"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

mercredi, 15 septembre 2010

11-Septembre : les cailloux dans la chaussure

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Vue sur Manhattan, le matin du 11 septembre 2001

Alors qu’Arte vient de diffuser un documentaire remarquable de Bob Coen sur les attaques à l’anthrax qui ont immédiatement suivi les attentats du 11 septembre 2001, et qui étaient tombées dans un effrayant oubli collectif, on rêve à présent d’un travail similaire sur le 11-Septembre lui-même. Car, au bout de neuf ans, l’événement le plus médiatisé de notre histoire reste paradoxalement largement ignoré.

Nous allons ici simplement rappeler deux informations presque totalement oubliées, qui sont, chacune, comme un "caillou dans la chaussure", l’une pour les truthers, l’autre pour leurs opposants. Mais en préambule, un rapide regard sur l’attitude de nos chers médias…


les nouvelles vidéos du 11-Septembre

Le 8 septembre 2010, le site de RMC fait sa Une sur les nouvelles vidéos du 11-Septembre récemment mises en ligne par l’International Center for 9/11 Studies.




Son titre "Nouvelles images du 9/11 : preuves ou manipulations ?" est lui-même manipulateur, dans la mesure où il laisse entendre que les vidéos auraient été présentées par leurs diffuseurs comme des preuves d’une démolition contrôlée ; or, il n’en est rien – même si l’espoir existe sans doute chez eux de finir par tomber sur une preuve. Ensuite, le titre a été modifié. Initialement, il était plus univoque et accrocheur, et jouait sur le fantasme conspirationniste : "A-t-on fait exploser le World Trade Center ?" L’url initiale de l’article a été conservée dans Google et atteste de ce changement.




Que s’est-il passé pour que survienne cette modification ? L’intervention sur les ondes de Jean-Charles Brisard : un paragraphe relatant ses propos a d’ailleurs été rajouté dans l’article de RMC, en même temps que le titre a été changé. Et que nous dit Brisard ? Que les diffuseurs des vidéos sont des théoriciens du complot, ce qui induit que leurs vidéos sont peut-être des manipulations : « International Center for 9/11 Studies défend la théorie du complot. Elle est dirigée par James Gourney, un avocat, ingénieur chimiste qui a rédigé avec un Danois, Niels Harrit, un raisonnement pseudo scientifique sur les explosions qui se base sur des échantillons de poussière, collectés à New-York à partir de 2006. Comme quoi cette démarche n’a rien de scientifique ! »

Pour discréditer Harrit et son équipe, Brisard affirme que leur pseudo découverte – la présence de nano-thermite dans les poussières du World Trade Center – se base sur des échantillons récoltés à New York en 2006. Cette affirmation est totalement fausse, comme cela a été remarquablement démontré, source à l’appui, dans un article de William Castel sur AgoraVox en octobre 2009. Les échantillons ont été collectés les 11 et 12 septembre 2001 ; c’est la collecte des prélèvements – lorsque les scientifiques les ont sollicités et obtenus des détenteurs de poussières – qui a commencé en 2006. La même erreur avait déjà été commise par le journaliste du Point Hervé Gattegno face à Mathieu Kassovitz sur le plateau de L’Objet du Scandale.

Le reste de l’article, qui ne cite pas sa source, n’est qu’un resucée d’un article d’AgoraVox, toujours signé William Castel, paru quatre jours plus tôt, le 4 septembre, qui lui-même relaie, en mentionnant sa source, l’information publiée, le 3 septembre, par Hicham Hamza sur le site Oumma. On frôle même souvent le plagiat, notamment dans la présentation des différentes vidéos. Quelques comparaisons :


AgoraVox : "on y voit un homme agrippé sur la façade d’une des Tours Jumelles, au rebord d’une fenêtre, juste sous la zone d’impact. Le malheureux agite désespérément sa veste. A la 59e seconde, un étrange phénomène se produit : de la fumée noire est expulsée, emportant un objet, peut-être un corps."

RMC : "Agrippé sur la façade d’une des Tours Jumelles, au rebord d’une fenêtre, juste sous la zone d’impact, un homme agite sa veste. A la 59e seconde, un peu plus bas à gauche, de la fumée noire est expulsée de l’immeuble, emportant un objet, peut-être un corps…"

AgoraVox : "Cette vidéo, d’excellente qualité, montre la chute de la Tour Sud. D’aucuns y perçoivent un bruit d’explosion à la 20e seconde, en vérité difficilement isolable du bruit de l’effondrement, qui suit immédiatement."

