"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

lundi, 5 avril 2010

La Vérité est tombée en emportant la Liberté avec elle

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Il fut un temps où la plume était plus puissante que l’épée. En ce temps-là, les gens croyaient en la Vérité, et la considéraient comme un pouvoir indépendant, et non comme un auxiliaire du gouvernement, des classes [NdT : sociales], des races, des idéologies, des personnes ou des intérêts financiers.

Aujourd’hui, les Américains sont gouvernés par la propagande. Ils ont peu d’égard pour la Vérité, y ont peu accès, ou sont peu capables de la reconnaître.

La Vérité n’est pas la bienvenue. Elle est dérangeante, interdite. Celui qui en parle prend le risque d’être taxé d’ "anti-américan", "antisémite " ou de "théoricien du complot".

La Vérité est gênante pour les gouvernements et les groupes d’intérêts dont les contributions aux campagnes [électorales - NdT] contrôlent les gouvernements.

La Vérité est gênante pour les Procureurs intéressés par les sentences, pas par la recherche de l’innocence ou de la culpabilité.

La Vérité est gênante pour les idéologues.

La plupart de ceux dont le but était la recherche de la vérité sont dorénavant grassement payés pour la cacher. Les "Économistes libéraux" sont payés pour vendre les délocalisations au peuple américain. Les postes américains à haute productivité, ou à haute valeur ajoutée sont dénigrés, qualifiés de "sales", d’industriellement dépassés. Vestiges de notre passé, dont il est préférable de nous séparer. Ils sont remplacés par la "Nouvelle économie", une économie mythique constituée de métiers high-tech en cols blancs [NdT : Référence à la tenue des scientifiques dans le passé], depuis lesquels les Américains innoveraient et financeraient les activités délocalisées. Tout ce dont les Américains ont besoin pour intégrer cette "Nouvelle économie" , ce sont des diplômes en Finance délivrés par les universités de l’ "Ivy League", pour pouvoir ensuite aller à Wall Street occuper des postes à un million de dollars.

Certains économistes auparavant respectables ont accepté de l’argent pour contribuer à ce mythe de la "Nouvelle économie".

Et ce ne sont pas seulement des économistes qui vendent leur âme pour ce gain répugnant. Récemment, des docteurs en médecine ont publié, contre rétribution, des articles dans des journaux à comité de lecture à propos d’ "études" destinées à promouvoir tel ou tel médicament produit par des industries pharmaceutiques ; industries qui ont financé ces mêmes "études".

Le Conseil de l’Europe enquête actuellement sur le rôle des industries pharmaceutiques soupçonnées d’avoir fait la promotion d’une fausse pandémie grippale dans le but de gagner des milliards sur la vente de vaccins.

Les médias ont aidé l’armée US à promouvoir sa récente offensive à Marja en Afghanistan, décrivant Marja comme une ville de 80.000 habitants sous contrôle taliban. Marja n’est en fait qu’un groupement de villages de fermiers.

Et voici venir le scandale du réchauffement climatique, dans lequel les ONG, l’ONU, et les industries du nucléaire étaient de connivence pour concocter un scénario catastrophe pour tirer profit de la pollution.

Où que l’on regarde, la Vérité a succombé à l’argent.

Partout où l’argent est insuffisant pour enterrer la vérité, ce sont l’ignorance, la propagande, et [notre] mémoire courte qui finissent le travail.

Je me souviens qu’au milieu des années 70, après le témoignage du directeur de la CIA William Colby devant le Comité religieux , les Présidents Gerald Ford et Ronald Reagan avaient publié des décrets empêchant la CIA et les groupes US de mener des opérations clandestines pour assassiner des leaders étrangers. En 2010, Dennis Blair, directeur du Renseignement intérieur, a informé le Congrès que les USA assassinaient maintenant ses propres concitoyens, en plus des leaders étrangers.

Blair ne fut pas révoqué quand il déclara au Comité du Renseignement Américain que dorénavant pour assassiner un citoyen américain, il suffisait qu’on le soupçonne de constituer une menace et plus besoin d’arrestation, d’inculpation, de jugement, ni d’établir sa culpabilité pour crime capital. Il n’y a pas eu d’enquêtes. Pas de Comité religieux. Dans le milieu des années 1970, la CIA eut des ennuis suite à ses complots d’assassinat contre Castro. Aujourd’hui ce sont les citoyens américains qui sont sur la liste d’élimination. Aucune objection ne peut compter. Personne au gouvernement n’a été inquiété pour l’assassinat de citoyens américains par le gouvernement américain.

En tant qu’économiste, je suis sidéré de voir que les économistes américains n’ont pas conscience que l’économie américaine a été détruite dans la délocalisation du PIB américain vers les pays d’outre-mer. Les entreprises américaines, dans leur poursuite de gain maximal, de réduction des couts du travail et de "bonus de performances" maximum envers la direction, ont déplacé la production des biens et services américains vers la Chine, l’Inde, et ailleurs à l’étranger. Quand je lis que les économistes décrivent les délocalisations comme un libre échange basé sur la comparaison des avantages, je réalise qu’il n’y a aucune intelligence ou intégrité parmi les professionels de l’économie américaine.

