"Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion" Paul Valéry

mardi, 30 mars 2010

Les USA sur le point de savoir si ben Laden est mort ou vivant ?

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La capture récente du Mollah Abdul Ghani Baraar, chef militaire des taliban, alors qu’il quittait un séminaire au Port pakistanais de Karachi, pourrait donner plusieurs pistes dans la traque du leader d’Al-Qaïda.

Richard Holbrooke, représentant spécial américain [diplomate, NdT], qui était à Islamabad jeudi [18 Février, NDT] pour discuter avec des généraux pakistanais et le Président Asif Ali Zardani, a salué l’arrestation du chef taliban comme une "formidable réussite pour le renseignement pakistanais et la collaboration américaine." Baradar, en tant que commandant en second des taliban – après le leader spirituel Mollah Mohammed Omar, également recherché – et chef stratégique de guerre, a une connaissance de première main des liens entre les taliban et les opérations d’Al-Qaïda au Pakistan et en Afghahistan. Washington a de plus déclaré qu’il était prêt à partager ses secrets avec le Pakistan et les enquêteurs de la CIA. Des officiels américains anonymes, cités par le New York Times – qui a révélé l’information sur la capture de Baradar -, déclarent qu’il apporte une "profusion d’information."

Jeudi dernier, peut-être grâce aux informations apportées par Barandar aux enquêteurs, les forces de sécurité ont arrêté trois supposés militants hauts placés d’Al-Qaïda, qui, selon des sources de renseignements pakistanaises citées dans la presse locale, étaient à Karachi pour faire du shopping à la recherche de programmateurs de machine à laver ainsi que d’autres éléments de déclencheurs de bombes.

Le plus important du trio était Ameer Mauawia, décrit par les officiers du renseignement pakistanais comme le chef des membres d’Al-Qaïda combattant à l’étranger sur les terres des tribus pakistanaises, le long de la frontière afghane. Il est dit de Mauawia qu’il est depuis longtemps un allié de confiance de Ben Laden qu’il aurait suivi lorsque Ben Laden a quitté le Soudan en 1996 pour installer ses camps d’entraînement en Afghanistan.

Les Pakistanais avaient aussi d’autres raisons de souhaiter la capture de Mauawia. Des officiers du renseignement pakistanais ont déclaré dans la presse locale qu’il était le chef des opérations des taliban du Pakistan, qui voient en Islamabad un ennemi aussi grand que les troupes de L’OTAN en Afghanistan ; ils ont orchestré des douzaines d’attentats-suicides dans des villes majeures du Pakistan, tuant par centaines. Les forces de sécurité pakistanaises ont aussi arrêté deux commandants historiques des taliban en charge des opérations dans les provinces nord-afghanes de Kunduz et de Baghlan. Le commandant de Kunduz, Mollah Abdul Salam, a été capturé loin des frontières afghanes, à Faisalabad, la ville centrale du Punjabi. Et selon les services de renseignements pakistanais et des chefs de tribus, un missile tiré jeudi par un drone américain sur un véhicule, dans un territoire tribal pakistanais, a tué Muhammad Haqqani, petit frère de Sirajuddin, chef pro-taliban qui orchestra l’attentat suicide sur une base américaine en décembre, attentat qui tua sept agents de la CIA.

Si Mauawia est vraiment ce qu’il est censé être, son interrogatoire pourrait permettre de reprendre la traque de Ben Laden, après une longue période de calme. Tous les deux ou trois mois, des enregistrements audio supposés être de Ben Laden sont relayés ; le dernier, en date du 10 janvier, encensait Umar Farouk Abdulmutallab, le terroriste raté du jour de Noël, et haranguait contre le réchauffement climatique.

La dernière présence confirmée de Ben Laden date du siège de Tora Bora, dans l’est de l’Afghanistan, en décembre 2001, quand le chef d’Al-Qaïda et des douzaines de ses hommes ont soudoyé les mercenaires afghans engagés par les forces spéciales américaines pour les laisser partir, probablement dans les montagnes pakistanaises juste de l’autre côté de la frontière. Un agent des renseignements pakistanais, qui était le principal contact avec les taliban avant le 11-Septembre, a déclaré au Times qu’il avait informé le Président Pervez Musharraf que Ben Laden, dont on disait qu’il était gravement malade, était très probablement mort quelques semaines après [les bombardements de] Tora Bora, et qu’il avait été enterré dans une tombe anonyme creusée à la hâte, dans le désert Ghazni, dans l’est de l’Afghanistan. "Il était trop malade pour marcher, ou même pour monter à cheval. Ses hommes ont dû l’attacher à un âne," a déclaré le brigadier Amir Sultan Tarar, plus connu de ses complices talibans sous son nom de guerre [en français dans le texte, NdT] : Colonel Imam.

Mais un officier retraité de la direction de l’Inter-Services Intelligence [ISI = Services secrets pakistanais, NdT] , n’en est pas si sûr. "Je n’ai personnellement rencontré personne ayant enterré Oussama," déclara-t-il lors d’une interview pour le Time, chez lui à Rawalpindi. "Il est possible qu’il ait trouvé refuge dans une zone urbaine, où il aurait pu recevoir un traitement [Ben Laden était dit atteint de problèmes rénaux]. Mais depuis la rumeur selon laquelle il traversait le désert du Ghazni, nous n’avons plus entendu parler de lui. Cependant, s’il est encore en vie, je la lui souhaite longue."

Depuis lors, un flot continu d’enregistrements audio, supposés de Ben Laden, ont fait surface, mais très peu de vidéos. La dernière vidéo date de septembre 2007, et le montrait quasiment inchangé depuis le 11-Septembre ; peut-être un peu plus maigre, et la barbe plus blanche. Les enregistrements auraient pu être truqués afin d’exalter les taliban et les combattants d’Al-Qaïda, mais une source jihadiste d’Islamabad a déclaré au Time qu’elle avait su, de source sûre mais de seconde main, que Ben Laden était en vie il y a encore deux ans. "Depuis, plus rien", a-t-il déclaré.

Les experts du contre-terrorisme américain insistent sur le fait que si Ben Laden est vivant, il est probablement trop cloîtré dans la clandestinité pour être davantage qu’une figure symbolique d’Al-Qaïda et des groupes jihadistes qu’il a répandus de par le monde. La gestion quotidienne des opérations est semble-t-il prise en charge par son numéro deux, le docteur égyptien Ayman al-Zawahiri, qui a frôlé la mort quelques années auparavant dans une attaque par un drone sur le territoire d’une tribu pakistanaise. Néanmoins, la capture de ces taliban et des chefs d’Al-Qaïda de haut rang à Karachi pourrait aider à résoudre ce mystère : Ben est-il toujours vivant, et si oui, où se cache-t-il ?

Time