Les gens devraient avoir honte de ne pas rechercher la vérité concernant le 11/9 ! Egger Ph.

mercredi, 2 juin 2010

Guantanamo : où en sommes-nous ?

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Plus d’un an et quatre mois après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama et ses déclarations sur la fermeture rapide de la prison de Guantanamo, la fin des tortures et le rétablissement d’un État de droit aux USA, il faut bien se rendre à l’évidence; au mieux Obama a promis sans connaître la difficulté de l’entreprise, au pire il y en a encore pour plusieurs années. La récente initiative de transférer certains détenus dans l’Illinois a fait long feu, suite au récent refus de la chambre des Représentants qui estime que ces détenus sont trop dangereux pour être amenés sur le sol américain. Pendant ce temps des hommes souffrent et sont privés de liberté sans aucun recours ni droit à la défense. Car la réalité c’est que Guantanamo existe toujours, et son existence viole non seulement le droit international mais aussi la règle de l’Habeas Corpus, fondatrice du droit anglo-saxon, et qui veut que toute personne arrêtée soit présentée devant un juge dans les trois jours.

Voici deux articles récents faisant le point de la situation, l’un émane d’une agence de presse américaine et établit un décompte – du faible nombre – des détenus supposés être liés à des organisations "anti-américaines". L’autre a été publié par Amnesty International en mai, et en appelle à tous les États pour qu’ils participent au projet de fermeture de cette aberration juridique en accueillant sur leur sol certains prisonniers.


Terrorisme d’Etat : seuls 10 des détenus de Guantanamo étaient impliqués dans des réseaux anti-américains

Environ 10% des 240 détenus présents sur la base de Guantanamo, à Cuba, au moment de l’entrée en fonction du président Obama étaient véritablement « des leaders, des agents secrets et des individus impliqués dans des complots contre les États-Unis » mais la majorité était de simples combattants auxquels auraient dû être appliqués les règles éthiques et humanitaires de la convention de Genève.

Ces informations sont issues d’un rapport gouvernemental gardé secret jusque-là.

Dans celui-ci, on apprend également qu’environ 5 pour cent des détenus ne pouvaient pas être catégorisés du tout, ce qui signifie qu’il a été impossible au rapporteur de déterminer pourquoi ils étaient là.

Le rapport final recommande donc que 126 des détenus soient renvoyés chez eux ou transférés dans un pays tiers. Seuls 36 détenus devraient être poursuivis devant la cour fédérale ou une commission militaire; et 48 peuvent être maintenus en détention « indéfiniment ».

Un groupe de 30 Yéménites pourraient être libérés si les conditions de sécurité dans leur pays d’origine s’améliorent.
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A titre d’illustration, nous vous invitons à regarder cet extrait du documentaire d’investigation de Marie-Monique Robin "Torture made in USA".
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DÉTENUS DE GUANTANAMO : CAMPAGNE POUR LA PROTECTION INTERNATIONALE

De nombreux détenus restent à Guantánamo parce qu’ils ne savent pas où aller. Ils s’exposent à des persécutions s’ils repartent dans leur pays d’origine et ne parviennent pas à trouver refuge ailleurs. Amnesty International demande aux États de contribuer à la fermeture définitive de Guantánamo en accueillant ces détenus et en leur donnant la possibilité d’une vie nouvelle.

Le 3 février 2010, le Conseil fédéral suisse a accepté de fournir un nouveau lieu de vie à deux frères ouïghours qui ont été maintenus en détention à Guantánamo sans inculpation ni jugement pendant près de huit ans.

Arkin et Bahtiyar Mahmud, qui viennent de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine, auraient couru le risque d’être torturés ou même exécutés s’ils avaient été renvoyés en Chine.

