samedi, 3 juillet 2010

De nouvelles informations sur l’étrange décès du Dr David Kelly

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Selon l’ histoire officielle, le Dr David Kelly se serait lui même ôté la vie dans un bois d’Oxfordshire. Après avoir absorbé une surdose d’analgésiques, il se serait entaillé le poignet gauche à l’aide d’une serpette.

Il aurait été désespéré d’avoir été démasqué, selon la BBC, pour avoir été à l’origine du "maquillage" de la guerre en Irak par le gouvernement. Une enquête officielle ultérieure, menée par Lord Hutton, sur les circonstances menant à la mort, a conclu sans équivoque que Kelly s’est suicidé. Pourtant, les soupçons d’un acte criminel pèsent encore lourdement sur la mort de l’expert en armement dont on a retrouvé le corps – cela fera sept ans le mois prochain; il s’agit d’un événement des plus notoires durant le mandat de Tony Blair.

Nombreux sont ceux qui pensent que la vérité sur les circonstances du décès du Dr Kelly n’a jamais été correctement établie. Certains craignent même que l’expert mondial en armes biologiques et chimiques, âgé de 59 ans, ait été assassiné.

Bien sûr, il serait facile d’ignorer ces sceptiques considérés comme des théoriciens de la conspiration en plein délire – mais, de fait, on compte parmi eux d’éminents médecins et députés. Le sceau du secret sous lequel le dernier gouvernement travailliste a placé cette affaire n’a servi qu’à entretenir le mystère.

En Janvier de cette année, des dossiers médicaux et scientifiques relatifs à la mort du Dr Kelly -non publiés – dont le rapport post-mortem et les photographies du corps – ont été secrètement classés afin qu’ils ne soient rendus publiques que dans 70 ans.

Il revient à Lord Hutton, nommé par M. Blair, la responsabilité d’avoir imposé cette extraordinaire loi du silence, mais son fondement légal a déconcerté les experts pourtant accoutumés à de telles affaires.

Dans un contexte aussi obscur, nous avons mené une enquête rigoureuse et approfondie sur le mystère qui entoure la mort de David Kelly. Celle-ci a abouti à des preuves qui soulèvent des questions plus inquiétantes encore.

Nos nouvelles révélations portent sur la formulation ambiguëe du certificat de décès du Dr Kelly, sur l’existence d’une lettre anonyme avertissant ses collègues de se tenir à l’écart de ses funérailles, et sur une affirmation extraordinaire disant que le papier peint chez le Dr Kelly a été arraché par la police dans les heures suivant le signalement de sa disparition – mais avant que son corps n’ait été trouvé.

Jusqu’à présent, les détails du certificat de décès du Dr Kelly n’ont jamais été rendus publiques. Mais un groupe de médecins renommés a obtenu le certificat; ils ont passé près de sept ans à enquêter sur l’affaire. Des médecins qui pensent que d’un point de vue médical, il est improbable qu’il soit mort de la manière dont Hutton le conclut, et qui sont préoccupés par la façon peu orthodoxe dont le certificat de décès a été rempli.

Sur les certificats de décès britanniques figure en haut de page une case «Date et lieu du décès», dans laquelle un médecin ou un coroner est censé déclarer le lieu exact de la mort, si celui ci est connu. Le certificat du Dr Kelly établit la date de son décès au 18 juillet 2003. Puis est indiqué en référence le lieu du décès : "Trouvé mort à Harrowdown Hill, Longworth, Oxon."

Pourquoi le mot "trouvé" est-il employé ? Pourquoi n’y a t-il pas eu de réponse à la question cruciale sur le "lieu de la mort" ? Le certificat de décès doit être précis quant à l’heure, la cause et le lieu du décès.

Les médecins qui ont enquêté sur l’affaire pensent que cette question restée sans réponse laisse ouverte la possibilité que le Dr Kelly soit mort quelque part ailleurs qu’à Harrowdown Hill, dans le bois où son corps a été découvert. Si tel était le cas, ils se demandent si la loi n’a pas été corrompue au sujet de la mort du Dr Kelly.

De telles irrégularités viendraient inévitablement s’ajouter à la pression pour rouvrir le dossier. En effet, plus tôt ce mois-ci, il a été révélé que le Secrétaire à la Justice Ken Clarke et le Procureur général Dominic Grieve, qui ont le pouvoir de faire lever l’ordre de Hutton sur le secret pour une durée de 70 ans, et de demander au coroner une enquête sur la mort du Dr Kelly, sont sur le point de rouvrir l’affaire.