RMC : "Cette vidéo montre la chute de la Tour Sud. A la 20e seconde, on entend comme un bruit d’explosion. Mais il est en fait difficile à différencier du bruit de l’effondrement, qui suit immédiatement."

AgoraVox : "En montant fort le son, à la 11e seconde, on entend un bruit sourd, peut-être une explosion. Ce bruit précède immédiatement la chute de l’appartement-terrasse qui précède l’effondrement complet de l’immeuble."

RMC : "Montez le son de cette vidéo et à la 11e seconde vous entendrez un bruit sourd – peut-être une explosion –, juste avant la chute de l’appartement-terrasse qui précède l’effondrement complet de l’immeuble, le bâtiment n°7 du WTC."

AgoraVox : "Retour au WTC7, après qu’au moins une des deux Twin Towers se soit écroulée. On y voit un homme, Michael Hess, appeler au secours, alors qu’il se situe au 8e étage de l’immeuble. Hess racontera son aventure à la télévision un peu plus tard dans la journée. On entend, entre 1min27 et 1min36, comme le bruit d’un avion de chasse."

RMC : "Prisonnier au 8e étage du bâtiment WTC 7, en feu, un homme, Michael Hess, appelle au secours, après qu’au moins une des deux Twin Towers s’est écroulée. Plus tard dans la journée, il racontera son aventure à la télévision. Entre 1 minute 27 et 1 minute 36, on entend comme le bruit d’un avion de chasse."


Cette entrée en matière pour montrer, d’une part, que les grands médias incarnés ici par RMC, sont à la rue sur ce dossier, suivent, voire copient les médias alternatifs, incarnés ici par AgoraVox, et, d’autre part, qu’en convoquant des experts soi-disant raisonnables, ils ne peuvent s’empêcher de désinformer. L’erreur que commet Brisard, il est important de le préciser, prend moins de deux minutes à être mise en évidence : il suffit d’accéder à la source (à l’heure de Google, ça prend moins de 30 secondes), de repérer le passage invoqué, placé en l’occurrence en tout début de document, et de lire quelques phrases d’un anglais simple, sans ambiguïté. Une erreur impardonnable, qui pourrait presque laisser songer à une tromperie délibérée.

L’information sur le 11-Septembre n’a jamais vraiment eu lieu dans nos grands médias hexagonaux. L’histoire de cet événement majeur reste parsemée de micro-événements oubliés, et d’informations détonantes jamais vraiment creusées. Depuis mon article, il y a trois ans, sur la supposée implication du directeur de l’ISI dans le financement des attentats, combien d’articles de la grande presse pour nous aider à y voir plus clair ? Aucun. Pareillement, silence radio sur le rapport du Congrès américain en 2003 qui, dans ses pages censurées, prétendait apporter les preuves de l’implication saoudienne. Rien sur l’opération Able Danger (dont le principal protagoniste est aujourd’hui à la Une de l’actualité pour ses Mémoires que le Pentagone veut censurer – cf. Le Point), rien non plus sur les mensonges de l’administration Bush, pourtant révélés par la presse américaine, lorsqu’elle prétendait n’avoir reçu aucun avertissement et avoir même été incapable d’imaginer un tel scénario (en réalité imaginé dans un rapport de Brian Michael Jenkins dès 1993). Aucune information sur les exercices de simulation de guerre concomitants aux attentats, et si proches parfois dans leur déroulement théorique. Aucune enquête sur les possibles délits d’initiés (si ce n’est celle promise par Hicham Hamza sur la Télé Libre). Aucun éclaircissement sur ces supposés agents du Mossad arrêtés par la police new-yorkaise suite à leur comportement suspect face aux Tours effondrées. Et rien sur tant d’autres choses, qu’il serait trop long ici d’énumérer (quelques repères ici).