La Suisse a pris cette décision après des années d’action de la section suisse d’Amnesty International, qui s’est mobilisée dans le cadre du projet sur la protection internationale lancé par l’organisation de défense des droits humains. Participent à ce projet des militants d’Europe et d’ailleurs, qui demandent à leurs gouvernements d’accorder une protection aux détenus de Guantánamo quand ceux-ci risquent de subir des violations des droits humains en cas de renvoi dans leur pays d’origine.

Les autres pays ayant accueilli d’anciens détenus de Guantánamo incluent l’Albanie, la Belgique, la France, la Hongrie, l’Irlande, le Portugal et la Slovaquie. Dans de nombreux cas, ces décisions ont été prises après un fort travail de pression, des démarches auprès des médias et une action associative menés par Amnesty International et d’autres. Dix autres Ouïghours se sont récemment vu offrir une nouvelle résidence provisoire aux Bermudes et aux Palaos.

Malgré ces initiatives positives, il reste à Guantánamo plus de 40 hommes ayant toujours besoin d’une protection humanitaire. Ils sont originaires de Chine, de Libye, de Russie, de Syrie et de Tunisie. Si aucun pays ne se propose pour les aider, certains d’entre eux pourraient être renvoyés chez eux et y subir des sévices, ou passer des mois, voire des années supplémentaires en détention illimitée sous la responsabilité des autorités américaines.

Il s’agit d’hommes que les autorités américaines n’ont, à la connaissance d’Amnesty International, aucune intention d’inculper ni de juger. La seule raison pour laquelle ils sont maintenus en détention tient au manque de lieux sûrs pour les accueillir. Certains d’entre eux sont libérables. Dans les faits, ces hommes ont été abandonnés à Guantánamo.

En janvier 2010, Amnesty International, le Centre for Constitutional Rights, Reprieve et Moazzam Begg, ancien détenu de Guantánamo qui dirige désormais l’organisation Cageprisoners, ont entamé une tournée européenne afin de demander à d’autres États d’accepter des détenus de Guantánamo. La tournée est notamment passée par l’Allemagne, le Luxembourg et la Suède.

Certains États, surtout en Europe, ont demandé avec insistance la fermeture de Guantánamo mais n’ont pas fait le nécessaire pour transformer cet objectif en réalité. Pourtant, dans l’accord conjoint sur la fermeture du centre de détention conclu par les États-Unis et l’Union européenne en juin 2009, certains États membres de l’UE s’étaient dits prêts à contribuer à l’accueil d’anciens détenus, la sélection se faisant au cas par cas.

Consciente que l’adaptation d’anciens détenus de Guantánamo à la vie dans un pays inconnu peut s’avérer difficile, Amnesty International demande aussi aux gouvernements de proposer à ces hommes des mécanismes de soutien pour qu’ils s’habituent mieux à ces conditions nouvelles. Cela suppose notamment de mettre à leur disposition une assistance médicale, juridique, psychologique et sociale. Les sections d’Amnesty International contribuent à ces efforts en contactant les ONG concernées dans leur pays, afin qu’elles prodiguent des conseils d’experts et une aide pratique à ces hommes.

Lakhdar Boumediene, ressortissant algérien, vivait en Bosnie-Herzégovine avant d’y être arrêté. Il a été incarcéré à Guantánamo pendant près de huit ans sans inculpation ni jugement. En mai 2009, il lui a été proposé de vivre avec sa famille en France. Près d’un an plus tard, s’il lui est encore difficile de s’adapter à une situation qui succède à des années de détention, il se fait à sa nouvelle vie avec l’aide d’Amnesty International France. Il a déclaré à Amnesty International : « Ça a été très dur pour moi […] J’ai essayé de me construire une vie. Et maintenant j’ai l’impression d’être comme tout le monde. Je me sens humain. »

Si d’autres pays acceptent de fournir une protection humanitaire à ceux qui se trouvent encore à Guantánamo, d’autres hommes tels que Lakhdar Boumediene auront la possibilité de se reconstruire une vie stable en toute sécurité, et nous nous rapprocherons de la fermeture définitive de Guantánamo.


Amesty International