À ce jour, le lieu où le Dr Kelly est décédé reste un mystère - Il est pourtant d’une nécessité préalable, des plus fondamentales, d’enquêter sur tout décès violent ou inattendu.

La question du lieu n’a pas non plus été soulevée lors de l’enquête Hutton. Etonnamment, l’inspecteur en chef (désormais surintendant) Alan Young, de la police de Thames Valley, qui a dirigé l’enquête sur la mort du Dr Kelly, n’a même pas donné de preuves à l’enquête Hutton.

Il est apparu de manière significative, via une demande d’accès à l’information en 2008, que l’hélicoptère de la police équipé d’un détecteur infrarouge, parti à la recherche du Dr Kelly le soir de sa disparition, n’a pas détecté son corps. A 02h50 le 18 juillet 2003, l’hélicoptère a survolé l’endroit exact où le corps de M. Kelly a été retrouvé par une équipe de recherche moins de six heures plus tard, à 8h30. Pourtant, le pathologiste qui a pris la température du corps du Dr Kelly à 19:00 le jour où il fut retrouvé, a déterminé que le Dr Kelly pouvait encore être en vie à 01h15 le 18 Juillet- seulement 95 minutes avant que l’hélicoptère ne survole la zone boisée.

Si tel était le cas, le corps aurait été assez chaud pour être repéré par le détecteur de chaleur de l’hélicoptère. Pourquoi l’hélicoptère ne l’a t-il pas embarqué ? Était-ce parce que le Dr Kelly n’est pas mort à l’endroit où son corps a été retrouvé ? Une enquête complète du coroner, qui, de par la loi, doit débuter à la suite de toute mort soudaine et inattendue ou violente, aurait permis d’aborder ces contradictions. Mais aucune enquête aboutie n’a jamais eu lieu.

Nicholas Gardiner, le coroner d’Oxfordshire, a ouvert une enquête le 21 Juillet. Mais le 13 août, le lord chancellor, Lord Falconer, ancien colocataire de Tony Blair, a ordonné un ajournement pour une durée indéterminée.

Falconer s’est servi d’une loi obscure pour suspendre la procédure; pour la première fois dans l’histoire judiciaire anglaise, il a remplacé l’enquête par une enquête publique non-statutaire pour l’étude d’un seul décès, sans donner apparemment de plus amples explications publiques.

Lorsque nous avons retrouvé la trace de M. Gardiner, il a refusé de dire s’il était "satisfait ou non" de cette décision, mais il a admis : "Les enquêtes publiques de ce genre sont de très rare spécimens. Je pense que ce doit être la troisième."

En fait, il s’agissait de la quatrième. Le recours à une enquête publique plutôt qu’ à une enquête du coroner – en vertu de l’article 17 bis de la Loi sur les coroners – afin d’examiner un décès n’a été exercé que dans trois autres affaires. Dans chaque cas, plusieurs décès avaient eu lieu.

Il s’agit d’incidents se référant à 31 personnes tuées dans l’accident ferroviaire de Ladbroke Grove en 2000; à 311 décès liés à Dr Harold Shipman, et à 36 décès associés au chalutier Hull Gaule qui a coulé en mer de Barents en 1974 et dont l’affaire a été rouverte en 2004.

On a fait croire au public que la mort du Dr Kelly serait plus rigoureusement examinée par l’enquête Hutton que par celle d’un coroner.

Désormais, il est clair que le contraire aurait été vrai – car Hutton ne disposait pas des pouvoirs d’un coroner. Il ne pouvait pas entendre de témoignages sous serment, il ne pouvait pas assigner des témoins, il ne pouvait pas nommer de jury, et il ne pouvait pas faire le contre-interrogatoire des témoins.

Étonnamment, le 18 août, moins de trois semaines après le début de l’enquête Hutton, qui débuta le 1er août, le certificat de décès du Dr Kelly fut étrangement rempli; la cause de son décès enregistrait officiellement une hémorragie. Autrement dit, cinq semaines avant la fin de l’enquête Hutton, le 24 Septembre 2003, tandis que le juge recevait des preuves de témoins sur la mort du Dr Kelly, le procès-verbal de la cause du décès fut rédigé et l’affaire fut effectivement classée.

