vendredi, 8 octobre 2010

Selon Bob Woodward, la CIA a engagé le frère de Karzaï avant le 11-Septembre

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Ahmed Wali Karzaï, le demi-frère du Président de l’Afghanistan et le responsable de la province stratégiquement importante de Kandahar, a été payé par la CIA depuis plus d’une décennie, tel que Bob Woodward l’a écrit dans son nouveau livre, « Obama’s Wars. »

A l’automne 2008, selon Woodward, « Ahmed Wali Karzaï avait été payé par la CIA depuis des années, [cette connexion] débutant avant le 11-Septembre. Il faisait partie du réseau restreint d’agents et d’informateurs rémunérés par la CIA en Afghanistan. De plus, la CIA lui a donné de l’argent à travers son demi-frère, le Président [Karzaï]. »

Hamid Karzaï fut sorti de l’obscurité et installé en tant que Président [de l’Afghanistan] après que les forces armées afghanes – soutenues par les Etats-Unis – aient chassé les talibans du pouvoir suite aux attaques du 11-Septembre.

Ces dernières années, il y a eu de nombreux comptes-rendus [NdT : lien rajouté par la rdaction] au sujet de la relation de son frère avec la CIA, nous laissant l’impression qu’il est un « agent » de la CIA, c’est-à-dire un atout sous contrôle de cette agence d’espionnage.

Néanmoins, le compte-rendu de Woodward au sujet de la relation entretenue par la CIA avec Karzaï, qui a également été accusé de manière récurrente – mais pas inculpé – de protéger le trafic d’opium, est plus nuancé.

« Il ne fut pas de quelque manière que ce soit un agent sous contrôle qui répondait systématiquement aux demandes et à la pression des Etats-Unis et de la CIA, » écrit Woodward. « Il agissait pour son propre compte, montant les différentes parties les unes contre les autres – les Etats-Unis, les trafiquants de drogue, les talibans, et même son propre frère si nécessaire. »

Pourtant, les maîtres-espions à Langley [siège de la CIA, NdT] se sont alliés à cet homme.

« Il était nécessaire d’employer des bandits si les Etats-Unis allaient devoir jouer un rôle dans un territoire de bandits, » en ont-ils conclu. « Le neutraliser pourrait réduire à néant le contrôle de Wali Karzaï sur cette ville, et Kandahar pourrait être perdue définitivement. »

« Perdons Kandahar, » ont-ils pensé, « et nous pourrions probablement perdre la guerre. »

La semaine dernière, l’OTAN et les troupes afghanes ont lancé une offensive militaire majeure autour de la ville de Kandahar, induisant des résultats incertains.

Le portrait d’Ahmed Wali Karzai établit par Woodward se recoupe partiellement avec un compte-rendu fournit l’année dernière à SpyTalk par le Représentant du Michigan Mike Roger, un ancien agent du FBI et un membre républicain important d’une commission de la Chambre des Représentants supervisant les questions relatives au terrorisme et aux renseignements.

Rogers, qui s’est régulièrement rendu en Afghanistan, pays dans lequel son frère, un général de l’armée, a également servi, a décrit Ahmed Wali Karzai comme quelqu’un qui « coopère » avec les renseignements des Etats-Unis, mais qui n’est pas un agent sous contrôle.

« Il y a une différence entre le fait d’être un agent des renseignements et d’être quelqu’un qui coopère, » déclara Rogers. « [Le qualificatif d’] agent est une exagération […] Il est un officiel public qui coopère […] Il coopère lorsqu’on lui demande – c’est différent qu’être un agent. »

Un avocat américain d’Ahmed Wali Karzai rejeta le portrait qui a été fait de son client comme étant de quelque manière que ce soit un agent de la CIA rémunéré.

« Il est absolument faux que Ahmed Wali Karzai soit, ou a été, payé par la CIA, » a déclaré Gerald Posner par courriel.

« Depuis le 11-Septembre, il devrait être remarqué qu’Ahmed Wali à travaillé avec pratiquement tous les secteurs des forces armées des Etats-Unis et de la coalition, de l’armée régulière jusqu’au personnel des renseignements, en passant par les forces spéciales aussi bien que les diplomates. »

Posner ajouta que « Ahmed Wali serait vraiment surpris par le fait que la CIA, qui est l’agence de collecte de renseignements la plus sophistiquée au monde, n’aurait pas cherché à établir des contacts avec lui au fil du temps, bien qu’ils ne l’aient jamais admis. »

Poser rejeta également les portraits de Karzaï le décrivant comme étant « le propriétaire des installations de CIA ou des militaires louées par ces derniers, » comme l’écrivit Woodward.

« Il ne possède pas ces propriétés, et il ne collecte pas de loyer de la part de ces groupes. Il n’a aucune implication dans la Kandahar Strike Force. Il ne reçoit aucun soutien financier quel qu’il soit de la part du contribuable américain, » dit Posner.

Le porte-parole de la CIA George Little a réitéré aujourd’hui que « nous avons comme règle de ne pas commenter ce genre d’allégations, qui ont circulé depuis longtemps. »

Cependant, un officiel des Etats-Unis, s’exprimant sous condition d’anonymat, a salué la contribution de Karzaï à l’effort de guerre, déclarant que ce dernier « a fourni des contributions décisives aux efforts du contre-terrorisme en Afghanistan, et il nous a aidés à sauver des vies américaines et afghanes. »

« Personne n’est en train de dire qu’il est parfait, mais personne n’a encore trouvé quoi que ce soit qui puisse l’amener devant un tribunal, » ajouta l’officiel. « Et les Américains l’ont compris: l’Afghanistan est un endroit rude. Il est clair qu’il est concentré sur l’amélioration de la sécurité dans son pays. Il mérite d’être félicité pour cela. »

Jeff Stein