Une poignée d’amateurs curieux ont tenté de faire ce que les médias n’avaient pas fait. Beaucoup, devant le vide informationnel, les dissimulations des autorités et certains indices, ont imaginé un complot américain dans lequel les coupables présumés – les terroristes d’Al Qaïda – n’auraient joué qu’un rôle secondaire, jouets de la grande manipulation. Face à eux se sont dressés des debunkers, irrités par leurs raisonnements, qui se sont efforcés d’en montrer les faiblesses. A de rares exceptions près, l’affrontement de ces deux camps fut stérile et vain. Dans les deux camps, souvent le même défaut : l’oubli sélectif – et la mémoire sélective. C’est l’inévitable défense dont chacun use une fois qu’il s’est forgé un système à peu près cohérent, une vision des choses : tout ce qui n’y rentre pas est évacué, oublié, nié. Heureux donc ceux qui vivent hors des systèmes, avec une pensée suffisamment souple pour rester sensible aux faits, qu’ils nous confortent ou nous contrarient. Je vais ici présenter deux informations, largement oubliées, l’une qui sans doute irritera les debunkers, l’autre qui gênera les truthers. Deux gros cailloux dans la chaussure. Dont on aura une envie irrépressible de se débarrasser.

De mystérieuses camionnettes… remplies d’explosif ?

Retour à New York, le 11 septembre 2001. Dans la mémoire collective, deux avions de ligne rentrent dans les Twin Towers, qui bientôt s’effondrent. Certains se souviennent aussi de la troisième tour, qui s’écroulera en fin d’après-midi. Mais qui se souvient, ou même, qui a jamais eu connaissance de ces mystérieuses camionnettes blanches dont la police et les pompiers ont rapporté la présence en différents points de Manhattan, et qui étaient pour certaines, a-t-on dit, remplies d’explosif ? Sans doute bien peu de monde. Et pourtant…

Le 11 septembre 2001, après que les attentats ont eu lieu, la bande-son d’un canal d’urgence des policiers fait référence à la découverte d’une camionnette remplie d’explosif entre la 6e et la 7e avenue sur King Street, à environ 2,5 km du World Trade Center.






La camionnette attire l’attention car on y découvre, peint sur un de ses côtés, un avion téléguidé ("the remote-control plane") plongeant sur New York. Voici la description originale du policier : "it’s a big truck with a mural painted of a of a airplane diving into New York City and exploding [inaudible] know what’s in the truck, the truck is in between 6th and 7th on King Street" (transcription complète ici). Deux individus sont dans la camionnette, il est dit qu’ils tentent de s’enfuir ("Two men got outta the truck ran away from it"), avant d’être arrêtés. La camionnette, d’après ce qui est dit, aurait explosé ("we got both suspects under kay, we have the suspects who drive…drove in the van and that exploded"). La bande-son est audible dans la vidéo qui suit, à partir de 1 min 40, et le passage intéressant commence à 3 min 50.




L’étrangeté du récit pourrait faire douter de son authenticité. Mais une seconde source, écrite celle-ci, vient le confirmer. En février 2006 paraît le rapport “Saving City Lifelines : Lessons Learned in the 9-11 Terrorist Attacks”, produit par le Mineta International Institute (MTI) – du nom de l’ancien secrétaire au Transport de Bush, Norman Mineta, dont le témoignage devant la Commission d’enquête est resté célèbre chez les truthers.

A la page 20 du rapport, on peut lire : "There were continuing moments of alarm. A panel truck with a painting of a plane flying into the World Trade Center was stopped near the temporary command post. It proved to be rented to a group of ethnic Middle Eastern people who did not speak English. Fearing that it might be a truck bomb, the NYPD immediately evacuated the area, called out the bomb squad, and detained the occupants until a thorough search was made. The vehicle was found to be an innocent delivery truck.”






Nous avons ici la confirmation de l’existence d’une camionnette ornée d’une bien étrange peinture, représentant un avion venant percuter le World Trade Center. Elle aurait été louée par un groupe d’individus originaires du Moyen-Orient, qui ne parlaient pas anglais. Mais, contrairement au témoignage recueilli en direct, on nous dit ici que la camionnette n’aurait pas explosé ; les policiers auraient simplement eu la crainte que des bombes aient été présentes à l’intérieur. Fausse alerte. On ne nous dit pas non plus que les occupants du véhicule auraient essayé de fuir.

Une deuxième bande-son des transmissions radio de la police fait part d’une autre camionnette, avec d’éventuels terroristes à l’intérieur et des explosifs ; dans la transcription (p. 28), on peut lire : "from the Holland Tunnel exit, a tan Ford alpha van (…) Information has it this van was seen with possible terrorists in it, with explosives. That’s from the Holland Tunnel desk…" La sortie du tunnel Holland se situe non loin de King Street, où a été repérée la première camionnette.