De façon trompeuse, selon le certificat de décès, une enquête a eu lieu le 14 août – même si nous savons maintenant qu’il n’y a eu aucune réelle enquête. Extraordinairement, si celui-ci porte la signature du registraire, il n’est signée par aucun médecin ou coroner comme ce devrait être le cas pour chaque certificat de décès.

Le Dr Michael Powers QC, ancien coroner et un expert en droit du coroner qui s’emploie à assurer une enquête complète et correcte, a déclaré: "Ce certificat de décès est la preuve de la défaillance d’un examen correcte sur la cause du décès du Dr Kelly. Il est la preuve d’un pré-jugement de la question."

Dans l’enquête d’un coroner, la cause de la mort ne serait pas inscrite avant la fin de l’enquête. Comme on le voit ici, la cause du décès a été enregistrée avant la fin de l’enquête Hutton. "C’est extraordinaire. A mon avis, c’est la preuve que l’enquête sur la mort du Dr Kelly n’a été qu’une façade, car la conclusion a été déterminée au préalable."

Depuis Janvier 2004, un groupe de médecins a travaillé sans relâche pour une nouvelle enquête sur la mort de David Kelly, ce à cause des lacunes flagrantes de l’enquête Hutton. Il s’agit du radiologue Stephen Frost, du traumatologiste David Halpin, du chirurgien vasculaire Martin Birnstingl, de l’épidémiologiste Andrew Rouse et du spécialiste en médecine interne Christopher Burns-Cox.

Leurs enquêtes ont soulevé de nombreux doutes sur l’hypothèse, largement répandue, que le Dr Kelly s’est suicidé.

Une lettre qu’ils ont écrite pour la presse en Janvier 2004 a posé pour la première fois dans les principaux médias la possibilité que la mort du Dr Kelly n’est pas un suicide.

Ils ont passé près d’un an, en 2009, à effectuer des recherches et rédiger un rapport médical qui conteste l’affirmation selon laquelle le Dr Hutton Kelly est mort d’une hémorragie après rupture de l’artère ulnaire au poignet gauche.

Les médecins ont fait valoir que les blessures au poignet gauche du Dr Kelly n’auraient pu le faire saigner à mort.

En Janvier de cette année, ils ont découvert l’extraordinaire étouffement de l’affaire pour 70 ans par Lord Hutton. Depuis, ils ont demandé via leurs avocats Leigh Day & Co d’avoir accès aux dossiers classés; mais sous le dernier gouvernement travailliste, le ministère de la Justice – le ministère qui les détient – a nié à plusieurs reprises y avoir accès à l’approche de la dernière élection générale .

Aucune raison n’a été donnée. Pour consulter les dossiers, le député libéral démocrate Norman Baker, qui avait écrit en 2007 un livre suggérant que le Dr Kelly avait été assassiné, a utilisé le Freedom of Information Act en Janvier à la demande au ministère de la Justice. Sa demande aussi a été rejetée.

Utilisant l’article 41 de la Loi – connue pour être un "privilège absolu" – le ministère a indiqué qu’il n’était pas obligé de révéler l’information.

M. Baker, aujourd’hui ministre des Transports dans le gouvernement de coalition, a fait appel de cette décision. Mais avec le groupe de médecins, ils ne sont pas les seuls à avoir des soupçons sur la dissimulation de la mort du Dr Kelly.

Le mois dernier, l’un des médecins, David Halpin, a reçu une lettre anonyme rédigée avec soin de quelqu’un qui prétend avoir un lien de parenté avec un ancien collègue de David Kelly au ministère de la Défense.

Le correspondant a affirmé que les collègues de Kelly ont été "avertis" de ne pas assister à ses funérailles – vraisemblablement par des agents ministère de la Défense, bien que cela ne soit pas explicite.

De même, dans son livre récemment publié "La fin du Parti", le commentateur politique Andrew Rawnsley (qui a des liens étroits avec le haut commandement du parti travailliste) affirme que Geoff Hoon, qui était secrétaire à la Défense au moment de la mort de Kelly, a été si furieux d’être éliminé par Tony Blair en tant que leader de la Chambre des communes en mai 2006, qu’il a donné sa lettre de démission. Selon Rawnsley, il projetait de faire un discours sur l’affaire [David] Kelly; ce qui avait-il dit à des amis pourrait provoquer la chute immédiate du Premier ministre.

