter Dale Scott


Notes de l’auteur

1.New York Times, July 14, 1987.
2.James Bamford, A Pretext for War: 9/11, Iraq, and the Abuse of America’s Intelligence Agencies (Doubleday, New York, 2004), p.74: “The existence of the secret government was so closely held that Congress was completely bypassed. Rather than through legislation, it was created by Top Secret presidential fiat. In fact, Congress would have no role in the new wartime administration. ‘One of the awkward questions we faced,’ said one of the participants, ‘was whether to reconstitute Congress after a nuclear attack. It was decided that no, it would be easier to operate without them.’” Cf. James Mann, The Rise of the Vulcans: The History of Bush’s War Cabinet (Viking, New York, 2004), p.145.
3.Miami Herald, July 5, 1987. In October 1984 Jack Anderson reported that FEMA’s plans would “suspend the Constitution and the Bill of Rights, effectively eliminate private property, abolish free enterprise, and generally clamp Americans in a totalitarian vise.”
4.Tim Weiner, New York Times, April 17, 1994.
5.Bamford, A Pretext for War, p.74; cf. James Mann, The Rise of the Vulcans, p.138-45.
6.Scott, The Road to 9/11: Wealth, Empire, and the Future of America (University of California Press, Berkeley & Los Angeles, 2007), 183-87. NB: Road to 9/11 est le titre original du livre de Peter Dale Scott, paru sous le titre français La Route vers le Nouvel Ordre Mondial.
7.The provisions of Executive Order 12656 of Nov. 18, 1988, appear at 53 FR 47491, 3 CFR, 1988 Comp., p.585, http://www.archives.gov/federal-register/codification/executive-order/12656.html. The Washington Post (March 1, 2002) later claimed, falsely, that Executive Order 12656 dealt only with “a nuclear attack.” Earlier there was a similar misrepresentation in the New York Times (November 18, 1991).
8.Andrew Cockburn, Rumsfeld: His Rise, Fall, and Catastrophic Legacy (Scribner, New York, 2007), p.88.
9.Ross Gelbspan, Break-ins, Death Threats, and the FBI (South End Press, Boston,1991), p.184; cf. New York Times, November 18, 1991.
10.9/11 Commission Report, p.38, 326; Scott, Road to 9/11, p.228-29.
11.Alfred Goldberg et al., Pentagon 9/11 (Department of Defense, Washington, 2007), p.132.
12.Scott, Road to 9/11, p.238, p.240-41.
13.U.S. Department of Defense, “U.S. Northern Command,” http://www.globalsecurity.org/military/agency/dod/northcom.htm – Cf. John R. Brinkerhoff, PBS, Online Newshour, 9/27/02: “The United States itself is now for the first time since the War of 1812 a theater of war. That means that we should apply, in my view, the same kind of command structure in the United States that we apply in other theaters of war.” Brinkerhoff had earlier developed the martial law provisions of REX 84 in the Reagan era.
14.Cf. Peter Dale Scott and Dam Hamburg , "To All Readers: Help Force Congress To Observe the Law on National Emergencies!!!," 911Truth.org, March 24, 2009, http://www.911truth.org/article.php?story=20090324183053848
15.Peter Dale Scott, To All Readers: Help Force Congress To Observe the Law on National Emergencies (with Dan Hamburg), http.//www.truth.org, March 24, 2009, http://www.911truth.org/article.php?story=20090324183053848#r7
16.White House Press Release, September 10, 2009, http://www.whitehouse.gov/the_press_office/Notice-of-continuation-from-the-president-regarding-the-emergency-declared-with-respect-to-the-September-11-2001-terrorist-attacks/ – A press briefing by Obama’s spokesman Robert Gibbs the same day did not mention the extension.
17.Cf. Time, Nov. 26, 2001: "While Daschle, the Senate majority leader, could have been chosen as a representative of all Democrats or of the entire Senate, Leahy is a less obvious choice, most likely targeted for a specific reason. He is head of the Senate Judiciary Committee, which is involved in issues ranging from antitrust action to antiterror legislation.” See also Anthony York, “Why Daschle and Leahy?” Salon, November 21, 2001, http://dir.salon.com/story/politics/feature/2001/11/21/anthrax/index.html.
18.Brian Michael Jenkins & Frances Edwards-Winslow, “Saving City Lifelines: Lessons Learned in the 9-11 Terrorist Attacks” (Mineta Transportation Institute, San José State University, San Jose, CA, 2003).
19.9/11 Commission Report, p.17; cf. fn. 101, p.458.
20.Houston Chronicle, May 9, 2001; Road to 9/11, p.209.
21.James Mann, The Rise of the Vulcans, p.139; James Bamford, A Pretext for War.
22.Mann, Rise of the Vulcans, p.144.
23.Scott, The Road to 9/11, p.186-87.
24.9/11 Commission Report, p.555.




Notes


Docteur en sciences politiques et ancien diplomate canadien, Peter Dale SCOTT est né en 1929 à Montréal. Il est l’auteur de nombreux ouvrages – jamais traduits en français malgré leur excellence – analysant la politique étrangère américaine, les narcotrafics et les opérations secrètes. Ces recherches et écrits mettent en lumière le concept de ce qu’il définit comme le « supramonde » (l’État profond dissimulé au sein de l’État Public). Porte-parole du mouvement anti-guerre contre le conflit US au Vietnam, et plus récemment contre les guerres en Irak et en Afghanistan, il cofonda le programme d’études « Paix et Conflit » de la prestigieuse Université de Berkeley, où il enseigna la littérature anglaise durant près de 30 ans. La version originale de cet ouvrage a d’ailleurs été publiée par University of California Press, le groupe de presse de ce haut lieu de la contestation et de la mobilisation américaine lui conférant une légitimité morale et intellectuelle incontestable.

Il est l’auteur du livre La Route vers le Nouvel Ordre Mondial. 50 ans d’ambitions secrètes des Etats-Unis, qui vient de sortir aux éditions Demi-Lune.