Une autre transcription diffusée par NBC News (le lien original est mort) mentionne une camionnette blanche suspecte, filant vers le tunnel Holland, occupée par deux ou trois hommes, vêtus ostensiblement comme des Arabes ; il s’agit d’un appel anonyme adressé à la police : "we have a white van, 2 or 3 guys in there, they look like Palestinians and going around a building. (…) There’s a minivan heading toward the Holland tunnel, I see the guy by Newark Airport mixing some junk and he has those sheikh uniform. (…) He’s dressed like an Arab."

D’autres rapports font mention d’une camionnette blanche remplie d’explosifs interceptée à l’approche du pont George Washington ; voici ce qu’on pouvait lire dans le Jerusalem Post le 12 septembre : "American security services overnight stopped a car bomb on the George Washington Bridge. The van, packed with explosives, was stopped on an approach ramp to the bridge. Authorities suspect the terrorists intended to blow up the main crossing between New Jersey and New York, Army Radio reported."




D’autres sources rapportent cette histoire, selon laquelle trois individus auraient été arrêtés à proximité du George Washington Bridge, avec une camionnette remplie de "tonnes d’explosif". Dan Rather sur CBS fait sensation en annonçant la nouvelle.





CNN relaie aussi l’information. Mais, rapidement, elle est démentie par le commissaire de police Bernard Kerik : selon lui, trois hommes ont bien été arrêtés à bord d’une camionnette, sans que l’on sache pourquoi, mais nulle trace d’explosif (vidéos ici). Ce ne serait là qu’une rumeur. CBS, tout en précisant que ses sources étaient "fiables", corrigera son annonce. "On CBS Tuesday night there was a report — originated by its New York station, WCBS — that a van filled with explosives had been found on the George Washington Bridge. Though men in a van were detained, the vehicle did not contain explosives. Still, CBS said the report was based on trusted sources and the station corrected it when it learned that the report was in dispute", lit-on dans le New York Times.

Les deux ou trois suspects présents au Holland Tunnel peuvent-ils être les mêmes que ceux arrêtés au George Washington Bridge ? Plus de 20 km séparent les deux lieux.




Des policiers sur le terrain ont, par ailleurs, soupçonné que l’une des explosions au World Trade Center avait été provoquée par une camionnette bourrée d’explosifs qui aurait été introduite dans un parking de la tour. C’est ce qu’indiquent les journalistes Rick Sanchez sur MSNBC (vidéo) et Jack Kelly sur CBS9 (vidéo). Mais ce n’était là qu’une piste, dont on n’entendra plus parler.

Récapitulons : nous sommes en présence de différents rapports mentionnant l’existence de camionnettes suspectes. La première, sur King Street, est ornée d’une peinture d’avion plongeant sur New York, elle aurait peut-être explosé, mais peut-être pas. Ses deux occupants, originaires du Moyen-Orient, auraient peut-être tenté de fuir, avant d’être maîtrisés par la police. La deuxième, aux abords du tunnel Holland, est soupçonnée de contenir des explosifs. Ses deux occupants seraient vêtus comme des Arabes, ils ressembleraient, selon un appel anonyme, à des Palestiniens. La troisième camionnette est aperçue près du pont George Washington. Elle contient, d’après un premier rapport, des tonnes d’explosifs, mais un second rapport dément l’information. Ses trois occupants sont arrêtés.





Certains truthers ont mis ces informations en rapport avec une autre, celle concernant les "Israéliens dansants". En effet, dans la matinée du 11-Septembre, cinq jeunes hommes, âgés de 22 à 27 ans, ont été arrêtés par la police new-yorkaise, après qu’un témoin ait signalé leur comportement jugé choquant ; sur le parking de son immeuble, à Liberty State Park, trois hommes étaient grimpés sur le toit de leur camionnette blanche pour photographier ou filmer le World Trade Center en flammes, avec l’air de se réjouir de la situation. Les hommes, qui, selon le témoin, semblaient venir du Moyen-Orient, auraient même sauté de joie après le premier impact ("Three individuals with van were seen celebrating after initial impact and subsequent explosion"). A son arrivée, la police a découvert dans la camionnette une boîte de cutters, des cartes de New York avec certains lieux surlignés, et le chien renifleur de bombes a réagi, même si aucun explosif n’a été trouvé (sources : Bergen, ABC News). La réaction immédiate d’un des jeunes hommes n’a pas manqué de surprendre la police : "We are Israeli. We are not your problem. Your problems are our problems. The Palestinians are the problem", lança Sivan Kurzberg.