Il est frustrant de ne pas trouver plus de détails sur ce à quoi se référait Hoon dans le livre de Rawnsley- mais Hoon a rendu visite à la veuve du Dr Kelly peu après sa mort et n’a jamais démenti publiquement cette accusation explosive.

Tout aussi inexplicable est l’attitude du Dr Nicholas Hunt, le médecin légiste qui a assisté à la scène lorsque le corps de M. Kelly a été retrouvé sur Harrowdown Hill. En tant que pathologiste judiciaire, le devoir du Dr Hunt est d’aider à faire respecter la loi.

En Mars 2004, suite à la publication du rapport Hutton, le Dr Hunt a contacté la chaîne d’information Channel 4 pour dire qu’il pensait qu’une enquête complète devrait être menée par un coroner.

Pourtant, étonnement, il dit maintenant – bien qu’ayant contacté la chaîne de télévision – qu’il a gardé le silence (sur cette affaire), au nom de la famille (Kelly) pendant très longtemps.

Poursuivre l’affaire pour une enquête appropriée est la nouvelle revendication d’une femme fascinante qui a également travaillé en étroite collaboration avec les médecins et a contribué au livre de Norman Baker.

Rowena Thursby, ancienne responsable d’édition qui se passionne pour l’affaire, et qui a commencé à s’y pencher, nous a dit que la veuve du Dr Kelly, Janice, lui a confié que dans la nuit où le Dr Kelly a été porté disparu en Juillet 2003 – mais des heures avant que son corps n’ait été trouvé – la Police de Thames Valley leur ont demandé, à elle et à ses filles de sortir de leur maison et d’attendre dans le jardin. Il s’avéra ensuite que pendant que les Kelly étaient à l’extérieur, les agents ont arraché le papier peint du salon.

Pourquoi auraient-ils fait cela? Pourraient-ils avoir «nettoyé» des appareils d’écoute de sa propriété ? C’est sans doute une possibilité.

Bien que le gouvernement travailliste l’ait rejeté comme s’il s’agissait de "Walter Mitty" (NdT le héros de la nouvelle de James Thurber : un personnage timide, effrayé par son patron et couvé par sa mère, s’invente régulièrement des aventures incroyables, jusqu’au jour où il rencontre de véritables problèmes) et pour n’être rien de plus qu’un fonctionnaire de rang moyen au sein du ministère de la Défense, le Dr Kelly était sans doute l’expert le plus éminent au monde en armes biologiques et chimiques de destruction massive.

Nous avons constaté qu’il avait eu accès aux plus hauts niveaux des services de sécurité et avait été autorisé à voir des renseignement des plus hautement classifiés.

L’affirmation selon laquelle la police a enlevé le papier peint dans sa maison n’a jamais été confirmé ni infirmé par la Police de Thames Valley – ils refusent de faire des commentaires sur l’affaire Kelly.

Toutes ces nouvelles révélations viennent alourdir la liste des questions en suspens entourant la mort du Dr Kelly, comme le fait qu’il n’y avait aucune empreinte digitale relevée sur le couteau avec lequel il se serait suicidé – bien qu’il ne porta pas de gants.

Comme pour les détails extraordinaires de la recherche en hélicoptère, cette information vitale n’a été obtenue qu’à l’aide de la Freedom of Information Act près de cinq ans après que l’enquête Hutton soit terminée. Elle ne figure pas dans l’enquête.

Les médecins insistent sur le fait que les préoccupations concernant la mort du Dr Kelly vont s’intensifier jusqu’à ce qu’une enquête aboutie d’un coroner soit entendue.

Si cela est finalement acquis, beaucoup s’attendent à ce que Tony Blair et Lord Falconer soient appelés à expliquer sous serment pourquoi ils en sont arrivés à esquiver la loi de ce pays qui est normale, évidemment rigoureuse et respectée.

Jusque-là, leur réputation continuera à souffrir, tout comme la réputation du système juridique britannique.

La conclusion inévitable doit être une enquête aboutie, bien qu’inconfortable, du coroner, la seule façon de faire toute la vérité sur l’affaire Kelly.

Goslett Miles
Stephen Frost