Intelligence et intégrité ont été achetées par l’argent. Les entreprises américaines multinationales, ou mondiales payent des paquets de compensation de plusieurs millions de dollars aux grands managers, qui réalisent ces "prix de performances" en remplaçant le travail américain par le travail étranger. Alors que Washington s’inquiète de la "menace musulmane", Wall Street, et les entreprises américaines, détruisent à travers le "libre échange" l’économie américaine et l’avenir de dizaines de millions d’Américains.

Les Américains, en tout cas la plupart d’entre eux, se sont montrés malléables dans les mains d’un État policier.

Les Américains ont gobé la déclaration du gouvernement selon laquelle la sécurité requiert la suspension de libertés civiles et de la responsabilité du gouvernement. Étonnamment, les Américains, du moins une bonne partie d’entre eux, pensent que les libertés civiles, telles l’habeas corpus [NdT : L’habeas corpus [...] énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement – Source Wikipedia], ou des procédures régulières, protègent les "terroristes", et non eux-mêmes. Beaucoup croient de plus que la Constitution est un document vieux, dépassé, qui empêche les gouvernements d’exercer un pouvoir relevant de l’État policier nécessaire à la protection et à la liberté des Américains.

La plupart des Américains sont peu susceptibles d’entendre une personne qui n’irait pas dans ce sens.

J’ai été rédacteur en chef adjoint, et éditorialiste au Wall Street Journal. Je fus, pendant 15 ans chroniqueur extérieur principal à Business Week. Pendant une décennie, j’ai été chroniqueur pour Scripps Howard News Service, qui publie dans 300 journaux. J’ai été chroniqueur au Washington Times et dans des journaux français, italiens, et pour un magazine allemand. J’étais contributeur au New York Times, et chroniqueur régulier au Los Angeles Times. Aujourd’hui, je ne peux plus publier ou apparaître dans les "médias de masse" américains.
Ces six dernières années, j’ai été banni des "médias de masse." Ma dernière chronique au New York Times remonte à janvier 2004, en tant que coauteur avec le sénateur américain et démocrate Charles Schumer, représentant de New York. Nous y abordions la délocalisation des emplois américains. Cet article déclencha une conférence à l’Institut Brookings (Washington D.C.) couverte en direct par la chaine C-Span. Cela permit de lancer un débat . Une telle chose ne pourrait plus arriver aujourd’hui.

Pendant des années j’ai été un pilier du Washington Times, apportant de la crédibilité au journal [fondé par Sun Myung Moon] en tant que chroniqueur au Business Week, ancien éditeur du Wall Street Journal, et ancien secrétaire adjoint du Trésor américain. Mais à partir du moment où j’ai commencé à critiquer les guerres d’agression de Bush, ordre fut donné à Mary Lou Forbes de faire stopper mes chroniques.

Les médias privés américains ne servent pas la vérité. Ils servent le gouvernement et les intérêts de certains groupes qui contrôlent nos gouvernements.

Le destin de l’Amérique fut scellé à partir du moment où le peuple et les mouvements pacifistes ont accepté la théorie de la conspiration du gouvernement [NdT : 19 pirates de l'air qui prennent le contrôle d'avions et les font s'écraser sur le WTC, le Pentagone, et en Pennsylvanie]. Cette théorie fournie par le gouvernement est contredite par de nombreuses preuves. Pourtant, cet événement majeur, qui a lancé les USA dans d’interminables guerres d’agression et dans l’émergence d’un État policier, est un sujet d’investigation tabou dans les médias. Il est inutile de se plaindre de la guerre et de l’État policier lorsque l’on accepte les prémices sur lesquelles ils sont basés.

Ces guerres à coup de billions de dollars [NdT : Mille milliards] ont créé des problèmes de financement du déficit [du pays] et ont menacé le rôle de fonds de réserve mondial du dollar américain. Les guerres et la pression exercée par le déficit budgétaire sur la valeur du dollar ont taillé en pièces la Sécurité sociale et le Medicare. Hank Paulson, ancien Président de Goldman Sachs et Secrétaire au Trésor américain voudrait ces protections pour les seuls plus âgés. Le Président de la FED, Bernanke aussi. Les républicains aussi. Ces protections sont appelées "acquis sociaux", comme si elles constituaient des privilèges que les gens n’avaient pas payés par leurs impôts tout au long de leur vie.

Avec plus de 21% de chômage mesuré selon la méthode de 1980, avec les emplois américains, le PIB, et la technologie transférés vers la Chine et vers l’Inde, avec la guerre qui devient le plus grand engagement de Washington, avec le dollar surchargé de dettes, avec les libertés civiles sacrifiées au profit de la "guerre au terrorisme ", la liberté et la prospérité du peuple américain ont été jetées à la poubelle de l’Histoire.

Le militarisme des USA, et de l’État israélien, et la cupidité de Wall Street et des entreprises vont poursuivre leur chemin. Puisque la plume est censurée, et qu’elle a perdu sa puissance, je démissionne.

Paul Craig Roberts