La camionnette blanche s’est avérée appartenir à la société Urban Moving, pour laquelle les cinq jeunes hommes travaillaient. Le FBI réussira à interroger son propriétaire, Dominick Suter ; mais alors que le Bureau voulait le réinterroger quelques jours plus tard, il avait fui en Israël, abandonnant à la hâte son entreprise : "The FBI also questioned Urban Moving’s owner. (…) But when FBI agents tried to interview him again a few days later, he was gone. Three months later 2020’s cameras photographed the inside of Urban Moving, and it looked as if the business had been shut down in a big hurry. Cell phones were lying around ; office phones were still connected ; and the property of dozens of clients remained in the warehouse. The owner had also cleared out of his New Jersey home, put it up for sale and returned with his family to Israel."

Les suspects seront retenus en détention durant 71 jours, avant d’être relâchés. Selon le magazine juif new-yorkais Forward, le FBI conclut qu’au moins deux d’entre eux étaient des agents du Mossad. Des allégations évidemment démenties. De retour en Israël, lors d’un show télévisé, l’un des jeunes hommes déclara : "The fact of the matter is we are coming from a country that experiences terror daily. Our purpose was to document the event." Leur but était de "documenter l’événement" ; est-ce à dire qu’ils étaient au courant des attaques à venir ? Selon leur propre version des faits, rapportée par ABC, il n’en est rien ; ils auraient appris sur Internet que des attentats avaient eu lieu au World Trade Center, et c’est alors qu’ils auraient décidé de sortir pour les voir de leurs propres yeux : "As to what they were doing on the van, they say they read about the attack on the Internet, couldn’t see it from their offices and went to the parking lot for a better view." D’autres sources prétendent pourtant qu’ils étaient positionnés avant le premier crash, comme Fox News, qui cite le New York Times : "The New York Times reported Thursday that a group of five men had set up video cameras aimed at the Twin Towers prior to the attack on Tuesday, and were seen congratulating one another afterwards." Interrogé sur ce sujet, l’ancien agent de la CIA Robert Baer affirmera que les jeunes Israéliens étaient positionnés sur les lieux avant le premier crash (vidéo à 5 min 40).

Nulle conclusion ne peut être tirée de ces informations. Seulement le constat d’une grande confusion. Des explosifs étaient-ils réellement présents dans ces camionnettes qui ont inquiété la police ? Etait-ce à chaque fois de fausses alertes ? Pourquoi les chiens ont-ils réagi comme si des explosifs étaient présents dans le véhicule des "Israéliens dansants", alors qu’il ne contenait rien ? A qui appartenait la camionnette de King Street avec sa curieuse peinture d’un avion percutant le World Trade Center ? Autant de détails qu’on a préféré oublier. Comme bien d’autres. Et qui feront le bonheur des truthers dans leur quête d’indices précieux. Mais il est d’autres détails oubliés qui ne font pas leur affaire, si tant est que leur but soit de minimiser le rôle d’Al Qaïda.

L’homme qui a reçu les aveux de KSM… avant torture

Beaucoup de truthers ont fort justement rappelé qu’Oussama Ben Laden avait plusieurs fois démenti avoir participé aux attentats du 11-Septembre, avant que des aveux sujets à caution ne paraissent. Eric Laurent a médiatisé ce point. Les aveux de Ben Laden douteux, c’est bientôt la culpabilité même d’Al Qaïda qui paraît remise en question. Pourtant Al Qaïda ne se résume pas à Ben Laden. Ayman Al Zawahiri, son numéro 2, a bondi, en avril 2008, lorsque Mahmoud Ahmadinejad a soutenu qu’Israël était derrière les attentats, l’accusant de mensonge. Il a alors tenu à réaffirmer qu’Al Qaïda avait bien conduit l’attaque de 2001 contre les Etats-Unis.




Khalid Sheikh Mohammed (KSM), ancien numéro 3 de l’organisation et "cerveau" présumé de l’attaque, a certes avoué sous la torture de la CIA. Ce qui a fait douter à juste titre de la valeur de ses aveux.

Mais il avait déjà revendiqué la paternité de l’opération avant sa capture (en mars 2003), en compagnie d’un autre cadre d’Al Qaïda, présenté un moment comme le possible successeur de Ben Laden, Ramzi bin al-Shaibah. C’était en avril 2002, dans le cadre d’une interview que les cadres d’Al Qaïda avaient eux-mêmes sollicitée à un journaliste d’Al-Jazeera : Yosri Fouda. Le journaliste égyptien a rendu compte de sa rencontre avec eux dans le Guardian le 9 septembre 2002. Un livre en rendra compte encore plus en détails : Masterminds of Terror : The Truth Behind the Most Devastating Terrorist Attack the World Has Ever Seen.

Yosri Fouda a raconté son aventure à Amy Goodman, sur Democracy Now !, le 13 octobre 2005 (transcription de l’interview ici).













Fouda dit avoir passé 48 heures avec KSM et bin al-Shaibah à Karachi, le premier se présentant comme "le chef du comité militaire d’Al Qaïda", le second comme "le coordinateur de l’opération Mardi Sacré". Les deux terroristes lui auraient d’abord adressé une critique du fonctionnement d’Al-Jazeera, qui donnerait trop la parole aux Israéliens, et pas assez aux Arabes engagés dans le jihad. Après quoi, ils rentrèrent dans les détails de la préparation de l’opération du 11-Septembre.

La décision de frapper l’Amérique sur son sol aurait été prise en 1998. Les premières cibles envisagées étaient nucléaires. Mais craignant de perdre le contrôle de la situation, les leaders d’Al Qaïda ont décidé d’abandonner ce projet. Après avoir envisagé de très nombreuses cibles différentes, ils se fixèrent sur les cibles définitives. Puis vint la phase du recrutement. Nawaf Alhazmi et Khalid Almihdhar étaient les deux fers de lance de l’opération. Ce n’est que plus tard que Mohammed Atta, alors inconnu de KSM, sera nommé chef de l’opération. Nawaf Alhazmi fut rétrogradé à un poste de chef adjoint. Le noyau dur de l’équipe, composé des quatre pilotes, plus Alhazmi et Almihdar, était appelé "Majlis Shura". Etc.

Il est bien des exemples de journalistes menteurs, "serial bidonneurs" ou "bidonneurs compulsifs" (Jack Kelley, Jason Blair, Alexis Debat), mais rien ne permet de suspecter Yosri Fouda d’en être un. Ses informations sont donc supposées être justes. Et si une hypothétique revendication de Ben Laden eut été prise au sérieux (sinon à quoi bon s’échiner à en montrer les failles ?), les revendications de ses lieutenants, Al Zawahiri, KSM et bin al-Shaibah, ne doivent-elles pas être prises au sérieux ? C’est là un "caillou dans la chaussure" des truthers les plus radicaux.

Le témoin qui fuit…

Hier, Bakchich a eu envie d’instiller un soupçon de doute à ses lecteurs, en allant chercher dans un documentaire diffusé le 14 mars 2010 sur France 5 quelques passages déroutants. C’est ainsi que Dan Coleman, un agent du FBI, nous raconte les circonstances dans lesquelles la police a découvert le passeport intact de Satam Al-Suqami, l’un des pirates de l’air, au pied du World Trade Center.

« Quelqu’un avait tendu le passeport [à l’inspecteur de police du quartier], et quand il a relevé la tête, le type s’était enfui », relate l’agent Coleman. « Dans n’importe quelle investigation, on aurait cherché à en savoir plus sur la personne qui aurait trouvée le passeport », s’étonne le réalisateur David Carr-Brown. « Toute l’enquête se base ensuite sur ce passeport donné par on ne sait qui », fait-il remarquer à Bakchich, « c’est totalement fortuit ! »









L’heure d’une réelle enquête n’est certes pas encore venue dans nos médias, même si l’on commence à en ressentir la nécessité, comme Le Monde aujourd’hui, dans un article… étonnant :

"Neuf ans après donc, les questions demeurent et les Etats-Unis sont loin d’en avoir fini avec le 11-Septembre. (…) Des questions sans réponse. Rapidement après les attentats, des doutes sur la version officielle des faits ont été émis, en premier lieu par les familles des victimes. (…) Si, ponctuellement, les autorités ont contredit certaines théories du complot en publiant des nouveaux documents ou des nouvelles vidéos, il n’y a jamais eu d’explication globale et officielle répondant une bonne fois pour toutes à toutes les questions posées (versions contradictoires sur la nature de l’avion, images montrant des explosions suspectes…). Les doutes n’en sont que plus nourris, d’autant que les autorités n’ont jamais accepté d’ouvrir une enquête indépendante, comme le réclament les familles des victimes."

Combien d’années faudra-t-il encore attendre pour que ce constat débouche sur de l’investigation ?


Taïké Eilée